Quand blanchit le monde
de Kamila Shamsie, Karine Lalechère (Traduction)

critiqué par Channe01, le 16 septembre 2010
( - 70 ans)


La note:  étoiles
Au nom de l'histoire, des vies en miettes
Toute sa vie, Hiroko la vivra en survivante. Survivante à la guerre, au malheur, à l'amour perdu... Hiroko n'aura de cesse de fuir mais où qu'elle aille, la guerre, la fureur des hommes, la rattrape. C'est une course qu'elle croit en partie gagnée, une fois arrivée dans la ville mythique de ses rêves de femme libre, New York. Jusqu'au 11 septembre 2001...


De Nagazaki, au Japon, un matin ensoleillé, le 9 août 1945, 3 jours après la première horreur à Hiroshima, Hiroko Tanaka commence à fuir. Fuir pour le restant de sa vie devant l'horreur générée par les hommes au nom de la survie de l'humanité. Un paradoxe que ne peut comprendre Hiroko.

La fuite, c'est son premier réflexe, pour ne pas vivre en tant que "Hibakusha", survivante de la bombe. Survivante d'une première expérience, survivante, on ne sait pour combien de temps. Son corps est à jamais marqué par des oiseaux sombres là où elle a été brûlée.

Première étape de cette fuite, l'Inde où elle trouve refuge chez la demi-soeur de son amour consumé en ombre sur une pierre.

La famille de son fiancé perdu n'est pas banale, à moitié allemande et à moitié britannique, les conflits n'ont pas manqué de faire des dégâts dans la famille des Burton.

L'Inde en pleine partition en 1947, les Britanniques sur le départ, les Hindous et les Musulmans en opposition... Et encore la fuite pour survivre. Au passage, Hiroko croise la route d'un jeune musulman, Sajjad, qui au nom de l'amour, s'affranchit des traditions en épousant cette japonaise. Un affront même au regard de la société britannique guindée. Et encore un exil pour les deux parias. Mais la garantie d'une amitié, celle des Burton leur est acquise. Quand il le faudra, ils se soutiendront.

Le Pakistan, un pays nouvellement créé pour de bonnes ou de mauvaises raisons. Hiroko se pose malgré un accueil difficile. Elle n'oublie pas ses oiseaux sombres mais elle vit malgré tout. Les années passent, Hiroko et Sajjad ont un fils. Mais leur cocon explose avec l'invasion des soviétiques en Afghanistan.

Pendant toutes ces années, les liens avec la famille des Burton se croisent et se tissent à nouveau vaille que vaille.

Et de conflits en conflits jusqu'après le 11 septembre 2001...

J'ai lu ce livre en trois soirées où la télévision n'aurait pu me détourner des pages. J'ai suivi la famille d'Hiroko et celle des Burton. L'amitié, l'amour, la peur, la fuite, la mort ne cessant de bouleverser le peu de certitudes des uns et des autres.

N'en reste qu'une, quand les hommes ont peur de leurs frères en humanité, ils sont tous capables du pire.

J'ai d'autant plus apprécié ce livre qu'il traite d'un sujet qui me tient particulièrement à coeur. J'ai suivi pas à pas Hiroko et son fils, tous les deux marqués par la différence.

A lire pour tenter de ne pas s'arrêter aux apparences et d'aller vers l'autre sans à priori.