La jument verte de Marcel Aymé

La jument verte de Marcel Aymé

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Lolita, le 18 décembre 2001 (Bormes les mimosas, Inscrite le 11 décembre 2001, 31 ans)
La note : 4 étoiles
Moyenne des notes : 8 étoiles (basée sur 8 avis)
Cote pondérée : 7 étoiles (2 481ème position).
Visites : 5 759  (depuis Novembre 2007)

Paysans, famille et ... sexe...

Lorsque parut le livre "La jument verte", on critiqua beaucoup l'écriture de Marcel Aymé et il obtint une réputation d'écrivain salace.
Chronique amoureuse et familiale, qui s'étend à la fin du second empire à la période du boulangisme, est entrecoupée des réflexions de la fameuse jument verte (élément fantastique qui met le réel en relief). La campagne et les moeurs rurales sont évoquées avec une gaillarde bonne humeur, simplicité et naturel. L'auteur mêle réalisme et poésie, et joint à une connaissance réelle du monde paysan, de ses querelles, de ses clans, de ses haines et de son existence rythmée par les saisons, des dons d'observateur lucide et une psychologie compréhensive des hommes mais sans illusions.
Les narrateurs se succèdent : la jument puis un narrateur externe. Les changements de focalisation sont prévenues par un "les propos de la jument", personnage intérieur à l'histoire qui nous apporte des faits qu'elle seule a pu voir! C'est dans ces passages que l'on trouve un bon nombre de passages érotiques sur la manière dont la famille Haudoin faisait l'amour.
"Pendant 70 ans, j'ai vu les Haudoin à l'oeuvre d'amour..." "Comme il prenait ses mâles dispositions, elle releva docilement sez jupe et lui offrit ce qu'il fallait de peau nue." Heureusement, le livre ne comporte pas tout le temps ce genre de réflexions qui ne sont nullement indispensables à la compréhension du livre. L'auteur aurait pu s'en passer. C'est dommage car cela enlève un peu le charme de cette famille et de leurs soucis.
A conseiller pour les plus de 15 ans.

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Plus de quinze ans?

9 étoiles

Critique de Zola adrien (Castres-Gironde, Inscrit le 29 juin 2011, 20 ans) - 20 septembre 2011

Lu avec beaucoup de plaisir durant les vacances, j'ai adoré et je compte lire d'autres livres de Marcel Aymé dans peu de temps. Cependant les "propos de la jument verte" me déplurent : ils coupent le récit pendant plusieurs pages et introduisent une note fantastique (un tableau qui parle) dans un livre qui aurait pu s'en passer.
Pour les plus de quinze ans? que nenni! La lecture de ce roman n'a pas profondément bouleversé mon moi intérieur (superficiellement non plus d'ailleurs), et je l'ai lu avant mes quinze années.
La relation entre Honoré et Ferdinand dépeint assez bien les relations qui existent et existeront toujours entre deux frères (je parle en connaissance de cause): des piques sont jetées sans cesse, des disputes éclatent, des désaccords naissent, mais quand un étranger (le Maloret) attaque l'un des deux, ils se soutiennent mutuellement.
Il est aussi risible de voir la façon qu'on les gens qui se disputent de ne faire semblant de rien dès qu'un ami, ou non-membre de la famille (Déodat ici) les surprend...

Quel magicien cet Aymé !

10 étoiles

Critique de JEANLEBLEU (Orange, Inscrit le 6 mars 2005, 49 ans) - 9 février 2008

D'une histoire qui pourrait être lourde, sordide et sans grand intérêt sous la plume d'un autre, Marcel Aymé réussit à faire un chef d'oeuvre aérien...
Quel style ! Quelle langue !
On a l'impression de lire un rêve avec ses moments cohérents et ses moments fantastiques voire complètement déjantés !
Et l'humour ! Et le sexe ! Du Rabelais moderne !
Et par dessus tout ça l'humanité de Marcel Aymé qui aime ses personnages, tous ses personnages (même s'il se moque allègrement de la plupart).

Enfin, ce que j'apprécie par-dessus tout chez Marcel Aymé (et notamment dans ce roman) c'est qu'il voit les choses (mêmes les plus banales) d'une façon différente et qu'il nous fait partager son regard. Et par là, il nous élargit nos horizons...

