La légende de nos pères de Sorj Chalandon

La légende de nos pères de Sorj Chalandon

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Alma, le 7 janvier 2010 (Inscrite le 22 novembre 2006, - ans)
La note : 8 étoiles
Moyenne des notes : 8 étoiles (basée sur 6 avis)
Cote pondérée : 6 étoiles (11 821ème position).
Visites : 2 626 

« L'histoire d’un vieux faussaire qui avait accepté de se confier à un inconnu »

4e de couverture « J’ai laissé partir mon père sans écouter ce qu’il avait à me dire , le combattant qu’il avait été, le résistant, le héros . J’ai tardé à le questionner , à moissonner sa mémoire . Il est mort en inconnu dans un coin de silence . Pour retrouver sa trace, j’ai rencontré Beuzaboc, un vieux soldat de l’ombre, lui aussi . J’ai accepté d’écrire son histoire, sans imaginer qu’elle allait nous précipiter lui et moi en enfer »

Le narrateur, biographe familial, se voit sollicité par la fille d’un ancien résistant, pour rédiger un livre relatant les faits d’armes de son père : Tescelin Beuzaboc, ancien cheminot du Nord . Celui-ci les lui avait confiés pendant son enfance et elle désire lui offrir, le jour de ses 85 ans, le livre de ses mémoires de combattant de l’ombre .

Le narrateur, lui-même fils de résistant-déporté, qui s’astreint habituellement à une grande neutralité, « Mon rôle était de prendre chaque phrase pour vraie. Je n’étais plus journaliste, pas historien , encore moins juge, » est amené à la suite des entretiens avec le vieil homme, à abandonner ce qu’il appelle « la posture du scribe » pour enquêter, interroger des documents ….. Qui fut réellement Tescelin Beuzaboc , héros de cette histoire qu’il veut intituler « Delivrances »?

Oscillant entre légende et vérité, tout à la fois récit d’un livre en train de se rédiger, réflexion sur les rapports entre le biographe et son sujet , et occasion de redécouvrir l’armée des ombres, "La légende de nos pères" est un roman où le lecteur épouse les doutes, les scrupules du narrateur , et qui maintient jusqu’à la dernière page une forme de suspense moral . Chalandon sait y analyser le poids des gestes, des regards, des silences et réveler , derrière les paroles échangées, toute l’importance du non-dit .

Son écriture rythmée constituée d’un enchainement syncopé et rapide de phrases courtes , confère à l’ouvrage précision et intensité .

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une réflexion autour de la mémoire familiale et collective.

6 étoiles

Critique de Evanhirtum (, Inscrit le 22 août 2016, 30 ans) - 22 août 2016

Un roman convaincant et court, qui nous porte pendant quelques heures de lecture dans une réflexion autour de la mémoire familiale et collective. L’auteur travaille la douloureuse question de l’héritage - pas en termes de biens ou d’argent, mais sur le plan des actions, des souvenirs et des remords.
C’est l’histoire d’un fils de résistant, devenu écrivain public, ou biographe de vies inintéressantes, à qui l’on demande de réaliser le roman de vie d’un ancien héros de la guerre. La fille de ce dernier lui commande cette tâche afin de rassembler ses contes d’enfant, ses légendes familiales…, dans un livre pour l’anniversaire de son père idolâtré et vieillissant. C’est d’autant plus troublant pour le biographe, qu’il a lui-même refoulé son histoire familiale et négligé cette passation mémorielle de fils de résistant (« J'étais devant la tombe et j'avais les mains vides de lui, les poches sans aucun ticket de notre vie à deux. »).
Outre la difficulté de cet héritage, le roman pose également la poignante question de comment trouver sa place a posteriori dans une histoire binaire qui ne retient que les bons et les méchants - comment exister, aux yeux des suivants, lorsque l’on ne rentre ni dans la case du grand résistant héroïque (saboteur de train, évadé de camp, …), ni dans celle de l’affreux collaborateur, mais qu’on fut simplement un citoyen comme un autre voulant survivre à cette horreur.
L’écriture est très directe et vivante, très efficace. Les chapitres sont souvent brefs, ce qui donne un bon rythme au livre. Encore un excellent roman de Sorj Chalandon.

un joli moment

8 étoiles

Critique de ClaireF (, Inscrite le 9 août 2010, 34 ans) - 23 mai 2014

Un livre d'une grande sensibilité et d'une grande douceur, malgré le thème central qu'est la mémoire et le silence de la guerre.

