D'un château l'autre de Louis-Ferdinand Céline

D'un château l'autre de Louis-Ferdinand Céline

Catégorie(s) : Littérature => Biographies, chroniques et correspondances

Critiqué par Jules, le 21 février 2002 (Bruxelles, Inscrit le 1 décembre 2000, 77 ans)
La note : 8 étoiles
Moyenne des notes : 8 étoiles (basée sur 9 avis)
Cote pondérée : 7 étoiles (2 613ème position).
Visites : 8 896  (depuis Novembre 2007)

Un énorme défoulement !...

Louis - Ferdinand s'est enfin décidé à quitter Montmartre et à partir pour l’Allemagne. Il ira à Baden-Baden où il retrouvera un monde d’exilés pas très recommandable : Pétain, Laval et bien d’autres, mouillés jusqu'au-dessus du cou, au-delà des narines ! Mais aussi toute une flopée d'hommes de mains des moins recommandables et prêts à tout…
En Allemagne, c’est aussi la débâcle et les Allemands ne vivent pas mieux que les Français occupés. La nourriture manque, les hommes sont à la guerre, les alliés bombardent dans tous les coins.
Louis – Ferdinand sera « élevé » au rang de médecin de Laval et Pétain et il lui arrivera de faire la promenade des remparts avec le vieux Maréchal et de causer avec Laval. Et il en pense quoi notre Louis Ferdinand de la guerre, de tout ce barouf et chamboulement ? « En vrai, un continent sans guerre s'ennuie… sitôt les clairons, c'est la fête !. grandes vacances totales ! et au sang !… de ces voyages à plus finir !. les armées décessent pas de bouger !. entremêler, rouler encore ! jusqu’elles éclatent. convois, locos, trains panzers !. blindés fourgons « mâles munitions » plus et encore ! »
Mais notre Louis & Ferdinand écrit ce livre après son retour en France et nous parle donc aussi des problèmes qu’il vit dans les années cinquante. Il est toubib à Meudon, pour les pauvres, mais la pratique est rare et l'argent encore plus ! D’accord, il écrit et vend des livres, mais ses éditeurs !. Plus bandits l'un que l’autre ! De Denoîl, assassiné, il dit qu’il était pingre, mais qu'il avait une qualité : il aimait les lettres, il reconnaissait le travail et respectait les auteurs. Quant à Brottin Achille, son nouvel éditeur (Gallimard), il en dit ceci : « Brottin Achille, lui, c’est l’achevé sordide épicier, implacable bas de plafond con… il peut penser que son pèze ! plus de pèze ! encore plus ! le vrai total milliardaire ! et plus de larbins autour !. langues hors et bien déculottés… »
Et le voilà parti dans une rage sur la France des vacances et des voitures, qu'elles en débordent de partout, que s’en est un crime ! « Où qu’ils vont tous ?… pinter, bâfrer, pire ! parbleu !… plus ! plus !. déjeuner d'affouaîres !… ouaîres ! ouaîres !voyouages d’affouaîres ! »
Il évoque aussi le temps où, petit, il habitait au passage Choiseul, avec comme unique bon air celui des becs de gaz. Mais il revient vite à sa condition d’aujourd’hui avec les « Tartres » (surnom qu’il a donné à Sartre), Vaillant et autres faux résistants à ses basques comme des roquets. « Lorsque le sort vous a coincé c’est plus qu’a passer aux aveux. j’en vois échéant, il en vient me voir, des dans mon cas, qui savent plus quel pied danser. et si bredouillants, et si gauches ! et qui fanfaronnent !. parole !. penauds emberlificotés !. lorsque vous êtes pris dans l’étau, qu'on vous a déchu, à l’os, à la moelle, c'est plus que de passer aux aveux !… et pas que ça traîne ! vos heures sont joliment comptées ! »
Il se défoule, Louis & Ferdinand et pas qu’un peu ! Tout y passe et il en a à dire qu'une concierge à côté de lui n'aurait l’air que d’une sourde et muette !. Ah ! faut avouer ! Son exil de Montmartre, ses souffrances danoises, tous ses documents brûlés par des pillards, sa pauvreté de Meudon, Brottin et compagnie, tout ça, ça nous en a fait un sacré aigris, de notre Louis – Ferdinand !. Il pousse, mais est drôle quand même aussi !. Tout n'est pas faux…
Après celui-ci, il ne m'en restera qu'un seul à faire et c’est « Nord »… Puis je vous fous la paix, vu qu’il est pas question de causer ici de ses lamentables écrits d’un antisémitisme plus que primaire . D'ailleurs, ils sont plus réédités depuis belle lurette, et c'est très bien comme ça !… Je possède un exemplaire photocopié et relié de « Bagatelle pour un massacre », mais c’est vraiment pas lisible ! Bien trop con !. Insupportable !…
Andouille de Louis – Ferdinand !. Sans ces écrits, sa vie aurait été tout autre !…Génie des lettres, pourtant humain, et si aigris !. D’accord, une vie pas facile, mais une bonne partie en est venu de lui-même…

