Histoire de la philosophie occidentale
de Jean-François Revel

critiqué par Béatrice, le 30 septembre 2010
(Paris - - ans)


La note:  étoiles
Emballage trompeur
Les chapitres consacrés à Platon et Aristote sont les plus réussis et les plus vivants à mon sens. Au fil des pages, je vois leur pensée, leur démarche et ce qu’ils laissent en héritage comme un tout cohérent. Je comprends mieux le rapport philosophie – science ; le rapport philosophie - mythe ; le rapport philosophie – art de persuader.

Revel fait l’impasse sur le Moyen Age. D’après lui, « le problème central du Moyen Age, c’est la conciliation entre la religion révélée et l’argumentation rationnelle » ; un débat qui est loin de le passionner.

En évoquant le XVIe siècle, il constate : « La philosophie éclate, emportée simultanément dans deux directions contraires : la pensée scientifique et la pensée métaphysique ».

Le chapitre sur Descartes m’a bien étonnée. Revel lui accorde de bouts de lèvres le titre de « premier philosophe moderne », mais sa liste de griefs est longue.
Descartes est dogmatique, il ignore les recherches et les méthodes de ses contemporains ; il se fie trop à la raison ; et il tente de faire coïncider la pensée théologique et la science. Bref, Pascal avait dit : « Descartes, inutile et incertain » - et Revel fait sien ce jugement. (à mentionner dans ce contexte Lucien sur CL, qui titre sa critique éclair du Discours de la méthode « Je pense donc je scie »)

Si Revel semble convaincant lorsqu’il met entre parenthèses le Moyen Age, si Revel parait amusant lorsqu’il démolit Descartes … il est maladroit à mon sens lorsqu’il se penche sur Spinoza et Leibniz. Il livre une analyse de texte hyper barbante sur 40 pages et conclut : c’est ça la métaphysique classique, cela ne mène nulle part, c’est aussi inutile et incertaine que Descartes.

Cet essai s’arrête avec Kant, dont l’œuvre est le testament de la pensée occidentale : d’après Revel, « la philosophie subsiste, mais en tant que genre littéraire, au même titre que le roman, la poésie, l’essai ». La philo moderne n’a plus de raison d’être, car la métaphysique est condamnée, tandis que les autres branches ont été rendues superflues par les sciences. Mais la philo ancienne reste séduisante car elle « était imprégnée d’une sorte de confiance joyeuse dans la spéculation ».

« Echapper à la sécheresse du manuel et à la fausse facilité du vulgarisateur » - c’était l’objectif déclaré dans la préface. A mon avis Revel a rempli son programme. Il met en perspective, il argumente et il reste parfaitement lisible lorsqu’il opère ses choix. Il aime un philosophe comme on aime un peintre ou un romancier. Ce bouquin est un essai, pas une histoire de la philo. Il aurait du l’appeler « Mon plaisir en philo ».

A signaler le texte trompeur de la quatrième de couverture.
« Ce livre […] permet de comprendre quel a été, de l’Antiquité à nos jours, ce choc des idées qui a formé nos croyances … ». Hein, à nos jours ? Cela s’arrête à Kant.
Plus loin :
« Des portraits [de philosophes] souvent impertinents mais toujours impartiaux ». Hein ? Impartiaux ?

Nota : cette édition date de 1994 ; cependant, il y a eu une édition antérieure sortie en 1968 chez Stock.