Oui, un franc-tireur

9 étoiles

Critique de Eric B. (Bruxelles, Inscrit(e) le 15 février 2001, 50 ans) - 21 décembre 2001

Merci pour les éclaircissements sur l'anarchisme de droite : j'ignorais totalement l'origine de cette expression et serais d'ailleurs intéressé par une référence bibliographique à ce propos("Ni droite, ni gauche" ??).
J'ai lu tous les romans de Marcel Aymé et c'est vrai que Le chemin des écoliers est également très intéressant pour la même période. Bien qu'il soit fort différent quant au style (heureusement diront certains !), Marcel Aymé est à mon sens, avec Simenon, le Balzac des années trente-quarante, dans ce sens qu'il brosse un tableau très complet du contexte politique et social français de l'époque. Dans les romans "provincieux", j'ai oublié de citer La Vouivre, qui est aussi, c'est le cas de le dire, fabuleux. Plus encore que La jument verte, il combine la dimension fantastique et la dimension politique l'oeuvre de Marcel Aymé.
Dernière petite question : où trouve-t-on ses interviews ? Dans les annexes de la Pléiade ? Merci d'avance pour la réponse et meilleurs voeux à tous. (Et maintenant, silence radio pendant trois semaines pour cause de vacances !)

Oui, un très grand Monsieur.

10 étoiles

Critique de Leura (--, Inscrit le 29 janvier 2001, 66 ans) - 19 décembre 2001

Si le mot n'était pas si galvaudé, je dirais qu'il était un libre-penseur, au sens le plus noble du terme. Il détestait l'hypocrisie, les ligues de vertu, et les gens bien pensants. Il avait compris, et ce thème sous-tend toute son oeuvre, que les "bons" sont ceux qui ont eu de la chance, sans plus, et que la répression aveugle qui suit les conflits frappe aveuglément pour complaire à la populace. Dans le passe-muraille, critiqué aussi sur ce site, une nouvelle est exemplative. Lors d'une guerre, devant l'afflux des morts, Dieu décide que seuls les soldats pourront entrer au paradis. Une bigote réussit à entrer en disant qu'elle est la pute du régiment. C'est caustique, pertinent, et plein d'humour.

Un très grand monsieur

7 étoiles

Critique de Syllah-o (Liège, Inscrit le 5 décembre 2001, 55 ans) - 19 décembre 2001

