Double assassinat dans la rue Morgue - La lettre volée
de Edgar Allan Poe

critiqué par Tophiv, le 26 décembre 2001
(Reignier (Fr) - 43 ans)


La note:  étoiles
L'ancêtre de Sherlock Holmes
Edgar Allan Poe est un écrivain célèbre grâce aux multiple adaptations de ses nouvelles pour le cinéma ou la télévision.
Dans cette nouvelle, il nous présente un héros détective amateur, très observateur, raisonnant beaucoup plus vite que n'importe qui, et peu explicatif du cheminement de son enquête (sauf lors du dénouement évidemment)... Bref, on retrouve dans ce récit (qui sera suivi de plusieurs autres avec le même personnage), les bases qui vont servir plus tard à Conan Doyle pour créer Sherlock Holmes.
Chez Poe, la théorie et la précision des faits sont plus poussées que chez Conan Doyle qui préfère introduire plus d'action dans son récit. A part ça, il est vrai que la ressemblance entre leurs 2 héros saute aux yeux rapidement (même sans être au courant de la "filiation" entre Poe et Doyle, ce qui était mon cas).
Mis à part cet intérêt "historique", cette nouvelle reste à mon avis bien en dessous de ce qu'a pu écrire Conan Doyle. Donc plongez-vous plutôt directement dans la lecture des aventures de S. Holmes ...
L’ancêtre du polar fantastique 8 étoiles

Quelle émotion de penser en outre que c’est Charles Baudelaire himself qui a traduit et contribué à faire diffuser le maître américain ! Maître de la nouvelle fantastique, maître du polar naissant.
Non seulement créateur mais leader d’un mouvement qui va être imité, copié : celui de Sherlock Holmes en particulier, celui d’Arsène Lupin également, dans une moindre mesure.
Songez que le héros qui va résoudre l’affaire – une affaire qui se déroule à Paris fin du XIXème siècle – est un « amateur éclairé », pas un policier, c’est Charles Auguste Dupin, grand amateur d’échecs par ailleurs, secondé par le narrateur qui n’est autre que … qu’Edgar Allan Poe. C’est uniquement par le biais de la réflexion et des déductions successives que Dupin va résoudre deux terribles assassinats qui ont eu lieu rue Morgue, à Paris, chacun d’une grande sauvagerie et même d’une grande bestialité.
Tête tranchée d’une jeune fille, corps de Mme Lespanaye engagé dans le conduit de la cheminée comme pour tenter de le cacher … Pour des femmes sans histoire, une fin véritablement atroce et incompréhensible.
Au nez et à la barbe de la police qui va jusqu’à arrêter un innocent, ce sont Dupin et son acolyte, enfermés à discourir ou déambulant la nuit (la nuit comme … Sherlock Holmes) qui vont tirer le fin mot de l’histoire. On ne peut réellement s’empêcher de songer à Sherlock Holmes, avec pas mal d’années d’avance. Sir Arthur Conan Doyle avait dû pas mal avoir lu Edgar Allan Poe !
Pour avoir lu, en des temps plus reculés, nombre « d’Histoires extraordinaires » ou fantastiques du dénommé Poe, on ne peut que penser qu’il avait une imagination des plus fertiles et atypiques. Il a lancé un genre et ne le savait – probablement – pas.
« Un vaste génie profond comme le ciel et l’enfer » aurait dit de lui Baudelaire. Avait-il pressenti ce « boulevard » qu’ouvrait l’auteur américain ?

Tistou - - 63 ans - 10 mai 2019


Idéal pour commencer Poe 8 étoiles

Dire que c'est Edgar Allan Poe qui a inventé le roman policier est faux. En réalité, je le pensais moi aussi et pour l'avoir étudié en fac de lettres, c'est un peu plus compliqué que ça.

Dès la fin du 18ème siècle, les premières histoires policières paraissent dans des almanachs et des brochures et sont diffusées par des colporteurs. Puis, grâce à l'apparition du roman-feuilleton, elles apparaissent dans les principaux journaux dans la première partie du 19eme.

En revanche, Poe a inventé le récit à énigme lorgnant vers le fantastique qui inspirera plus tard Conan Doyle avec son héros Sherlock Holmes et Agatha Christie avec Hercule Poirot.

En France, c'est le poète Charles Baudelaire qui nous le fera découvrir en traduisant ses nouvelles. Il est facile de deviner les raisons qui ont poussées l'auteur des Fleurs du mal à s'intéresser au poète américain. Même esprit tourmenté, même tendance à absorber des substances illicites pour stimuler leur créativité. Mais Baudelaire, à ma connaissance, ne se tapait pas sa cousine de 13 ans. D'autres auteurs célèbres lui emboîteront le pas et feront partager leur passion pour Poe : les frères Goncourt, Théophile Gautier, Dostoïevski et toute une génération de poètes : Mallarmé, Rimbaud, Verlaine.

