Saules aveugles, femme endormie de Haruki Murakami

Saules aveugles, femme endormie de Haruki Murakami
( Mekurayanagi to nemuru onna)

Catégorie(s) : Littérature => Asiatique

Critiqué par Tistou, le 23 janvier 2010 (Inscrit le 10 mai 2004, 63 ans)
La note : 8 étoiles
Moyenne des notes : 8 étoiles (basée sur 6 avis)
Cote pondérée : 6 étoiles (13 263ème position).
Visites : 4 149 

Nouvelles

Ces nouvelles sont plus « Murakamiennes » que nouvelles. Je veux dire par là qu’elles sortent de l’épure classique des nouvelles pour ressembler davantage au monde particulier des romans de Haruki Murakami.
Délicatesse, sensibilité, fin inaboutie ou à achever par le lecteur, au choix. Ces nouvelles dénotent de l’état d’esprit de l’auteur, sûr de rien, doutant de tout, inventant des histoires fantomatiques, comme émergeant d’un brouillard pâle.
J’y ai retrouvé pour certaines l’esprit d’indécision qui prévaut dans certaines nouvelles de l’américain Robert Olen Butler et qui m’ont laissé une impression marquée (« Un doux parfum d’exil »). Et ce ne sera pas la seule comparaison.
Le monde de Murakami n’est pas parfait. Il n’existe même peut-être pas. Ou alors ce serait un monde où les histoires commencent et, tels les fleuves du désert se perdent dans le sable, ne savent pas finir, ou ne veulent pas finir.
Il semblerait que ces nouvelles n’aient pas été spécialement composées pour ce recueil mais collectées au fil d’années et d’années de parution dans tel ou tel journal ou revue. Les thèmes y sont variés. Les personnages, même si japonais, évoluent aussi bien au Japon, qu’en Corée, en Europe, à l’image des rencontres et voyages de Murakami, j’imagine. Il y a de la tragédie possible dans ces nouvelles, on la pressent, on l’imagine bien, on la redoute, et bien souvent, tel un pétard mouillé ce n’est qu’en fait qu’une possibilité à laquelle on aura échappé, l’occasion pour Haruki Murakami de dépouiller un peu plus les méandres de l’âme humaine. Humaine et pas spécifiquement japonaise. C’est qu’il est universel notre Murakami. Ce pourrait être du Ismail Kadare - certaines nouvelles me l’ont évoqué - non, c’est Murakami.
Désenchantement, nostalgie, évanescence, une bien belle magie.

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Les éditions

  • Saules aveugles, femme endormie [Texte imprimé] Haruki Murakami traduit du japonais par Hélène Morita
    de Murakami, Haruki Morita, Hélène (Traducteur)
    Belfond / Littératures étrangères (Paris)
    ISBN : 9782714442840 ; EUR 21,50 ; 04/09/2008 ; 427 p. ; Broché
  • Saules aveugles, femme endormie [Texte imprimé] Haruki Murakami traduit du japonais par Hélène Morita
    de Murakami, Haruki Morita, Hélène (Traducteur)
    10-18 / 10-18. Série Domaine étranger
    ISBN : 9782264044747 ; EUR 8,60 ; 18/02/2010 ; 503 p. ; Poche
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Nouvelles qui font mouche

9 étoiles

Critique de Catinus (Liège, Inscrit le 28 février 2003, 68 ans) - 11 mars 2016

Des tranches de vie émaillées d’un petit quelque chose de bizarre, d’étrange. La bonne recette pour faire mouche auprès des lecteurs (-trices).

Vingt nouvelles. Un régal japonais. Se dégustent comme de fondants sushis…

J’ai tout particulièrement pointé :

- « Saules aveugles, femme endormie » : une femme endormie par le pollen de saules …
- « Le jour de ses vingt ans » : un seul vœu peut-être exhaussé par le patron d’une jeune femme …
- « Histoire folklorique de notre temps » : histoire d’un grand amour …
- « Les chats mangeur de chair humaine » : deux amants fuient le Japon pour une île grecque (un condensé des « Amants du spoutnik » ) …
- « Nausées 1979 » : un homme volage est sujet à des nausées quotidiennes et d’un appel téléphonique anonyme tout aussi quotidien …
- « Le septième homme » : récit d’un tsunami et de la perte d’un ami …
- « Hasard, hasard » : intéressons-nous à un accordeur de piano de 40 ans et qui est gay …
- « La baie de Hanalei » : la jeune veuve japonaise et le surfeur japonais à une jambe …
- « Le singe de Shinagawa » : Mme Mizuki oublie son nom ; un singe (pas vraiment comme les autres singes) va lui redonner la mémoire …



Extraits :

- Il flottait autour de lui une odeur de célibataire endurci, comme du papier journal et des pastilles fermées ensemble dans un tiroir depuis un certain temps. Elle avait un oncle célibataire qui avait le même genre d’odeur.

- Je commençai à me sentir semblable à un fauteuil de dentiste : personne ne le déteste mais tout le monde l’évite.

- Francis Poulenc était gay. Une fois, il a déclaré : « Si ôtez de moi la composante homosexuelle, vous ferez également disparaître la musique ». ( à écouter par exemple « Suite française » et « Pastorale », )

- Il y a seulement trois façons de faire pour que ça se passe bien avec une fille : un, se taire et écouter ce qu’elle a à dire. Deux, la complimenter sur ce qu’elle porte. Et trois, lui offrir de bonnes choses à manger.

- Dans la vie, un homme ne rencontre que trois femmes qui comptent. Trois rencontres qui ont du sens. Pas plus, pas moins.