J'ai une très grande admiration pour Marcel Aymé, l'homme et l'écrivain. Cet homme pétri de bon sens n'était pas sans courage. L'injustice et l'arbitraire le révoltaient plus que tout. Et c'est bien d'arbitraire qu'il s'agit dans l'affaire Bardèche. Bardèche avait été poursuivi pour avoir osé critiquer le comportement des magistrats français lors du procès de Nuremberg, et laissé en liberté provisoire. Un mois plus tard, l'instruction terminée, Bardèche fut arrêté sans qu'un seul fait nouveau eût été apporté, et condamné à un an de prison. Nous sommes en 1949 et les purges vont bon train pour nettoyer la littérature de ses éléments perturbateurs, purges orchestrées par la littérature elle-même grâce au CNE (Comité National des écrivains) avec à sa tête Mauriac. C'est cela qui heurtait (et le mot est faible) Marcel Aymé. Je pense que si Mauriac, plus tard, avait eu des ennuis en raison de ses opinions, Marcel Aymé eût pris sa défense comme il a pris la défense de Brasillach, Bardèche, Céline et tant d'autres à une époque où il était audacieux de le faire, admirable engagement de la part d'un père tranquille, comme tu dis. Comme tant d'autres, il aurait pu se défiler (ainsi Picasso, un lâche qui n'eût pas défendu ses propres enfants pour ne pas compromettre sa carrière, sa réputation). Marcel Aymé avait en horreur les calotins et leur morale de sacristie. Il ne défendait pas la corporation des écrivains, mais la liberté d'expression.
Méfions-nous des classifications hâtives. Marcel Aymé comme Bernanos était un radical-socialiste tendance franc-tireur. On a rangé parmi les anarchistes de droite un tas d'électrons libres, pour la commodité du classement. "Anarchisme" et "droite" sont d'ailleurs incompatibles, l'anarchiste étant pour le bordel, l'homme de droite prônant l'ordre. Cette classification commode est l'oeuvre de François Richard, figure de proue, avec Michel-Georges Micberth, d'un mouvement aristocratique d'obédience nietzschéenne, dirais-je : ni gauche, ni droite, par-delà tout manichéisme. Et c'est ainsi qu'on retrouve entassés dans la rubrique "anarchistes de droite" des trublions inclassables comme Céline, Aymé, Bernanos, Léautaud, Gobineau, Bloy et Barbey d'Aurevilly, entre autres. Beaucoup parmi ceux-là étaient de droite effectivement, en ceci qu'ils préféraient aux mollesses de la démocratie parlementaire la vigueur morale de l'ancien régime. Ni Marcel Aymé, ni Bernanos ne se situaient dans cette mouvance, bien au contraire, proches qu'ils étaient des gens simples, démocrates de cœur mais sans illusions. Dans plusieurs textes et interviews, Marcel Aymé réitère qu'il est de gauche, mais pas sectaire au point de classer ses amis selon des critères politiques, d'où son amitié sincère pour Céline, amitié qui n'empêchait nullement Marcel Aymé de porter un jugement très sévère sur les opinions céliniennes. Car Marcel Aymé, philosophe de chair et non de papier, ne confondait pas l'homme avec ses opinions. Un très grand monsieur.
Je pense comme lui qu'un écrivain peut tout dire, à condition toutefois qu'il assume. Il ne s'agit pas d'assurer l'impunité aux écrivains, ni à personne d'ailleurs. Brasillach a payé de sa vie pour avoir élu le mauvais cheval. Amen. Et Drieu La Rochelle (suicide). Amen encore. Je ne sache pas toutefois que M. Aragon Louis, bourgeois français et poète, ait été le moins du monde inquiété pour avoir fait l'apologie du stalinisme pendant les purges stalinienne de sinistre renommée ("Hourra l'Oural" publié en 1934). Aragon cependant savait ce qu'il se passait là-bas : sa belle-sœur Lili Brik était alors la compagne de Maïakovski, chantre à Moscou du régime communisme. Deux poids, deux mesures ?
Je note "Le moulin de la sourdine" que je n'ai jamais lu. Je te recommande, moi, "Le chemin des écoliers", dans le droit fil d'"Uranus". Et son remarquable essai : "Le confort intellectuel", d'une implacable lucidité. Et... et... On n'en finirait pas !

Un grand monsieur

9 étoiles

Critique de Eric B. (Bruxelles, Inscrit(e) le 15 février 2001, 50 ans) - 19 décembre 2001

Très heureux qu'on parle un peu de Marcel Aymé ici. Je souscris à tout ce qui a été dit, sauf l'un ou l'autre détails. C'est vrai que la sexualité franche, truculente et parfois, disons … expérimentale des garnements décrits dans le livre peut surprendre si l'on ne s'y attend pas. Mais tout cela est raconté de manière tellement naturelle que cela n'en a plus rien de "choquant". On est là complètement aux antipodes des admirables "récits du refoulement" que sont les premiers romans de Green, Moïra en tête pour ne citer que le plus célèbre. Sur le plan politique,
je ne crois pas qu'on puisse dire que Marcel Aymé était de gauche. On le qualifie souvent d'anarchiste de droite, ce qui est sans doute plus correct, bien que le terme "anarchiste" ne colle pas au côté timide et "père-tranquille" du personnage. Concernant Céline, dont l'oeuvre est grandiose mais dont certains délires sentent très mauvais (je crois que nous sommes tous d'accord là-dessus), le fait que d'autres écrivains, dont Marcel Aymé, l'aient défendu, me paraît admirable s'il s'agit d'amitié (et ce fut en l'occurrence le cas), mais plus suspect s'il s'agit d'un "réflexe corporatif". Oui, l'écrivain est responsable de ses idées et peut en être comptable devant la justice de son pays; non, il n'est pas permis d'écrire n'importe quoi sous prétexte d'art. Le fait est d'autant plus impardonnable de la part de gens qui se consacrent à plein temps aux idées, à leur expression, et qui doivent donc en connaître l'impact, l'éventuelle force de nuisance. Mais de là à verser dans l'excès des lynchages publics et des règlements de compte, non bien sûr ! Le livre le plus courageux de Marcel Aymé me paraît à cet égard être son roman "Uranus", sorte de "livre noir de l'épuration" publié dès 1947, à une époque où le communisme tenait le haut du pavé dans les milieux littéraires parisiens. Quarante ans plus tard, Claude Berri en tira un film qui suscita lui aussi une forte réprobation dans les milieux "bien pensants". "Le vin de Paris", qui servit de base au scénario de la "Traversée de Paris", est également un pur chef d'oeuvre. Dans les romans provinciaux de Marcel Aymé (Jura), je recommande en premier "Le moulin de la Sourdine", le roman de lui que je préfère, avec "Uranus".