Ces deux nouvelles, Double Assassinat dans la rue Morgue et La Lettre volée sont assez courtes et faciles à lire (si l'on excepte le traité d'Analyse qui introduit Double Assassinat...). Dupin adopte la même méthode qu'Hercule Poirot pour résoudre le problème. Plutôt que d'aller sur le terrain et se comporter en "chien de chasse", il préférera s'asseoir dans son fauteuil et réfléchir. Anecdote de Baudelaire, bien que ces deux enquêtes se déroulent à Paris, Poe ne s'y est jamais rendu de sa vie.

Double Assassinat dans la rue Morgue et La Lettre volée constituent sont deux nouvelles idéales pour se plonger dans l’œuvre d'Edgar Allan Poe avant d'enchaîner sur les Histoires Extraordinaires par exemple.

Incertitudes - - 34 ans - 11 mai 2014


En avance sur son temps. 6 étoiles

Ma première fois dans l'univers de Edgar Allan Poe. Une nouvelle policière qui commence étrangement sur un traité sur l'analyse, prenant comme exemple, un joueur d'échecs.

Puis la rencontre entre le narrateur, un étranger anonyme et un gentleman français, Charles Auguste Dupin. Le narrateur est fasciné par ce personnage, son intelligence, allant jusqu'à le considérer comme une personnalité exceptionnelle.

J'ai été agréablement surpris et n'ai pu que constater la ressemblance entre ce Français, Dupin et Sherlock Holmes, et cette incroyable facilité de déduction, allant jusqu’à deviner les pensées de son interlocuteur. Puis en feuilletant les journaux du soir, ils découvrirent ce drame, « Double assassinat dans la rue Morgue », une vieille dame et sa fille sauvagement assassinées. Après avoir consulté les deux articles relatifs à ces meurtres, puis une courte inspection sur le lieu du drame, le récit se poursuit sur un long monologue de Dupin, où il conclut l'affaire d'une facilité déconcertante.

J'avoue que le dénouement m'a un peu déçu, même semblé inconcevable. Mais pour l'époque, Poe était en avance sur son temps et l'on regrette même qu'il n'ait pas écrit plus de nouvelles policières.

Fabian - - 37 ans - 19 janvier 2013


Déçue! 2 étoiles

J'admire beaucoup Edgar Allan Poe mais il ne signe pas là ses meilleures nouvelles qui, selon moi, sont bien trop compliquées pour des jeunes lecteurs de 11 ans (comme il est précisé sur la quatrième de couverture pour la collection folio junior). La syntaxe est extrêmement lourde et on se perd dans une multitude de détails, qui ont très certainement leur rôle dans le déroulement de l'histoire, mais qui déstabilisent le lecteur. De plus, le dénouement des deux nouvelles ne m'a nullement surprise notamment dans "Double assassinat dans la rue Morgue" car, en feuilletant le livre, j'ai remarqué une illustration très explicite qui m'a immédiatement mise sur la piste du véritable coupable... Bref, je ne conseillerai pas ce livre aux plus jeunes mais il plaira sûrement à d'autres.

Luluganmo - - 36 ans - 12 juin 2011


Haletant 9 étoiles

Très belle oeuvre du maitre du roman noir qui nous entraine ici dans une enquête exaltante où les moindres détails ont leur importance. Poe sait nous captiver et nous mener avec lui vers la recherche du "truc" qui cloche tout en usant d'une écriture à la fois claire et percutante. Un petit bouquin par sa taille, un grand par son contenu.

Oxymore - Nantes - 47 ans - 14 mai 2005


Dommage 8 étoiles

Dommage, je trouve, d'aller un tout petit peu trop loin dans la description de "Double meurtre...", et de dévoiler ainsi pratiquement l'énigme ! C'est vraiment à la limite...
A part cette remarque sur la critique elle-même, je conseille très vivement les "Histoires Extraordinaires" ainsi que les "Nouvelles Histoires Extraordinaires". Notamment "Le Scarabée d'Or", "L'Homme des Foules", on ne s'en lasse pas.

Monique - - 47 ans - 13 juillet 2004


L'invention du détective 7 étoiles

Dans ces deux Histoires extraordinaires, E.A. Poe invente un modèle de détective (dont s’inspirera entre autres Conan Doyle), C. Auguste Dupin. C’est un esprit méthodique allié à un poète qui pratique l’art de la déduction et l’identification psychologique pour élucider des affaires criminelles. Les déductions logiques de Dupin sont rapportées par le narrateur (sorte de Dr Watson avant l’heure), ami et admirateur de l’enquêteur libre.

attention spoiler
Dans Double assassinat..., une mère et sa fille sont retrouvées mortes dans une habitation fermée de l’intérieur. Les témoignages sonores du double meurtre sont contradictoires quand ils portent sur la nationalité d’un des assassins présumés ; Dupin en conclura qu’il ne peut s’agir d’un être humain...
Dans La lettre volée, une lettre - dont on ne connaîtra pas le contenu – est subtilisée à une femme de haut rang par un ministre et demeure introuvable sur le lieu de son domicile. Mais notre détective, partant de la considération que "la vérité n’est pas toujours dans un puits et que nous la cherchons dans la vallée alors que c’est au sommet des montagnes que nous la découvrirons", déduit que la lettre est placée dans un endroit banal où il ne viendrait pas à l’idée d’un esprit ordinaire de chercher.


