Les soeurs Brelan de François Vallejo

Les soeurs Brelan de François Vallejo

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Alma, le 15 décembre 2010 (Inscrite le 22 novembre 2006, - ans)
La note : 9 étoiles
Moyenne des notes : 8 étoiles (basée sur 3 avis)
Cote pondérée : 6 étoiles (12 735ème position).
Visites : 2 611 

Toutes pour une

« Elles étaient trois et partageaient trois habitudes : s'accorder d'un coup d'oeil, se taire au même moment et parler toutes à la fois » . D’abord il y a Marthe, l’aînée, la sérieuse, qui a eu 21 ans la veille du conseil de famille qui doit désigner un tuteur pour les trois sœurs orphelines et qui s’empresse de se porter volontaire pour prendre en charge ses deux sœurs . Ensuite , Sabine, la cadette , plus ambitieuse, et enfin Judith, la benjamine , l’anticonformiste, qui refuse de s’adapter à la réalité du monde et qui, grâce à la compréhension et au soutien matériel de ses deux sœurs pourra vivre dans ses rêves utopistes . Ajoutons-leur la grand-mère Madeleine, vieille femme fantasque qui perd parfois la tête .

Dans ce monde de femmes , les hommes sont bien falots : que ce soit l’architecte Cicéro, l’ancien associé de Mr Brelan, que son goût du whisky rend facilement manipulable ; le terne époux de le rigide tante Rose, qui n’ a pas droit à la parole ; Markus Schlegel, l’époux de Sabine, joueur, soumis à sa mère autoritaire et entraîné dans des affaires louches ; Martin Baléares, l’étrange prisonnier que Judith visite et protège, ou bien le notaire et le juge qui dans la scène d’ouverture et de fermeture du roman perdent leur latin devant le groupe sororal si soudé .

Si chacune d’elles vit des expériences à l’extérieur du trio , elles se retrouvent et s’unissent pour tirer d’affaire celle qui est dans l’embarras . Unies comme les trois mousquetaires , leur devise pourrait être « Toutes pour une » . Elles ne peuvent être heureuses que toutes les trois ensemble même si elles doivent être malheureuses chacune de leur côté, comme l’avait prédit la grand-mère Madeleine à sa mort .

Des personnages attachants , qu’on suit pendant près de quarante ans, de la fin de la guerre 14-18 jusqu’à la chute du mur de Berlin . En empathie avec ses personnages, Vallejo publie ici un roman dont la fantaisie n’est pas absente, d’une écriture pleine de charme où narration et discours indirect libre se croisent, où s’entremêlent les voix de trois sœurs « Elles ont échangé un nouveau regard triangulaire ... ça part de Sabine, elle attrape l'oeil de Marthe sur sa droite ... Judith, à sa gauche, le devine, tourne la tête et capte le mouvement de paupières ... les aînées attendent le renfort de la dernière, c'est fait, elles se lancent, alors qu'on ne leur demandait rien. La triple voix monte, couvre les autres : Disons-leur, Judith, Marthe, oui, Sabine, puisque personne n'en parle ... …Monsieur le Juge, qu'attendez-vous pour les faire taire »

Un beau brelan de dames , gagnant .

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Un joli brelan de dames !

8 étoiles

Critique de Frunny (PARIS, Inscrit le 28 décembre 2009, 53 ans) - 2 octobre 2015

François Vallejo (1960- ) est un écrivain français. Il enseigne actuellement les lettres classiques et habite Le Havre.
"Les soeurs Brelan" (2010) est son huitième roman.

Marthe, Sabine et Judith sont trois soeurs singulières. A la mort de leur père, célèbre architecte visionnaire, elles deviennent orphelines et doivent se prendre en main.
Marthe -l'aînée- est contrainte de réussir pour subvenir aux besoins de la fratrie. Les soeurs sont à jamais soudées.
Elles vont néanmoins mener leurs vies de femme avec plus ou moins de succès. Les hommes rencontrés font pâle figure et seule la cohésion familiale permet de surmonter les épreuves.
L'éloignement géographique (Sabine a épousé un homme d'affaires allemand), intellectuel (Judith est une révolutionnaire anticapitaliste... ) ne parviendra pas à faire éclater la fratrie.
L'union sacrée fait leur force.

Un roman original autour de l'émancipation des femmes entre les années 1950 et 1990. Grand-mère Madeleine préfigurait déjà cette révolution sociétale. Les 3 soeurs vont marquer de leur empreinte la grande liberté prise par les femmes à cette époque.
Un très agréable moment de lecture.


Un brelan d’as !

8 étoiles

Critique de Ori (Kraainem, Inscrit le 27 décembre 2004, 83 ans) - 3 juin 2011

… L’as étant bien évidemment François Vallejo qui dans une loufoquerie toute pleine de saveur et d’humour nous présente ses héroïnes : trois sœurs aussi unies et dissemblables que les doigts d’une main.

Ce roman aurait tout aussi bien pu s’appeler « Les trois sœurs », mais le titre étant déjà pris par Tchékov (!), Vallejo aura pensé à ‘brelan’ et, forçant le clin d’œil, aura muté le nom commun en nom propre, attribuant ce patronyme familial à Marthe, Sabine et Judith.

Merveilleux clan que ces filles du 20è siècle, unies dans l’adversité, choisissant ensemble d’être silencieuses ou volubiles selon les événements, faisant front par exemple devant une vieille tante rapace lorgnant leur héritage en justice, ou bien adorant de concert leur brave grand-mère, indulgente et complice.

Quand l’aînée s’amourache d’un malade très brièvement rencontré au sanatorium, la puînée épousera un architecte berlinois, à l’époque de l’édification du Mur, tandis que la cadette refusant la société de consommation ne travaillera jamais de toute sa vie, se faisant visiteuse de prison pour tomber amoureuse d’un tueur en série !

Cet ouvrage de 285 pages se lit quasiment d’une traite, le lecteur s’amusant beaucoup face à des situations aussi farfelues qu’improbables, fasciné par les prodigieuses études de caractères qui lui sont livrées, tambour battant, avec esprit et talent.

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