L'éternité n'est pas de trop de François Cheng

L'éternité n'est pas de trop de François Cheng

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Bluewitch, le 11 mars 2002 (Charleroi, Inscrite le 20 février 2001, 40 ans)
La note : 7 étoiles
Moyenne des notes : 8 étoiles (basée sur 9 avis)
Cote pondérée : 7 étoiles (1 350ème position).
Visites : 8 188  (depuis Novembre 2007)

Délicat et spirituel

Dix-septième siècle, la dynastie Ming en est à ses derniers essoufflements. En exil chez les moines taoïstes depuis de nombreuses années, un homme, Dao-Sheng, expert en médecine et divination, quitte la montagne pour retrouver, nostalgique, la seule femme qu’il ait réellement aimée.
Trente ans plus tôt, alors qu’il faisait partie d’une troupe de musiciens, son regard croise celui d'une jeune femme vêtue de rouge, Lan-Ying, descendante des Lu et future épouse du Deuxième Seigneur de la famille Zhao. Il n'en faut pas plus pour faire naître en lui des sentiments qu'il ne pourra effacer au fil des ans, même lorsque le futur mari, conscient du trouble entre les deux jeunes gens, envoie au bagne Dao-sheng. Evasion et refuge chez les moines taoïstes lui feront passer les ans jusqu'à ce qu'il ne puisse plus résister au besoin de revoir le visage de Lan-Ying.

C’est une femme généreuse, souffrante et épuisée par les humiliations d’un mari qui l’a depuis longtemps délaissée, qu'il retrouvera. Faisant acte de ses dons de guérisseurs, il sera à son chevet pendant des semaines. Découverte l'un de l'autre, découverte des âmes, du « Souffle » qui les habite chacun et se communique par le simple contact des paumes.
Bouleversement, questionnement, angoisse de se laisser aller sur la voie de l'adultère lorsque l’amour et la passion n’ont d’autre égal que le respect mutuel mais Lan-Ying vient pourtant chaque jour au temple pour apercevoir l’homme aimé. Tout est dans le regard, dans le tacite.
C’est la complétude des âmes qui procure félicité au-delà même du contact charnel. La rencontre de Dao-sheng avec un des premiers missionnaires jésuites aidera sa remise en question personnelle et sa manière de considérer son amour.
Mais c’est sans compter ce mari égoïste et tyrannique que la soudaine sérénité de l’épouse rend aigre et jaloux, sa décrépitude ne pouvant souffrir la grâce et la beauté renouvelée chez la femme répudiée…
« L'éternité n’est pas de trop » est un roman tout de légèreté et de poésie. Mêlant amour, foi et spiritualité, il laisse un message au profit du dépassement de l’amour charnel. Douceur des mots autour de la dureté d’un amour impossible. Beauté, langueur, grâce, voilà ce que m'évoque ce roman de François Cheng. Place libre à l’esprit dans cette histoire comparée avec justesse à un Tristan et Iseult oriental.
Un beau roman.

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Incontournable

7 étoiles

Critique de Monocle (tournai, Inscrit le 19 février 2010, 59 ans) - 19 mai 2019

Au 17ème siècle, à la fin de la dynastie Ming, Xiao-fang et Lan-ying vivent un amour impossible. Tristan et Iseult chinois, ils vivent intérieurement toute l'ampleur de leurs sentiments.
Des passages pudiques et sensuels, un texte tout en nuance, un agréable exercice pour un roman fort.
Un livre imprégné de l'esprit taoïste : la douleur de l'arrachement, de l'éloignement, du renoncement, et la domination des besoins.
Pas très amusant comme lecture (là n’est sans doute pas le but de l’auteur), un style dépouillé mais un incontournable.

Tombé sous le charme

10 étoiles

Critique de Nav33 (, Inscrit le 17 octobre 2009, 71 ans) - 10 mai 2018

Ce récit d'un amour essentiellement platonique est un enchantement . Les mêmes scènes semblent se répéter , mais elles sont à chaque fois colorées subtilement de nouvelles nuances . Pour autant les personnages ne sont pas totalement éthérés . Ainsi Dao Sheng a subi la violence et a vécu une première partie de vie aventureuse. Le sort de Lan Ying n'a pas été plus enviable . Le désir le plus brûlant est présent, à commencer chez les deux “amants” , et il fait écho à une vibration de la nature et même de l'univers entier.