Autant tourné vers lui-même que vers l'autre, le narrateur nous emmène avec lui dans son empathie et ses colères. Ca donnerait presque envie de devenir biographe, pour nous aussi être autant tourné vers nous même que vers les autres...

Court, rythmé, émouvant, élégant même parfois - ce livre donne envie de se plonger plus entièrement dans l'oeuvre de Sorj Chalandon.

Histoire de choix

8 étoiles

Critique de Krys (Haute-Savoie, Inscrite le 15 mars 2010, 34 ans) - 5 novembre 2012

Choix passés, choix présents... Magnifique histoire écrite par un talentueux auteur, nous ne pouvons être qu'accrochés puis sous le charme ! Les personnages sont émouvants, le récit dynamique, j'ai vraiment beaucoup aimé.

Devoir de mémoire...

8 étoiles

Critique de Spirit (Ploudaniel/BRETAGNE, Inscrit le 1 février 2005, 57 ans) - 27 juin 2012

« La légende de nos pères » nous fait participer à la dualité d’un homme, biographe, qui recherche dans le passé d’un client une résonance au passé de son père dont il n’a jamais su que peu de choses.

De son écriture si particulière Sorj Chalandon nous entraine sur les voies du passé résistant, des faits réels ou supposés tels et du devoir de mémoire qui doit permettre aux vivants de suivre le cours de leurs vies. Les phrases courtes et toujours justes nous font partager le plus profond de l’être humain là où l’apparence cède le pas à l’intime réalité.

Un livre puissant et profondément humaniste qui prouve s’il en était besoin le grand talent de son auteur…

La cérémonie des souvenirs

8 étoiles

Critique de Jlc (, Inscrit le 6 décembre 2004, 74 ans) - 29 décembre 2011

Sorj Chalandon a écrit un très beau livre sur les mémoires. Il y a celle du souvenir que le temps embellit ou estompe et celle que l’on se construit quand l’imaginaire efface la réalité. La mémoire devient légende au double sens du mot, hésitant entre épopée et mythe.

Ce qui est passionnant dans cette histoire de biographie familiale c’est l’opposition entre deux personnages aussi énigmatiques l’un que l’autre. L’un, le père du narrateur, Frémaux, a été un résistant ordinaire, « terne, petit, le regard perdu derrière ses épaisses lunettes » avant de se taire parce qu’il « a tout dit » et mourir du chagrin de la perte d’un fils; l’autre, Beuzaboc, est grand, majestueux, imposant et on l'imagine tout de suite en chef de réseau charismatique. De l’un Frémaux ne saura plus rien, de l’autre il va en deviner les tourments.

Ce roman est très bien construit et Chalandon nous fait épouser le point de vue du narrateur passant d’une neutralité initiale à « la peste du doute ». Il sait parfaitement rendre cette recherche et raconter les moments forts de la résistance de Beuzaboc tels le fleurissement le 11 novembre 1940, de la tombe d’un artilleur anglais tué en 1915 ou l’exécution d’un soldat allemand dans un tramway en 1941.

Dans cette histoire d’hommes se glisse le personnage troublant de Lupuline, la fille de Beuzaboc, à la recherche de ses moments d’enfance admirative quand son père venait lui raconter, le soir dans sa chambre, ce qu’il avait fait pendant toutes ces années noires.

Enfin le décor et la date sont des éléments importants qui participent à la réussite de cette histoire. Nous sommes dans le Nord de la France, notamment à Lille, terre de résistance ouvrière et lors de la canicule de l’été 2003 quand chacun se protège de la chaleur, comme se protège Beuzaboc qui ne veut pas trop se livrer à cette « cérémonie des souvenirs ».

Oui c’est un très beau roman, écrit sans fioriture, où l’essentiel est suggéré avant d’être dit, parfois avec une tendresse discrète et émouvante.

« On fait son deuil mais on ne revient pas d’un rendez-vous manqué » écrit Frémaux. Lui non plus ne reviendra pas de ses trois rendez-vous manqués, l’un avec son père mort sans avoir sacrifié à la « cérémonie des souvenirs », l’autre avec un homme qu’il admire autant qu’il le trahit, Lupuline enfin, peut-être…

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