... et surtout politique !

7 étoiles

Critique de Syllah-o (Liège, Inscrit le 5 décembre 2001, 55 ans) - 18 décembre 2001

À une époque où des gamins et des gamines de 13 ans lisent "Baise-moi" avec la bénédiction parentale, il est assez risible de déconseiller aux moins de 15 ans la lecture des romans simplement un peu lestes parfois de Marcel Aymé. Nous n'avons tout de même pas affaire à un pornographe. Les révélations faites par la fameuse jument sur les mœurs érotiques de la famille Haudouin ne sont pas gratuites, loin s'en faut. Elles permettent à l'auteur de mettre en parallèle, sur un plan intime et familial, les oppositions politiques qui déchiraient alors la France à l'aube de la IIIe République. Voyons voir.
La IIIe République est proclamée suite à la défaite militaire française de 1870 et la révolte populaire du printemps 1871 (la Commune). La jeune république est alors très fragile. D'un côté les Républicains (la gauche démocrate), de l'autre les Réactionnaires (la droite monarchiste et catholique). La société française se partage entre radicaux (les futurs socialistes, partisans de la République) et cléricaux (partisans d'un retour à la monarchie). Ce clivage existe jusque dans les familles, et c'est de cela que parle Marcel Aymé, de rien d'autre, dans ce livre drôle, chaleureux et percutant.
Jules Haudouin, cultivateur et maquignon, a vu naître avec stupéfaction dans son élevage une jument verte. Son rôle dans l'histoire est de raconter ce qu'elle a vu, de ses yeux vu. Elle a tout vu, tout entendu, connaît le dessous des cartes et sait les masques que chacun porte. Elle intervient dans l'histoire exactement à la manière du chœur antique dans la tragédie grecque. Jules Haudouin a deux fils. Honoré reprendra l'exploitation familiale, et Ferdinand deviendra vétérinaire. Ce dernier est un clérical (un calotin, dirions-nous aujourd'hui), un bien-pensant, hypocrite et raide, toujours fourré dans la soutane du curé, toujours à condamner les mœurs "relâchées" d'autrui, de son frère et de sa famille en premier. Honoré, lui, est un homme simple, charnel, amoureux de la terre, des formes plantureuses de sa femme à qui il fait l'amour le plus naturellement du monde, sans mêler à cela le curé, Dieu et les interdits de la religion. Nous apprendrons cependant vite que le vicieux n'est pas celui qu'on croit : Ferdinand, lorsqu'il était enfant, n'avait de cesse de toujours se placer de manière à guigner sous les jupes de sa mère... Il n'y a donc pas chez Marcel Aymé la moindre exaltation du vice, mais bien plutôt une invite à suivre les penchants de la nature, sans excès, mais franchement, amoureusement, et à rejeter comme nuisibles les carcans moraux imposés par l'Eglise, l'Etat, la Famille, etc.
"La jument verte" est un roman de mœurs en même temps qu'une satire politique et familiale. Outre la pertinence du propos, l'humour et la fluidité du style (l'un des plus fluide de toute la littérature française avec Paul Morand), Marcel Aymé nous offre de savoureux portraits. Je pense notamment au facteur Déodat, un simplet sympathique dont on jurerait que s'est inspiré Jacques Tati pour le facteur François de "Jour de fête".
À lire donc, et sans restriction d'âge.

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