Vivre en pensées

8 étoiles

Critique de Isad (Occitanie, Inscrite le 3 avril 2011, 59 ans) - 1 mars 2014

C’est étonnant comme ce livre, qui serait l’histoire reconstituée d’un vieux manuscrit intitulé « Récit de l’homme de la montagne » de la fin de la période Ming (1368-1644) que l’auteur a lu dans une bibliothèque et qui avait disparu lorsqu’il a voulu le retrouver pour le traduire, ressemble à l’amour courtois médiéval. Ce récit universel de sentiments impossibles entre des êtres que tout sépare et qui se reconnaissent comme faits l’un pour l’autre est certes un peu décalé par rapport au matérialisme contemporain mais tellement poétique. On est dans l’être, dans l’aspiration, dans la quête perpétuelle qui maintient en vie, dans le souffle partagé, par la présence de l’autre qui existe quelque part ailleurs, dans le dialogue virtuel hésitant puis assuré de la compréhension mutuelle.

Le scénario est simple. Le violoniste d’une troupe de théâtre itinérante qui donne une représentation dans la maison d’un riche notable trouve le regard d’une jeune femme de la maison qui écoute derrière un paravent posé sur lui. Son promis qui a surpris ces échanges provoque une bagarre à l’auberge et le fait condamner au bagne. Le jeune homme s’en enfuira quelque temps plus tard, apprendra la médecine et l’art divinatoire dans un monastère. 30 ans plus tard, il décide de revenir dans la ville pour y revoir celle qui hante son cœur.
IF-0214-4168

Spirituel et délicat

9 étoiles

Critique de Millepages (Bruxelles, Inscrit le 26 mai 2010, 59 ans) - 18 mars 2013

Je n'aime pas le plagiat, mais en 11 ans, je n'ai pas pu trouver un meilleur titre que celui de la critique principale !

Délicatesse, retenue, poésie, pudeur, raffinement, sensibilité, finesse, subtilité : l'histoire d'amour contée ici par François Chen est belle, immensément et simplement belle.

Soyons honnêtes, elle est également dure et triste : que de frustrations, d'attentes infinies, de questionnements. L'amour est presqu'essentiellement mentalisé.

Un seul regard à la dérobée entre Dao Sheng et Lan-Ying, un seul effleurement suffisent à exprimer bien des sentiments et à entretenir une flamme vouée à l'éternité.

On ne conçoit pas une telle histoire dans nos sociétés si immédiates et matérialistes. Seules la philosophie, la spiritualité et aussi la paisibilité des paysages rendent possible une telle idylle.

Une histoire que l'on ne se souhaite pas vraiment, et qui pourtant contient les idéaux dont on aime à rêver à l'entame de la vie amoureuse : la passion inextinguible, la fidélité éternelle....

Une belle lecture...

8 étoiles

Critique de FranBlan (Montréal, Québec, Inscrite le 28 août 2004, 77 ans) - 17 février 2007

La belle histoire d'un grand amour qui résiste à la séparation, au temps, qui n'est pas celui des corps mais celui de l'esprit.
Une prose des plus poétique, sur fond de culture chinoise, imprégnée de philosophie taoïste, bouddhiste et même de religion chrétienne occidentale suite à la rencontre fortuite du héros avec un des premiers jésuites venus en Chine.
Surtout un baume réconfortant qui repousse, momentanément du moins, le cynisme, le scepticisme et le désoeuvrement qui enveniment la plupart de nos sentiments.
Une belle lecture grâce à la recommandation d'une précieuse amie.