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Tout Houellebecq pour ce Céline là

10 étoiles

Critique de Yeaker (Blace (69), Inscrit le 10 mars 2010, 48 ans) - 14 octobre 2021

Amertume et sarcasmes au programme!
Céline nous entraine de digression en digression sur son quotidien de médecin sans (presque de) client avec Lucette et les chiens dans un monde qui lui est devenu hostile, sa relation aux éditeurs, une rencontre avec Charon faisant traverser le Styx en bateau mouche puis jusqu'à Sigmaringen où nous croisons le gouvernement de Vichy en fuite et une galerie de personnages à l'avenir incertain. Ces petites histoires seraient si drôles si elles n'étaient que fictions, hélas. Une merveille littéraire intemporelle. Je vous conseille une lecture à voix haute pour profiter de l'argot!
Mais comment imaginer se passer des grands livres de Céline !

Dix ans de vacheries...

8 étoiles

Critique de Romur (Viroflay, Inscrit le 9 février 2008, 48 ans) - 5 novembre 2011

On présente en général Un château l’autre comme le récit des collaborateurs réfugiés à Siegmaringen autour du gouvernement de Vichy en exil.

Mais c’est d’abord, sur un long tiers du roman, un cri de souffrance et d’indignation. Céline décrit sa vie de paria, après son retour en France dans les années cinquante. Son domicile parisien a été pillé par vainqueurs et par ses proches qui ne comptaient plus sur son retour. Etabli médecin dans la maison de famille à Meudon il soigne quelques rares clients aussi miséreux que lui entouré par la suspicion et les hochements de tête du voisinage. Et il injurie ses éditeurs qui ne le paient pas assez pour vivre. Un torrent de rage !

Et quand la fatigue et la fièvre le prennent, il revit ces mois surréalistes en Allemagne, où il soignait la communauté de Siegmaringen, collabos et fonctionnaires en fuite, vivant dans la misère et le rationnement, tentant de préserver les apparences et feignant de croire à un retour prochain en France tout en étant terrorisé par l’avancée du général Leclerc. Le témoignage est édifiant, l’ambiance ubuesque, la leçon d’humanité exemplaire.

Le tout est décrit avec ce style inimitable : une langue outragée, une langue brisée, une langue martyrisée mais une langue libérée avec une énergie prodigieuse et un vocabulaire d’une richesse et d’une verdeur à couper le souffle.

Seul regret : il n’est pas facile au XXIème siècle de décoder toutes les allusions, références et sous-entendus... J’ai lu en collection Folio qui brille comme toujours par l’absence de toute note explicative.

Pff...

3 étoiles

Critique de Monito (, Inscrit le 22 juin 2004, 49 ans) - 31 mars 2009

Interrompu ! Impossible d’aller au-delà des 60 premières pages. Déçu ? Pas vraiment. Après le bouleversement ressenti il y a une dizaine d’années à la lecture de Voyage, je n’avais pas relu autre chose de Céline.

Une envie d’en connaître davantage, quelques achats compulsifs d’autres ouvrages de cet écrivain inclassable et je commençai ce roman.

Et là, choc, surprise, difficulté d’adhérer et d’entrer dans le texte. Ce style, déstructuré, où les points de suspension se succèdent les uns aux autres, où les expressions mêlent langage châtier et argot voire vulgarité… On sent dans les quelques pages l’amertume de Céline, une volonté de s’auto-réhabiliter après son retour d’exil danois, mais en 60 pages on ne voit rien d’autre, pas de but, pas de fil, pas de chemin.

