Soufi, mon amour
de Elif Shafak

critiqué par Burger, le 4 février 2011
( - 29 ans)


La note:  étoiles
une plongée dans la spiritualité soufi
Ce livre nous propose deux récits bien différents.
La partie la plus développée, presque façon conte oriental, concerne le XIII° siècle, époque à laquelle vécurent les deux héros dont l'histoire est ici relatée. L'un, Shams, un derviche soufi rencontre, après un parcours initiatique personnel très étonnant, un homme de pouvoir, Rumi qui, fort de l'amitié qui jaillit entre les deux hommes deviendra un grand poète. Le soufisme nous est présenté comme une spiritualité à très larges vues, notamment en ce qui concerne les femmes. Mais cette spiritualité ne tient pas compte des sentiments humains et des ravages causés par ces deux hommes presque désincarnés et entièrement tournés vers l'un vers l'autre dans leur recherche de l'Unique. Ces excès finissent par faire des deux héros des êtres à la fois admirables parce que capables de se discipliner et odieux parce qu'indifférents au mal qu'ils font à leur entourage (enfants oubliés, épouse négligée, amoureuse rejetée...), bref à tout ce qui n'est pas eux, leur amitié amoureuse et leur quête d'absolu.


La partie contemporaine est moins convaincante. C'est une sorte de réflexion sur le sens de la vie, de la part d'une femme "qui a tout pour etre heureuse" mais qui ne s'en contente pas. Son histoire est assez convenue, avec une romance avec.... non, je ne vous le raconte pas.

Dans l'ensemble, un très bon roman quand meme.
mélange de styles 7 étoiles

J'ai globalement aimé le livre, mais je ne sais pas que retenir. Je me demande si une grande leçon de vie se construisait chapitre après chapitre, pour finalement nous être délivrée, ou pas. C'est que le livre est très découpé, avec un changement de narrateur parfois aux dix pages seulement, sans bien sûr que le fil l'histoire n'ait l'air d'être coupé chaque fois. Mais ça ne m'a pas aidé à voir l'histoire comme un ensemble qui se tient. Pourtant, non, rien n'est coupé, même que le fil s'épaissit au fur et à mesure qu'une scène est relatée en passant, par exemple, du point de vue de la victime à celui de l'agresseur.
Les changements plus brutaux ont lieu quand on passe du manuscrit à la vie rangée d'Ella. Comme d'autres commentateurs je n'ai pas apprécié ce côté si «cliché» de l'Américaine, avec Ella-la-fille-du-Massachussets. Le si peu de gens qui intervient avec elle et le si peu de chose qui lui arrive, versus tous ceux qui participent à l'histoire couchée sur le papier du manuscrit d'Aziz! C'est sans doute de l'exagération, mais il y a le message qu'on est peut-être un peu trop matérialiste.

Grosse surprise: Rûmi! Moi qui m'attendais à lire l'histoire de vie de la grande célébrité servie sur un plateau d'argent, détrompez-vous! C'est pourtant très riche ce qui lui arrivera et qu'Ella va lire. En y repensant, je comprends l'intention derrière, et ça me plaît.

Mariefleur26 - Paris - 23 ans - 10 janvier 2014


Belle initiation au soufisme 10 étoiles

Je découvre cet auteur turque pour la première fois et ne peux qu'être surprise de manière positive. La forme du livre est très agréable à lire et alterne deux histoires : celle d'Ella, la quarantaine, qui reçoit un manuscrit à évaluer auprès de son éditeur ; et celle du manuscrit en question, au XIIIème siècle qui relate la rencontre du poète Rumi et du derviche Shams de Tabriz. L'originalité tient aussi dans le fait que les narrateurs successifs de ce conte oriental sont différents : Rose du Désert la catin, Hassan le mendiant, Suleiman l'ivrogne...
Tout au long du récit que l'on découvre en même temps qu'Ella, une vive correspondance va naître entre elle et Aziz, l'auteur du livre, et remettre en question sa propre vie.
En parallèle, l'histoire des 2 héros va nous permettre d'entrer en contact avec le soufisme, et d'en découvrir les 40 règles qui s'appliqueront au fur et à mesure de l'histoire. Les liens qui unissent l'érudit et le derviche sont très forts voire fusionnels, ce dernier essayant de convertir l'autre au soufisme, et pourquoi pas aussi, nous autres lecteurs. Certaines règles m'ont déjà conquise : « Si tu veux changer la manière dont les autres te traitent, tu dois d'abord changer la manière dont tu te traites. Tant que tu n'apprends pas à t'aimer, pleinement et sincèrement, tu ne pourras jamais être aimée. Quand tu arriveras à ce stade, sois pourtant reconnaissante de chaque épine que les autres pourront jeter sur toi. C'est le signe que, bientôt, tu recevras une pluie de roses. »
A la manière d'un conte des mille et une nuits, cette histoire édifiante nous transporte en Turquie dans les méandres du soufisme.