Beauté de l'amour

8 étoiles

Critique de Sahkti (Genève, Inscrite le 17 avril 2004, 45 ans) - 7 juillet 2004

La majorité des livres de François Cheng sont des portes ouvertes vers la compréhension de la Chine, offertes aux lecteurs francophones.
Dans ce roman, nous nous trouvons plongés dans une histoire d’amour, chinoise sur la forme et universelle dans la passion sur le fond.
Pendant l’ère de la dynastie Ming, Dao-sheng vit dans un monastère taoïste où il pratique la médecine traditionnelle et la divination. Il part rejoindre le chef-lieu du district dans lequel il doit rejoindre un temple bouddhiste et y exercer son art. Non loin de là se trouve Lan-Ying, l’épouse légitime de Deuxième Seigneur Zhao, celle qui fait battre le cœur de Dao depuis trente ans, depuis le jour où il a croisé son regard dans une troupe de théâtre.
Mariée par raison, elle avait disparu. L’intuition de Dao-sheng lui a permis de la retrouver et il souhaite aujourd’hui unir sa destinée à la sienne.
Atteinte d’une maladie rare, Dame Ying ignore tout de la présence de Dao sur ces terres mais l’art médical qu’il exerce le rapproche de sa bien-aimée. Les amants se retrouvent, mais la société leur interdit d’échanger ne serait-ce qu’un regard ou une parole volée aux convenances.
Jamais le roman de François Cheng ne tombe dans la mièvrerie ou le flacon d’eau de rose. Au fil des pages, la beauté pure est exaltée et le livre refermé, il faut du temps avant de sortir de cette émotion qui envahit le lecteur.

"C'est merveilleux, l'amour !"

8 étoiles

Critique de Rotko (Avrillé, Inscrit le 22 septembre 2002, 45 ans) - 6 septembre 2003

Fraancois Cheng, L'éternité n'est pas de trop, Albin Michel. ISBN222612702X

Dao Sheng, moine taoïste, se met en route pour une étape décisive : le bourg où il fit la rencontre de Lan Ying, trente ans auparavant. Entre-temps il fut bagnard, fugitif, puis se fit médecin et devin. Lan Ying, actuellement première épouse d'un Seigneur de canton, délaissée par son coureur de mari qui a pris des concubines, "tend ses mains aux pauvres et les joint pour Dieu". Ces deux êtres épris d'absolu sont faits pour se rencontrer et éprouver les joies et les souffrances de l'amour.
Voila un conte merveilleux, surgi miraculeusement, selon l'auteur, du 16é siècle chinois, où les sentiments humains débouchent sur une mystique et une compréhension de l'univers. L'écriture est limpide et le récit épouse le cycle des saisons, scandé par les prunus en fleurs et les fêtes religieuses. Peu de péripéties, mais une suite de tableaux poétiques en hommage à la nature et à la Féminité.
Penser à Tristan et Iseut serait tentant, mais ceux-ci avaient une attirance charnelle qui les contraignait à la clandestinité la plus éprouvante. Ici les joies sont plus édulcorées, et n'était le talent de conteur de Francois Cheng, cette aventure amoureuse qui dure six ans, lasserait le lecteur. Mais ce lecteur subit le charme des tableaux poétiques, et comme les "amants" chinois, l'amour ne subit plus l'emprise du temps et des contingences matérielles...
Chant pour l'aimée
Un chant étrange jaillit en [Dao Sheng], à sa propre surprise : " Laisse moi pénétrer ton jardin comme un rayon de lune. Il éclairera tout sans rien bousculer. Il effleurera les êtres qui y vivent, ayant souci cependant de laisser les échos, les parfums et les mouvements poursuivre leur élan, tout de fraîcheur innocente[...] Crois-moi, je saurai te suivre. J'aurai toute la patience exigée. L'éternité n'est pas de trop pour que je te rejoigne."

L'amour est une quête spirituelle

10 étoiles

Critique de Leura (--, Inscrit le 29 janvier 2001, 68 ans) - 26 août 2003

Un Tristan et Iseult chinois nous dit la quatrième de couverture? Eh bien non, c'est beaucoup, beaucoup plus que ça. Tristan et Iseult? Ils sont jeunes et beaux, le roi Marc est bien gentil, mais enfin... Roméo et Juliette? Pareil. Ici, quand l'histoire commence, l'héroïne a 48 ans, le héros un peu plus, ils sont restés fidèles à leur amour de jeunesse, mais tout est dans la tête, dans le mental, dans la fidélité à une idée élevée de soi et de l'autre. Pas une seule fois Lan-ying et Dao-sheng ne pourront consommer physiquement leur amour, bien sûr, ils auraient aimé le faire, mais les circonstances de la vie s'y opposent. Tout ce que le destin leur offre, ce sont quelques paroles, quelques sourires, et des contacts furtifs des mains. Malgré ça ou à cause de ça, il faudrair être chinois pour trancher, l'amour transcende leur vie, et la suivante, et toute l'éternité même, "jusqu'à rocher pourri et océan sec". C'est beau, beau, beau presqu'à outrance. De la poésie, de la finesse, du style, tout est là. François Cheng est un très grand écrivain, peut-être un des plus grands du moment.

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