Céline disait, semble-t-il, qu’il n’était et ne prétendait pas être un auteur à messages. C’est réussi… ou alors je n’avais ni l’esprit, ni l’humeur pour affronter et peut-être goûter une simple mais tellement originale figure de style ?

A voir, dans quelques temps, dans quelques années peut-être ?

Un bon témoignage

8 étoiles

Critique de Coutal (, Inscrit le 11 juin 2007, 34 ans) - 23 novembre 2008

Céline a ici le mérite de raconter un épisode des moins glorieux de l'Histoire de France, et non sans humour. Observateur méticuleux, il ne nous décrit pas Sigmaringen de A à Z, mais des épisodes par ci par là, illustrant parfaitement la comédie qui se joue à Sigmaringen.
On a droit à tout : les 1142 "crève la faim" (les condamnés à mort en France qui se réfugient auprès de Pétain) quémandant du pain aux portes du château, et qui au lieu de cela, croisent Pétain sortant pour sa promenade. Les jalouseries, gamineries entre ministres, en particulier la scène où Céline, par un accès d'orgueil, se fait nommer par Laval gouverneur des îles St Pierre et Miquelon. Puis, il y a la gare, lieu de décadence et d'anarchie, symbolisant à elle toute seule l'Etat de l'Allemagne à cette époque.
Le meilleur revient selon moi à l'enterrement de Bichelonne, scène surréaliste, où les ministres sont emmenés vers une destination inconnue dans un wagon sans eau, sans nourriture, et dans le froid, pour ensuite être lynchés au retour par une bande de gamins hystériques que l'on a laissé monter dans le train. On peut voir un parallèle avec la déportation des juifs. Sauf qu'il s'agit de ministres !

Bref, un grand livre, à lire pour les passionnés de cet époque de l'Histoire. Petit reproche cependant : le premiers tiers du livre, où Céline se plaint de sa condition, des auteurs (Tartre, Mauriac, etc...), des éditeurs (Achille, Loukhoum) est plutôt ennuyeux. N'hésitez pas à sauter cette partie pour vous attaquer aux moments vraiment intéressants.

Ah, Louis-Ferdinand !...

9 étoiles

Critique de Jules (Bruxelles, Inscrit le 1 décembre 2000, 77 ans) - 6 novembre 2003

L'avantage avec lui, c'est qu'on peut prendre n'importe quelle page et les possibilités de citations à l'ironie grinçante, d'envolées verbales et de cris de rage sont foisons !... Quant à ses inventions de mots ou de verbes, j'ai un jour commencé à les recenser, mais j'ai bien vite dû abandonner: il y en a trop. Un véritable feu d'artifice que cet homme là !... Mais force est de constater que pas mal de lecteurs n'arrivent pas à le digérer. Qu'est ce qu'ils ratent !... Mais on me dira la même chose de Proust... Je compte quand-même faire une nouvelle tentative un jour, mais quand ?...

La vie de château

9 étoiles

Critique de Kinbote (Jumet, Inscrit le 18 mars 2001, 62 ans) - 5 novembre 2003

Plutôt que de paraphraser ce que Jules ou Nothingman ont dit de ce livre époustouflant, déflagrant, au style, au rythme et au pouvoir d'évocation sans pareils, je vous livre quelques morceaux choisis, trop courts, en vous signalant l'adresse du site très complet qui est consacré à l'écrivain : www.chez.com/lfceline « La honte c'est d'être pauvre.... la seule honte !...tenez moi, pas d'auto, médecin à pied ! de quoi j’ai l'air ?... » « Je ne veux jamais rien, moi... je refuse tout... ni un baiser... ni une serviette ! je veux remémorer !... je veux qu’on me laisse... voilà ! tous les souvenirs!... les circonstances ! tout ce que je demande ! je vis encore plus de haine que de nouilles !... mas la juste haine ! pas Ôl'à peu près’ »
« A un moment, y a plus de secrets... y a plus que des polices qui en fabriquent. »
« Je suis pas l'homme à discuter les conditions du travail... foutre !... c'est des trucs d'après 1900 les discuteries au travail ... »
« Je pose des notes de « réussite », je cote d'1 à 20... vous trouvez pas une file bien faite, même cherchant bien sur mille ! je dis... vitalité, muscles, poumons, nerfs, charme... genoux, chevilles, cuisses, grâce !... je suis le raffiné, hélas ! j'admets des goûts de Grand-Duc, d’Emir, d’éleveur de pur-sang ! bon... chacun ses petits
faibles ! »
« Moi, je serais Nasser, moi par exemple, ou Franco, ou Salazar, je voudrais voir si mes pommes sont cuites, je voudrais vraiment être renseigné, ce qu'on pense de moi... je demanderais pas à mes polices !...non ! ...j’irais voir moi-même à la Poste, les queues aux guichets
pour mes timbres... votre peuple collectionne, ... c’est que c’est joué... ce qu’il doit y avoir de collections
« d’Adolf Hitler » en Allemagne ! »
« Coolie !... Coolie de l'Ouest !... l’avenir ! je porte les paquets : tout, les caisses, les filets, les sacs !... et les poubelles !... je porte les crimes... je porte les impôts, je porte la médaille militaire... je porte mes 75%... je suis complet » ».
A un moment il traite les écrivains de « m'as-tu-lu ». Bien dit, non ?

