La Vie matérielle : Marguerite Duras parle à Jérôme Beaujour
de Marguerite Duras

critiqué par Jules, le 21 février 2002
(Bruxelles - 74 ans)


La note:  étoiles
Une réflexion sur la vie et sur nous-mêmes
Ce livre est quasiment impossible à classer dans une catégorie littéraire. On pourrait dire qu’il s'agit d’une série de réflexions sur le monde, sur nous-mêmes, sur le sens de la vie, sur l'amour, sur le temps et bien d'autres choses encore.
Marguerite Duras nous parle de ses rencontres fortuites, des lieux qu’elle aime, de la mer, du théâtre, de l'écriture… De l’alcool, elle écrit : « Ce qui empêche de se tuer quand on est fou de l'ivresse alcoolique, c'est l'idée qu'une fois mort on ne boira plus. »
De l'écriture elle dit : « Quand on écrit, il y a comme un instinct qui joue. L’écrit est déjà là dans la nuit. Ecrire serait à l’extérieur de soi dans une confusion des temps : entre écrire et avoir écrit, entre avoir écrit et devoir écrire encore, entre savoir et ignorer ce qu’il en est, partir du sens plein, en être submergé et arriver jusqu'au non-sens. »
Elle nous parle de la sexualité, de l'homosexualité de l’amour : « La vocation à un seul être au monde, incontrôlable, elle est féminine. » Selon elle, l'homme n'est profondément attiré que vers les autres hommes, parce qu’eux seuls sont ses semblables…Et la conséquence en est celle-ci : « Il faut beaucoup aimer les hommes. Beaucoup, beaucoup. Beaucoup les aimer pour les aimer. Sans cela, ce n’est pas possible, on ne peut pas les supporter. »
Pourquoi Paris
est devenue ce qu’elle est ? « Quelque chose est arrivé à cette ville. Quoi ? L’automobile peut-être ? J'aurais tendance à le croire. Ou alors, c’est le fait de mal travailler à l’école qui s’est poursuivi dans la vie, pour maintenant atteindre plusieurs générations. Peut-être on a mal étudié on a compris de moins en moins, puis, à force, on n’a plus rien compris du tout, rien. Et puis on a mal vécu après. Et ensuite on fuit. On n'a pas cru à l'école, ni à la petite école ni à la grande. On s’est mal conduit. On a perdu toute son éducation, toute sa politesse, sa finesse, tout son esprit, il ne reste plus que l'intelligence des affaires. »
Vraiment, je ne peux que vous conseiller de lire ce livre. Il est vraiment très intéressant ! Prendre un peu de recul, regarder la vie autrement, cela fait tellement de bien !
Duras, tu nous manques! 9 étoiles

Il y a une telle intensité dans la communion qu'on peut éprouver avec elle, Marguerite Duras, en la lisant.
Elle nous emmène au-dessus, chaque fois. Elle me sidère par la pertinence, l'audace de ses propos.
Comme on aimerait avoir une soeur comme elle à nos côtés pour lire le monde, jusque dans ses faits divers (je pense au Coupeur d'eau).
Que nous aurait-elle dit des isolés tués par la canicule l'été passé? Sa plume manque, qui a pris le relais?

Jeparo - Bruxelles - 54 ans - 10 avril 2004