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Où j'ai laissé mon âme de Jérôme Ferrari

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

critiqué par Dudule, le 9 septembre 2010 (Inscrite le 11 mars 2005, 47 ans)

La note: 10 etoiles
Moyenne des notes : 9 etoiles (basée sur 5 avis)
Cote pondérée : 7 etoiles (2 139ème position).
Visites : 917 

Bouleversant, magistral

La trame de ce roman, trois jours de 1957 en Algérie, deux personnages principaux, le capitaine Degorce, il a connu les horreurs du camp de Buchenwald, puis la guerre d’Indochine dont il a survécu aux camps de rééducation. En Algérie, il est chargé d’éradiquer l’ALN, de capturer le chef de la résistance algérienne, Tarik Hadj Nacer.
Le second personnage, le lieutenant Andreani, ils se sont rencontrés en Indochine. En Algérie, il est à la tête d'une section spéciale chargée de la torture, il aurait préféré le tumulte des combats que la monotonie de la chasse aux renseignements.
Cette double narration, nous donne un face à face avec ces deux hommes, une réflexion sur la mémoire, la culpabilité, le devoir, leur désarroi moral.
Un magnifique roman dont on ne ressort pas indemne, des scènes de torture difficiles, terrifiantes, c’est un roman qui dérange.

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Les éditions
small Où j'ai laissé mon âme [Texte imprimé], roman Jérôme Ferrari
de Ferrari, Jérôme
Actes Sud / Domaine français (Arles).
ISBN : 9782742793204 ; EUR 17,00 ; 2010-08-15 ; 153 p. ; Broché
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Les critiques éclairs (4)

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la guerre noircit l'âme 9 etoiles

Où ai-je laissé mon âme ? mon âme, cet élan fort vers ce qui est bien, vers la beauté, la grandeur. Elle a été abandonnée dans la laideur, dans la honte de soi-même, dans la guerre d’Algérie..
Le quinquagénaire Jérôme Ferrari, professeur de philosophie, a enseigné 4 ans au lycée international d’Alger et, depuis 5 ans, en Corse. Il s’agit ici de son quatrième roman.
Le lieutenant Horace Andreani et le capitaine André Lagorce se sont rencontrés en Indochine, dans la fournaise de Dien Bien Phu ; compagnons d’infortune dans les prisons du Vietnam. Quinze ans plus tard, ils se retrouvent en Algérie. De victimes, ils deviennent bourreaux… Avec une prise de conscience différente mais avec un point commun : ils ont perdu leur âme. Où ? A la guerre d’Algérie, un piège où violence et cruauté règnent de part et d’autre, tant du côté de l’armée française que du côté FLN. Et nul n’est épargné, pas même les innocents. La guerre n’est jamais propre. Elle transforme les hommes.
Jérôme Ferrari joue de la plume de façon des plus élégantes. Son style descriptif redonne l’atmosphère glauque des prisons et ses considérations expliquent ce que ressentent les antagonistes qui essaient de survivre dans leur tourmente.
Il utilise la diachronie qui donne à la fois contraste mais aussi similitude avec les situations vécues en Algérie, au Vietnam mais aussi à Buchenwald.

Ddh (Mouscron, Inscrit le 16 octobre 2005, 70 ans) - 10 juin 2011


Une âme qui déborde et se perd... 10 etoiles

« Ainsi dut rêver Pilate, le procurateur de Judée, quand l’orage de la crucifixion déchirait déjà le ciel de Jérusalem » Trois jours de 1957 sous le soleil de l’Algérie. Trois jours, comme dans la Passion. Trois confrontations de l’Histoire avec le Mal absolu. « Car j’ai aussi appris que le mal n’est pas l’opposé du bien : les frontières du bien et du mal sont brouillées, ils se mêlent l’un à l’autre et deviennent indiscernables dans la morne grisaille qui recouvre tout et c’est cela, le mal ». Description clinique la perte de l’âme, de la perte de l’humanité. Description du mal absolu qui nous touche de plein fouet tant le style noble et ample contraste avec le propos. Trois hommes qui vont s’affronter sur le mode maître-esclave, bourreau–victime et s’interroger sur la vérité humaine, la violence, l’absurdité ou le bien fondé de la guerre. Sur le terrorisme, la torture, la trahison.

Cela commence par un ton presque shakespearien comme la subtile distinction entre « Noble men et commoners » dans la fameuse harangue de Julius Ceasar Act 1 Scène 1. Les adresses polies du lieutenant à son capitaine sont bien feintes, quoique sous le sceau d’une amitié presque indéfectible. L’amitié peut être mensongère.

Le lieutenant Horace Andreani écrit donc une longue missive expiatoire à son chef et ami le capitaine André Degorce qui a partagé avec lui et l’horreur de Dien Bien Phu et des camps du Viet Minh et l’arrestation de leur dernier prisonnier Tarik Hadj Nacer, dit Tahar. Avant cela, André a un passé de résistant pendant la deuxième guerre mondiale et a aussi vécu l’horreur de Buchenwald quand il était très jeune homme passionné de mathématique. Rescapé, il rencontre à l’hôtel Lutécia une femme solaire, dix ans plus âgée que lui , un trésor de compassion. Elle lui ouvre ses bras, il l’épouse, lui donne un enfant et est incapable de bonheur. Son âme s’est déjà délitée. L’amour peut être mensonger.