Psychééé - - 29 ans - 4 juillet 2013


Pas d'accord 9 étoiles

J'ajoute ma critique parce que je ne suis pas d'accord avec les avis précédents. J'ai beaucoup apprécié ce conte philosophique qui me fait penser à « L’alchimiste » de Paolo Coelho.
Il s’agit d’une histoire d’amitié au XIIIème siècle entre Shams de Tabriz, un soufi errant et non-conformiste, et Rûmi, un sage musulman reconnu et vénéré par tous. C’est la rencontre entre l’amour et la sagesse, entre le cœur et le savoir. Mais cette amitié exclusive va éloigner Rûmi de son entourage, qui en concevra de l’amertume et de la jalousie. (« Il me coupa d’abord de mes admirateurs, puis de l’élite gouvernante, pour m’amener au contact du petit peuple. Grâce à lui, j’ai connu des personnes que je n’aurais jamais rencontrées. Convaincu que toutes les idoles s’interposant entre un individu et Dieu devaient être démolies, y compris la gloire, la richesse, le rang – jusqu’à la religion -, Shams a coupé toutes les amarres qui me reliaient à la vie telle que je la connaissais. (…) Avant j’avais beaucoup d’admirateurs ; aujourd’hui, je me suis débarrassé du besoin d’un auditoire. Assénant coup après coup, Shams a réussi à ruiner ma réputation. Grâce à lui, j’ai appris la valeur de la folie et j’ai connu le goût de la solitude, de l’impuissance, de la diffamation, de l’exclusion, et finalement du cœur brisé. »)
C'est vrai que j'ai été dérangée parfois par l'attitude de cet ‘éclairé’ qui fait peu de cas des réactions qu'il suscite et des sentiments de ceux qu'il blesse.
Par contre, le personnage de Shams me fait très fort penser à Jésus : comme lui, il voyage pour prêcher, parler d’amour, sans rien emporter ; comme lui, il est suivi par des foules, mais sera tué ; il a des pouvoirs hors du commun ; il fréquente une prostituée, rencontre des lèpreux ; il raconte des histoires qu’on pourrait appeler ‘paraboles’, etc. Mais le plus étonnant, c’est la ressemblance entre les régles que Shams énoncent et la pensée chrétienne !
En parallèle à cette histoire, écrite dans un livre, se déroule l’histoire d’Ella. Cette mère de famille, femme au foyer parfaite, mariée depuis vingt ans est en fait malheureuse. Elle doit lire ce livre pour en rédiger une critique et un rapport. Cela l’amène à correspondre avec son auteur, Aziz, dont elle finit par tomber amoureuse. Lui aussi est soufi, après une vie très tumultueuse.
Ce que j'ai le plus apprécié, ce sont toutes les réflexions que contient ce roman : le refus du fanatisme et de tout intégrisme, l'acceptation des différences, le détachement vis-à-vis des apparences, la patience et la douceur prônées, etc. A lire et à relire !

Pascale Ew. - - 50 ans - 6 avril 2012


Soufisme et dépendance 3 étoiles

Je découvre Elif Shafak et j’espère que ce n'est pas son meilleur roman.

Haiter - - 48 ans - 26 février 2012


mauvais titre, mauvais livre 4 étoiles

Quelle déception! J'aurais déjà du me méfier du titre.....C'est vrai que la partie polyphonique traitant du soufisme est plus intéressante bien qu'un peu sommaire quand on parle d'une si belle spiritualité, mais la partie contemporaine frise souvent le ridicule. L'auteur semble vouloir prouver que la spiritualité soufi a encore un message pertinent à délivrer aujourd'hui mais le procédé utilisé est complétement factice et réducteur. On ne croit pas une seconde à cette histoire d'amour. Passez votre chemin.....

Alud - - 41 ans - 6 juin 2011