Ah, Céline !...

9 étoiles

Critique de Jules (Bruxelles, Inscrit le 1 décembre 2000, 77 ans) - 9 juillet 2003

Beaucoup à dire sur cet homme et cet écrivain. Bafoué, haï, emprisonné, vilipendé, mais quel écrivain !... Son style, sa capacité à faire apparaître de véritables films dans notre tête est exceptionnelle ! Bien sûr il a commis beaucoup d'erreurs, mais il ne faut pas oublier qu'il a été blanchi à son procès et que des communistes, des résistants, des Juifs ont témoigné qu'il n'avait jamais dénoncé personnes, même quand il savait qu'il soignait des Juifs cachés dans des caves, ou que des réunions de résistants se tenaient dans l'appartement face au sien à Montmartre !

de l'autre côté!...

8 étoiles

Critique de Nothingman (Marche-en- Famenne, Inscrit le 21 août 2002, 41 ans) - 8 juillet 2003

Meudon 1951. Céline est de retour de son exil forcé en Allemagne et au Danemark. Il reprend la plume. Oh non pas pour le plaisir de l'écriture.Fichtre non!... A d'autres!... Mais pour subsister, pour les poireaux!... Pour lui, pour Lili, sa femme et sa meute de chiens et de chats. Retiré du monde sur cette colline des bords de Seine, ils soigne les pauvres mais ne perçoits souvent rien en retour. Des clous!... Cela en fait un vieil homme bien aigri!...
Dans ce livre, première étape d'un triptyque (avec Nord et Rigodon), il nous livre ses confessions et ses souvenirs de Sigmaringen, de son exil forcé. Il s'est réfugié là avec les pires collaborateurs que comptait la France (Pétain, Laval,...) et sous la plume de Louis-Ferdinand, c'est quelque chose que cette petite ville du Bade-Wurtemberg au bord du Danube. Il pleut des bombes alliées!...La nourriture, le froid, les conditions insalubres pour la majorité!...Et Pétain qui joue au châtelain là-haut dans le château des Hohenzollern!... Sous sa plume, ce qui peut-être considéré comme banal se transforme vite en aventure, en épopée. Toujours cette écriture caractéristique. "Encore mes rancoeurs!...vous m'excuserez d'un peu de gâtisme...mais pas tellement que je vous lasse!...moi et mes trois points!...un peu de discrétion!...mon style soi-disant original!...tous les véritables écrivains vous diront ce qu'il faut en penser!...et ce qu'en pense Brottin!...et ce qu'en pense Gertrut!..." (des éditeurs).Et de l'humour souvent. Le couloir dans lequel se trouve sa chambre et la myriade de fous et de dégénérés qui le peuple. Et cette chambre 36 dans laquelle aboutissent les spécimens rares!... Mais se pose aussi l'éternelle question de ces idées qui l'ont conduit à cette vie d'exil et de misère, des idées pas très recommandables et nauséabondes, quelques pamphlets à oublier au plus vite!...Des écrits qui l'ont conduit bien bas en tous les cas. Et pendant cet exil, les Tartre, la Triolette, les Mauriac,... qui prennent les places laissées vacantes dans l'intelligentsia parisienne. Qualifiés de profiteurs selon Céline, la critique de ces personnages nous vaut quelques bonnes pages également, rigolotes à tout le moins. Le vieillard aigri en a gros sur la patate!... Ah cet énigmatique Céline!...Aux idées parfois troubles mais à l'écriture incandescente!...

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