- Vous connaissez certainement l’expression « Trois pas en avant, deux pas en arrière « pour caractériser la vie humaine, n’est-ce pas ?

Évanescence et prosaïsme

8 étoiles

Critique de Isad (Occitanie, Inscrite le 3 avril 2011, 59 ans) - 18 janvier 2014

Ce livre est un recueil de 23 nouvelles. On y retrouve l’univers de l’auteur avec une gravité légère, mêlée de poésie et de fantastique. Ces textes, souvent prétextes à réflexions sur soi et la vie en général sont à déguster à petites doses, comme le genre y invite.

Dans deux d’entre elles, et peut-être même 3, j’ai reconnu des éléments de livres, points de départ d’un travail de plus grande envergure ou matériel non utilisé dans la construction finale d’un roman ?

IF-0114-4144

Là où l’écriture rejoint la peinture

9 étoiles

Critique de RYM26 (, Inscrit le 4 septembre 2012, 78 ans) - 31 décembre 2012

Il s’agit du premier livre de Murakami que je lis (ou plutôt que j’écoute sur mon MP3). J’étais curieux de découvrir enfin un auteur japonais qui connait un tel succès dans le monde entier. J’avoue être à la fois dérouté et séduit par ces nouvelles.
Evidemment, comme le souligne très justement Som Lang, il ne s’agit pas de nouvelles bien construites, « à la française », mais plutôt d’explorations rêveuses, impressionnistes du temps qui passe et des mille détails de la vie de tous les jours que nous ne voyons pas parce que nous ne les jugeons pas « importantes », tels que le reflet du soleil sur une feuille d’arbre, la chaleur du soleil sur une peau bronzée, le doux clapotis de l’eau autour d’un radeau ancré dans une lagune. Ces nouvelles sont comme des tranches de vie. Elles n’ont pas de commencement, de milieu ni de fin. Comme dans la vie réelle, on ne sait jamais exactement ce qui s’est vraiment passé, il n’y a pas de bons et de méchants, seulement des êtres qui tentent de vivre leur vie comme ils le peuvent, à tâtons, sans jamais savoir s’ils ont fait le bon choix ni même pourquoi ils ont fait un choix. Murakami nous oblige à regarder le monde autrement, et nous invite à découvrir notre environnement sous un jour nouveau. C’est ce que j’aime chez lui. Il est à la fois familier et étrange, exotique et universel. Ces nouvelles me font un peu penser aux tableaux du peintre américain Edward Hopper qui font l’objet d’une magnifique exposition au Grand Palais en ce moment. J’y retrouve la même atmosphère à la fois familière et mystérieuse. Par exemple, des tableaux tels que "Nighthawks", "Sun in an Empty Room" ou "Morning Sun" ont quelque chose de très « Murakamien ».

auteur culte ?

4 étoiles

Critique de Som Lang (Ecrouves, Inscrit le 28 octobre 2011, 46 ans) - 28 octobre 2011

j'attends d'une nouvelle, qu'elle soit construite, rigoureuse, prenant le lecteur par la gorge pour le jeter dans la chute de son histoire, sans qu'il n'ait d'autre alternative, d'autre échappatoire.
Là, j'attends, j'attends encore..
une nouvelle, puis un deuxième, un troisième...Rien
L'inachevé, la liberté du lecteur d'imaginer est, dit-on, la marque de cet auteur culte au Japon. On voudrait y voir de la délicatesse, de la profondeur.
J'en ai marre des livres, mauvais, qui se parent du manteau de l'intellectualisme, pour faire croire à de la profondeur.
Murakami a écrit ses nouvelles comme ça, en débutant par un mot, qui en emmène un autre, sans plan, ni structure, sans savoir ce que sera la chute. Quand il a assez de nouvelles, il les rassemble et en fait un livre.
Travail inachevé ? Oui mais je suis Murakami, les gens chercheront du sens, même s'il n'y en a pas.... C'est l'impression que j'ai eu.

il n'y a guère dans ce recueil que "l'année des spaghettis " qui sort du lot.
Je parle pas du style... Je préfère accuser la traductrice du livre d'avoir mal fait son travail.
Lisez plutôt " les belles endormies" de Kawabata pour une vraie délicatesse, ou "le pavillon d'or" de Mishima, pour la rage et l'énergie ( même s'il est assez nationaliste)

Je vais quand même lire un autre livre de Murakami, j'ai pas envie de rester sur cette déception.

Banalités bien agrémentées

7 étoiles

Critique de Elya (Savoie - Dauphiné - Ardèche, Inscrite le 22 février 2009, 29 ans) - 12 juillet 2010

C'est seulement avec Haruki Murakami que j'ose me lancer sans appréhension dans des recueils de nouvelles. Sinon, j'ai toujours peur de survoler le livre et de ne jamais avoir le temps de rentrer dans l'histoire. Le caractère des personnages, le contexte de l'intrigue, les descriptions, tout est trop vite survolé dans les nouvelles.

Sauf avec lui. Avec lui, n'importe quelle situation totalement banale nous semble captivante dès les premiers mots qui la décrive.
C'est ce qu'illustre parfaitement ce recueil, que j'ai tout de même moins apprécié que L'éléphant s'évapore du même auteur, où l'on pouvait relier un peu les nouvelles entre elles.
Ici, ce sont seulement de petits évènements accolés les uns aux autres. Rien d'exceptionnel donc, juste un agréable moment de lecture, idéal sous la chaleur estivale.

Pour satisfaire l'appétit de ceux qui ont déjà dévoré les oeuvres plus connues de ce Murakami.

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