Iphigénie de Jean Racine

Iphigénie de Jean Racine

Catégorie(s) : Théâtre et Poésie => Théâtre , Littérature => Francophone

Critiqué par Frunny, le 26 juin 2010 (PARIS, Inscrit le 28 décembre 2009, 54 ans)
La note : 8 étoiles
Moyenne des notes : 8 étoiles (basée sur 2 avis)
Cote pondérée : 5 étoiles (22 257ème position).
Discussion(s) : 1 (Voir »)
Visites : 2 570 

La prise de Troie aura-t-elle lieu ?

Pièce de théâtre en 5 actes autour de la prise de Troie par les Grecs .
Pour lever l'hostilité des Dieux, Agamemnon ( Roi des Grecs ) doit sacrifier sa fille Iphigénie .
Il utilise de vils stratagèmes ( la préparation du mariage avec Achille ) pour la faire venir .
Comme nombres de pièces classiques , les unités de temps ( une et unique journée ) , de lieu ( un port militaire ) et d'action ( la prise de Troie / le sacrifice d'Iphigénie ) sont respectées.
Comme pour les pièces de Molière , j'ai apprécié l'intrigue et les renvois à la mythologie. ( par forcement amusant de reconstituer qui est le fils de qui ......... )
Lecture de ce monument classique obligatoire !

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Les éditions

  • Iphigénie [Texte imprimé], tragédie Racine éd. présentée, annotée et commentée par Alain Viala,... et Marc Favier,...
    de Racine, Jean Viala, Alain (Editeur scientifique) Favier, Marc (Editeur scientifique)
    Larousse / Petits classiques Larousse.
    ISBN : 9782038717310 ; 28 F ; 01/05/1973 ; 255 p. ; Poche
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« Mais tout dort, et l’armée, et les vents, et Neptune »

8 étoiles

Critique de Fanou03 (*, Inscrit le 13 mars 2011, 44 ans) - 30 juin 2020

Fidèle à lui-même, Jean Racine déploie encore tout son talent de tragédien dans Iphigénie : une langue splendide, racée, à la fois très simple mais d’une très grande pureté qui est un véritable délice. Il nous offre de nombreux vers tout à fait superbe (« Mais tout dort, et l’armée, et les vents, et Neptune », « Je sentis dans mon corps tout mon sang se glacer ») qui n’ont rien à envier me semble-t-il en tout cas à ceux que l'on peut trouver dans ses autres grands classiques. Iphigénie est une pièce d’autant plus plaisante à lire qu’elle tend à nous épargner les traditionnels monologues, parfois long et fastidieux. Son équilibre est de fait d’une grande justesse: aux tirades classiques viennent s’enchâsser des échanges plus courts, incisifs, à la brièveté non moins touchante ou efficace.

Et surtout Jean Racine sur-utilise de façon impressionnante la forme interrogative. C’était certes déjà marquant sur Andromaque par exemple, mais cela s’avère encore plus frappant ici. Notre tragédien en fait un art à part entière, un art assez sublime je dois dire. Car le procédé ne lasse pas, bien au contraire, il vient renforcer le sentiment de trouble des personnages et le dynamisme de la pièce. Voyez cette vive répartie entre Achille en colère, tentant de sauver Iphigénie du sacrifice face à un Agamemnon impavide :

Agamemnon :
« Mais vous, qui me parlez d’une voix menaçante,
Oubliez-vous ici qui vous interrogez ? »

Achille :
« Oubliez-vous qui j’aime, et qui vous outragez ? »

On sent beaucoup le mouvement, en effet, mouvement qui est renforcé par les arrières-plans discrets mais évocateurs (la description du camp militaire des Grecs). L’exposition de la pièce (Agamemnon déchiré par le dilemme qui le ronge réveillant à l’aurore son fidèle Arcas) est également une réussite pleine d’intimité, presque en clair-obscur, tandis que les personnages très plutôt crédibles et intéressants, chacun ayant sa place, y compris les confidents qui ne sont jamais des rôles au rabais. Les sentiments immergent le texte tels les ressacs de l’âme. Le suspense est prenant, nous voyons les manœuvres malhabiles d’Agamemnon pour empêcher le drame qu’on sent pourtant inéluctable, et l’ambiguïté dont il pare le mot autel (l’autel où aura lieu l’hymen d’Achille et d’Iphigénie, ou son sacrifice) est tout à fait habile de la part de Racine - et terrible !

La seule chose que je trouve à redire dans Iphigénie, mais elle est de taille, c’est sa conclusion. Mais qu’est-ce qui est passé par la tête de Jean Racine pour dézinguer toute la puissance tragique de sa pièce ? (Attention je divulgue). Non, mais ! : faire mourir Eriphile (dont le vrai nom de naissance se révèle être Iphigénie) à la place de la "vraie" Iphigénie, Eriphile dont tout le monde se fiche un peu en fait et qui suscite assez peu d’empathie. Qui peut croire que les Dieux Cruels peuvent préférer comme victime expiatoire à la fille d’Agamemnon la pauvre Eriphile dont le sacrifice ne recèle aucun enjeu et n’entraîne aucune conséquence ? J’avoue que, naïf, je n’ai pas vu la ficelle et que les bras m’en sont tombés ! Dommage, vraiment dommage je trouve pour cette pièce qui n’en demeure pas moins d’une grande beauté.

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  Poséïdon, mais pas Neptune ! 3 Fanou03 7 juillet 2020 @ 14:00

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