En poste en Algérie pour lutter contre L’ALN, il devient de plus en plus impossible à Degorce d’éprouver des sentiments humains, et son âme se rétrécit comme une peau de chagrin jusqu’à ce qu’elle l’abandonne définitivement. Le tableau se compose au fur et à mesure que l’âme déborde et se perd. Cette peinture progressive analyse des profondeurs et des complexités terrifiantes de l’âme humaine, sans aucun excès de voyeurisme et c’est bouleversant. Le mensonge tel un acide infiltre progressivement la réalité et le capitaine n’en réchappe pas. « Il dirige une machine, énorme et compliquée, pleine de tuyaux, de fils électriques, de bourdonnements et de chair, presque vivante, il lui fournit inlassablement le carburant organique que réclame son insatiable voracité, il la fait fonctionner mais c’est elle qui régit son existence et, contre elle, il ne peut rien. Il a toujours méprisé le pouvoir, l’incommensurable impuissance que son exercice dissimule, et jamais il ne s’est senti aussi impuissant. »

Le style de l’auteur porte le texte comme des flots puissants et nous entraîne implacablement alors que l’horreur de la situation nous ferait plutôt refermer le livre. Malgré la perte de l’âme cette œuvre est parcourue par un souffle puissant, c’est ce qui fait son attrait ; il y a de l’inspiration, de l’amplitude, de la polyphonie et une voix lucide et digne pour tenter de saisir l’indicible. Cela en fait un livre inoubliable.

Il y a des grands pans de phrase qui restent : « Qu’est-ce que la vérité demande le capitaine. La vérité, elle est plus modeste, capitaine, dit Tahar en se penchant vers lui. La vérité c’est que c’est moi qui suis fini, seulement moi, et ça n’a aucune importance parce que je ne compte pas. » Tahar le colonel de l’Armée de Libération Nationale est tombé dans les mains des français. « Il n’y a rien de théâtral dans sa voix, aucune réflexion qui trahisse une immodestie quelconque ou le moindre désir d’être admiré. Il a simplement énoncé un fait et maintenant il s’allonge sur la paillasse et ferme les yeux en soupirant comme pour se préparer au sommeil. Le capitaine ne peut s’empêcher de contempler encore le mystère de son sourire… »

« André, mon enfant, mon aimé, nous pensons tant à toi. Notre petite Claudie n’arrête pas de me demander si tu pourras être avec nous pour son anniversaire… » André, au fil des jours n’arrive plus à répondre aux lettres lumineuses de sa famille et s’enfonce dans les ténèbres. « Quand il s’agit d’écrire une lettre aux siens quelque chose d’autre est nécessaire, quelque chose qu’il a manifestement perdu. L’âme peut-être, l’âme qui rend la parole vivante. Il a laissé son âme en chemin, quelque part derrière lui et il ne sait pas où. »

Et voici les paroles de Tahar, la victime qui répond à son bourreau : « Tous les choix sont de mauvais choix. Et le joueur le sait mais il doit continuer la partie. Peut-être, s’il est fort il peut la faire durer un peu plus longtemps, mais plus rien de décisif ne peut arriver. Ca c’est votre situation même si vous, vous ne vous en rendez pas compte. Ne pas m’arrêter c’est mauvais. M’arrêter, c'est peut-être pire. Pour nous, capitaine, c’est le contraire. Si nous gagnons ici, c’est bon. Si nous perdons, si vous arrêtez tout le monde, c’est aussi bon. Un martyr est mille fois plus utile qu’un combattant ! »

Deashelle (Tervuren, Inscrite le 22 décembre 2009, 0 ans) - 16 mai 2011


Rester sur sa faim 4 etoiles

Jérôme FERRARI trace le parcours de deux militaires français, deux officiers. ces deux hommes qui se connaissent bien mais dont les orientations "philosophiques" concernant la guerre les séparent. capturés pendant la guerre d'Indochine, leur mission est de "faire parler" leurs prisonniers lors de la guerre d'Algérie.
L'un a des états d'âmes, l'autre pas.

L'histoire est très intéressante en elle même mais l'auteur n'arrive pas à me captiver. La construction même de l'histoire est compliquée à suivre. Jamais je ne suis entré dans l'histoire.

J'ai lu ce livre sans vraiment y prendre plaisir. Dommage!

Thierry13 (, Inscrit le 3 août 2010, 40 ans) - 9 janvier 2011


Extraordinaire... 10 etoiles

Une écriture splendide... qui montre à merveille ce que deviennent les hommes à qui l'on permet tout. Livrés à eux-mêmes dans la guerre et la haine des autres...

Commentaire de l'éditeur... qui décrit si bien ce livre..

Sur une scène désolée, fouettée par le vent, le sable et le sang, dans l'humidité des caves algéroises où des bourreaux se rassemblent autour des corps nus, Jérôme Ferrari, à travers trois personnages réunis par les injonctions de l'Histoire dans une douleur qui n'a, pour aucun d'eux, ni le même visage ni le même langage, trace, par-delà le bien et le mal, un incandescent chemin d'écriture vers l'impossible vérité de l'homme dès lors que l'enfer s'invite sur terre.

Chocolat liègeois (, Inscrite le 2 octobre 2010, 28 ans) - 4 novembre 2010


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