La présente édition fournit un appareil pédagogique et des outils de lecture précis et éclairant bien des aspects de l’œuvre et de son contexte ainsi que des éléments biographiques. Ainsi apprend-on que Poe était le nom de son père biologique, tôt disparu, et que Allan est non pas un prénom, mais un nom : celui de son père adoptif.
Une duplicité qui ne cessera de hanter l’auteur américain et qu’on retrouve présente dans le chef de Dupin quand il cherche à démêler l’intrigue, ou encore dans le duo formé par Dupin et le narrateur, dans le double meurtre bien sûr, commis par deux assassins, l’un passif, l’autre actif... Il faut aussi remarquer que les doubles en présence sont très distincts, voire opposés en dehors de ce qui les apparente ; cette disparité au cœur de la ressemblance semble pour Poe une condition indispensable à la cohésion d’une entité.

A un moment, Dupin et le narrateur discutent des facultés du ministre inquiété pour le vol de la lettre, qui aurait un frère poète. Le narrateur finit pas affirmer qu’il est lui-même le mathématicien, et non pas le poète.
Ce à quoi Dupin réplique :
- Vous vous trompez ; je le connais fort bien ; il est poète et mathématicien. Comme poète et mathématicien, il a dû raisonner juste ; comme simple mathématicien, il n’aurait pas raisonné du tout ; et se serait ainsi mis à la merci du préfet.

Nous laisserons l’entière responsabilité de ces déclarations à Dupin, probablement le reflet de celles de Poe lui-même qui, pour sûr, possédait les qualités complémentaires (selon Poe) du scientifique et du poète.

On notera aussi ces propos de Poe sur la forme brève : « ...les hommes ont besoin de choses brèves, courtes, bien digérées, au lieu de choses volumineuses, en un mot de journalisme au lieu de dissertation. Je ne suis pas sûr que les hommes d’aujourd’hui aient des pensées plus profondes qu’il y a cinquante ans ; mais incontestablement ils pensent plus vite, avec plus d’adresse, plus de précision, plus de méthode., et moins d’excroissance qu’autrefois.»

Kinbote - Jumet - 60 ans - 13 juillet 2004


Poe 9 étoiles

Double assassinat rue morgue est une nouvelle assez géniale, il faut l'avouer. Il est vrai aussi que Poe, avec cette nouvelle et bien d'autres est précurseur du roman policier, mais je pense qu'il ne faut pas se limiter à cette vision de l'artiste, celle que l'on trouve dans les petits dictionnaires. Poe est avant tout un poète et un créateur au pur sens du terme. Il possédait une conception exigeante de son art et un jugement sûr qu'il employait dans ses critiques. Il recherchait toujours un effet dans ses nouvelles et il me semble qu'il est un roi en la matière, la preuve : double assassinat rue morgue, ou plutôt the murders in the rue morgue (c'est Baudelaire qui a choisi de développer le titre). Poe est toujours étonnant. Les avis sont partagés sur sa poésie qui rejette la spontanéité mais je conseille à tous (si ce n'est pas déjà fait) d'y jeter un oeil. Il y en a qui sont écrits d'une manière plutôt simple et donc faciles à lire en anglais (le célèbre Corbeau, Annabel Lee, To one in Paradize, Lenore... sont des pièces admirables). Un dernier mot à propos d'Edgar Allan Poe: "Never trust the artist. Trust the tale"(D.H. Lawrence)

Nevermore - Rennes - 37 ans - 11 mai 2002


Ah! Edgar Allan Poe! 8 étoiles

Bon, c'est vrai que pour ceux qui recherchent de l'intrigue policière pure avec de l'action il est préférable de se plonger dans la lecture des Sherlock Holmes, mais pour le reste, Poe reste quand même un monument incontournable! Cette nouvelle est me semble-t-il la première du recueil intitulé "Histoires extraordinaires" et ce livre mérite vraiment d'être lu! Du policier, Poe dérive vite vers le fantastique et il a inspiré de nombreux auteurs comme Lovecraft pour ne citer que lui. Personnellement je conseille de le lire dans la traduction de Charles Baudelaire. Bonne année...

Virgile - Spy - 39 ans - 1 janvier 2002