Un son de cloche un peu différent des deux premières critiques.
Ce livre ne parle pas que de misère, je dirai qu'il parle surtout des petits riens de la vie, de vies finalement ordinaires, sauf celle qui est le fil conducteur, à savoir la vie du funambule.
Le livre est assaisonné de rayons de lumière, de questionnement sur le sens de la vie, sur la conséquence des choix pris ou du lieu de naissance, sur la rupture possible, mais ô combien héroique et difficile des liens sociaux traditionnels.
Le dernier chapitre est juste sublime de simplicité et de violence car il montre que finalement 35 ans après les faits racontés, les mêmes conflits et les mêmes enjeux de sociétés sont toujours là (racisme, amour, désir, liens familiaux, ascencion sociale, don de soi, etc...).
Un grand moment que je conseille à tous les passionnés de romans quasi historiques (quelle descriptions des enjeux américains dans les années 1970 et l'apothéose sur les enjeux de 2008...).
Difficile de redescendre d'en haut de ces tours du World Trade.
Panda (VLG, Inscrit le 24 décembre 2009, 30 ans) - 7 janvier 2010 |
A l'émission de France Inter, Le masque et la plume, ils les avaient étrillés à peu près tous. Comme d'hab'. Mais les éloges unanimes sur ce livre indiquaient une pièce rare. Alors, il y a un mois, je l'ai pris à la bibli. Et je viens de le refermer. Décidée à l'acheter en 10 exemplaires.
Un mois ? Ben oui, faut bien ça. Déjà que je lis à la vitesse d'un escargot, mais quand ça atteint des sommets, comme ici, il me faut prendre le temps, ne pas mettre le turbo. Peur de louper, de passer à côté.
Oui, des sommets. Celui de l'exploit de ce Français, en 1974, qui a marché, dansé, couru, sur un fil d'acier tendu entre les Twin Towers. A l'époque, ça m'est carrément passé au dessus de la tête, si j'ose dire.
Des sommets d'émotion à la lecture de chacune des nouvelles qui tissent ce bouquin, histoires reliées par un fil, ce fil-là. Des personnages qui traversent l'une puis emplissent l'autre, toutes écrites à la première personne. Un style adapté à chacun des narrateurs, et avec quel talent. Des hommes et des femmes dans leur quotidien lourd, banal, mais dont ils s'efforcent, sinon de s'extraire, du moins d'être dignes. Et ils y parviennent, car ils se bougent pour ça, et parfois, la lumière est au bout du chemin.
Celle des projecteurs pour le jeune funambuliste, heureux comme le gamin (pas si) inconscient qu'il est. Celle qui finit par s'allumer dans la vie de Corrie, Claire, Tillie, Gloria, Jazzlyn. A chaque fois des dialogues plus vrais que vrais, et qui culminent, oh pardon, avec la nouvelle du canular téléphonique, un grand moment, dans un autre registre, léger, quasi boulevardier.
Car on n'est pas que plongé dans le New-York des années 70. On apprend aussi comment tendre un câble de plusieurs centaines de kilos au nez et à la barbe des gardiens de ces forteresses. On n'ignore plus comment s'extraire d'une prison de neige fraîche qui vous enserre jusqu'à la taille. Et puis, il y a un grand saut jusqu'à la dernière histoire. La seule évocation du 11/09 sera ce dialogue musclé entre en Italien un peu trop détendu et des contrôleurs de bagages à l'aéroport dépourvus, plus que jamais, du sens de l'humour.
Jules a raison, l'écriture est précise, implacable de simplicité. Sujet, verbe, complément. Et les poils qui se hérissent sans arrêt. Pan. Touché.
Je n'avais rien lu de cet auteur-là. J'ai été saisie, comme à chaque révélation, et Dieu sait que ça n'arrive pas tous les jours. Je l'ai wikipédié, il est irlandais, vit à NY depuis 15 ans et vient de recevoir le National Book Award, prix prestigieux rarement accordé à un non américain.
Aussi, hier soir, quand j'ai sorti la revue Lire de son papier d'emballage, laquelle titrait "les trente meilleurs livres de l'année", comme chaque fois en décembre, j'ai dit à mon mari, que je bassine tous les jours depuis un mois avec ce bouquin : s'ils n'en parlent pas, je me désabonne. Bingo ! Il est le premier cité, avec sa photo en prime, autre privilège.
Et en deuxième position, le dernier Carrère, dont j'avais bassiné toute ma famille le mois encore d'avant. Toute la difficulté, quand on lit très lentement, est d'être sélectif. Merci Critiques libres, merci France Inter.
Lutzie (Paris, Inscrite le 20 octobre 2008, 53 ans) - 6 décembre 2009 |