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Un monument du genre "roman carcéral"
Ce livre imposant se lit de plus en plus vite, tant il est structuré comme un récit dramatique. Il commence par le récit de l'une des nombreuses tentatives d'évasion d'Ingrid, afin de nous mettre "dans l'action". Il se poursuit ensuite de façon plus chronologique, depuis les conditions de la capture d'Ingrid et son équipe, jusqu'au coup de théâtre final (du moins en se mettant à sa place, mais on y parvient si bien qu'on est haletant pour elle, alors que l'on connait tous la fin!). L'auteur décrit de façon chirurgicale ses conditions de détention, et la psychologie des personnages qui l'entourent, prisonniers comme elle ou geôliers. L'on est abasourdi d'apprendre que parfois, les relations sont encore plus mauvaises avec certains co-détenus qu'avec les militaires. La façon hyper-réaliste dont Ingrid dépeint la dégradation des valeurs, l'abolition des principes, au nom de quelque avantage, pousse le lecteur jusqu'au bord de la nausée. Une phrase me trotte dans la tête "nous n'étions plus des humains, nous étions des cancrelats". L'auteur ne s'épargne pas dans son analyse de caractères. Elle fut souvent décrite dans la presse comme prétentieuse, arrogante, ingrate, etc. Ces traits transpercent dans la description qu'elle fait d'elle-même et de son comportement vis-à-vis des autres. Elle n'est pas dupe. Mais au final, c'est probablement elle qui se tient au mieux à des principes que l'on peut appeler moraux, alors que tous les autres ou presque les abandonnent les uns après les autres. Alors que sa compagne, au fil des années, finit par avoir un enfant avec un militaire des FARC, après 5 ans de réclusion, Ingrid a encore le "jus" pour gifler un geôlier qui a envers elle une attitude incorrecte. Comment a-t-elle fait ? Comment a-t-elle osé? A chacune de des évasions, chacune de ses bravades, ses conditions de rétention (et celles de ses comparses) vont se dégrader. Alors qu'en 2002, elle était détenue "libre", et installée dans une sorte de chalet, elle finira les deux dernières années, jusqu'au dénouement en 2008, attachée par une chaîne au cou, à un arbre. On peut aimer ou pas Ingrid Betancourt, on peut apprécier diversement ses interventions, mais personne ne peut rester insensible devant ce qu'elle a été obligée de subir. La façon dont elle a lutté, intérieurement, surmontant les pires abjections, gardant espoir dans les situations les plus désespérées, est une leçon pour chacun d'entre nous.
Ce témoignage bouleversant fera sans nul doute date, dans le genre carcéral, au côté du "Journal d'Anne Frank" notamment.
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