C'est pour demain et autres pièces inédites
de Václav Havel

critiqué par Sahkti, le 17 août 2009
(Genève - 44 ans)


La note:  étoiles
La verve de Havel
Dans ces différents textes mettant en scène des acteurs de la vie de tous les jours, Václav Havel passe au crible les rapports humains et leur déshumanisation. Victimes de la modernité, ses personnages finissent par devenir anonymes, s'ignorer, s'enfermer dans une société devenue froide et mécanique.
A cela, il convient d'ajouter une critique cinglante de certains systèmes politiques, ceux qui emprisonnent justement l'Homme dans un univers cynique et métallique.
Les deux aspects du discours se mêlent, alternent au gré des pièces pour nous dépeindre une société qui va mal en apparence mais regorge pourtant de trésors humains qui ne demandent qu'à éclore à nouveau.
On pourrait voir ici la parabole d'un monde politique fait d'enfermement qui n'attend que le printemps, mais réduire la pensée de Havel à ce seul militantisme serait dommageable à son oeuvre. Car l'homme est aussi et avant tout un formidable portraituriste de ses pairs. Chacun des pièces présentées dans ce recueil le prouve, si besoin en est. Evidemment, impossible de faire fi du rideau de fer qui s'est abattu sur la Tchécoslovaquie, il est également présent dans ces lignes, toutes écrites entre 1960 et 1989. Une des raisons certainement pour lesquelles l'humour est omniprésent dans ce recueil, grinçant, caustique à souhait, absurde aussi; une manière de rire malgré le joug politique.

Il convient de remercier comme il se doit les éditions L'Espace d'un instant pour la mise à disposition de ces textes, moins connus, à l'attention du public francophone, en particulier avec le texte "C'est pour demain", jamais édité en français et se déroulant le 27 octobre 1918, la veille de la création de l’Etat tchécoslovaque.

Ce recueil donne un bon aperçu du talent théâtral de Václav Havel et de la qualité de sa plume. Un auteur qui expérimente l'absurde pour aborder l'humain et dénoncer l'immobilisme. A découvrir !

Un entretien avec Katia Hala, traductrice:
http://new.radio.cz/fr/print/article/116025