Je me souviens de « Je me souviens » , notes pour « Je me souviens » de Georges Perec à l'usage des générations oublieuses de Roland Brasseur

Je me souviens de « Je me souviens » , notes pour « Je me souviens » de Georges Perec à l'usage des générations oublieuses de Roland Brasseur

Catégorie(s) : Littérature => Biographies, chroniques et correspondances

Critiqué par Lucien, le 11 décembre 2001 (Inscrit le 13 mars 2001, 63 ans)
La note : 9 étoiles
Moyenne des notes : 9 étoiles (basée sur 2 avis)
Cote pondérée : 6 étoiles (11 330ème position).
Visites : 2 861  (depuis Novembre 2007)

Souvenir, souvenir...

Vous connaissez peut-être l'excellent petit livre de Georges Perec, Je me souviens, qu’il définissait ainsi lors de leur parution, en 1978 :
« Ces “je me souviensã ne sont pas exactement des souvenirs, et surtout pas des souvenirs personnels, mais des petits morceaux de quotidien, des choses que, telle ou telle année, tous les gens d’un même âge ont vues, ont vécues, ont partagées, et qui ensuite ont disparu, ont été oubliées ; elles ne valaient pas la peine d'être mémorisées, elles ne méritaient pas de faire partie de l'Histoire, ni de figurer dans les Mémoires des hommes d’Etat, des alpinistes et des monstres sacrés. Il arrive pourtant qu'elles reviennent, quelques années plus tard, intactes et minuscules, par hasard ou parce qu'on les a cherchées, un soir entre amis ; c’était une chose que l’on avait apprise à l'école, un champion, un chanteur ou une starlette qui perçait, un air qui était sur toutes les lèvres, un hold-up ou une catastrophe qui faisait la une des quotidiens, un best-seller, un scandale, un slogan, une habitude, une expression, un vêtement ou une manière de le porter, un geste, ou quelque chose d’encore plus mince, d'inessentiel, de tout à fait banal, miraculeusement arraché à son insignifiance, retrouvé pour un instant, suscitant pendant quelques secondes une impalpable petite nostalgie. » Résultat ? 480 « je me souviens », 480 moments ramenés à la surface de nos mémoires.
Des exemples ?
« Je me souviens des petites pilules « carter » pour le foie ». « Je me souviens de Dario Moreno » « Je me souviens du docteur Bombard. » « Je me souviens du géant Atlas (et du nain Pierhal ?) » « Je me souviens de Lumumba. » On s'en rend compte, ces moments remontent pour la plupart aux années 50 à 70, à une époque où de nombreux lecteurs du livre (réédité chez Hachette) n'étaient pas nés. Qu'à cela ne tienne, c'est ici qu’intervient un amoureux de Perec, Roland Brasseur, qui a publié en 1998 Je me souviens de « Je me souviens », un bouquin extraordinaire dont le sous-titre est éloquent : « notes pour « Je me souviens » de Georges Perec à l’usage des générations oublieuses ».
La lecture des deux ouvrages est ainsi complémentaire : dans Je me souviens, Perec livre 480 phrases, 480 « souvenirs » bruts, sans commentaires, parfois hermétiques, qui éveillent quelque chose en nous ou qui n'éveillent rien (« Je me souviens des ÒLithinés du Docteur Gustin„ » ?), et dans son propre ouvrage, Brasseur, sans citer le texte de Perec, mais en utilisant la même numérotation, fournit une quantité de notes, d’explications, de références historiques qui facilitent la compréhension du livre de Perec et le travail de la mémoire. Comme l'indique le critique du Figaro : « truffé d’anecdotes et de clins d’Ïil, ce livre propose une sorte de jeu de société. Les nostalgiques comme les néophytes tireront leur miel de cet ouvrage ludique. » Quelques exemples valent mieux qu'un long discours : 270 « Je me souviens de l’affaire Markowitch. » Et vous ? Oui ? Non ? Ouvrez l'ouvrage de Roland Brasseur, il vous rafraîchit la mémoire :
« Stefan Markovicz (orthographe fluctuante), né en 1937 à Belgrade, garde du corps et chauffeur yougoslave d'Alain Delon depuis 1966, qui le loge dans son hôtel particulier de l’avenue de Messine. Le 1er octobre 1968, son corps est retrouvé dans une décharge publique. Le principal suspect est le gangster François Marcantoni qui, arrêté le 17 janvier 1969, bénéficiera d’un non-lieu le 21 janvier 1976. Une campagne de presse et des rumeurs accusent Madame Pompidou d'être mêlée à ce meurtre. Son époux Georges Pompidou (1911-1974) était premier ministre d’avril 1962 à juillet 1968. Il sera président de la République de juin 1969 à sa mort. » Vous le voyez, un luxe de détails…
Autre exemple ? 390 « Je me souviens du géant Atlas (et du nain Pierhal ?) » Vous avez peut-être pris un verre, au pied de la basilique de Bonsecours, dans le café que tenait « Fernand Bachelard, dit Òle géant Atlas„ et aussi“le petit Fernandã. Il mesure 2,32 m. C'est lui qui pose la couronne sur la tête de la Reine d’un jour (voir « Je me souviens 340 »). » Autant de détails sur le nain Piéral (et non Pierhal) qui mesurait pour sa part. 1 m 23. Au cours de ce voyage dans le temps, vous découvrirez aussi, pêle-mêle, les Carambar, le yo-yo et le hoola-hoop, les poésies de Minou Drouet, l’enlèvement du petit Peugeot ou encore Marie Besnard, la bonne dame de Loudun. Envie de jouer aux « je me souviens » ? Voici les références des deux ouvrages : Georges Perec, Je me souviens, Hachette Littératures. Roland Brasseur, Je me souviens de « Je me souviens », collection L'iutile (sic), éditions du Castor Astral, 1998. Bon amusement, et souvenez-vous que… « la nostalgie n’est plus ce qu'elle était » !

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Les éditions

  • Je me souviens de "Je me souviens" [Texte imprimé], notes pour "Je me souviens"de Georges Perec à l'usage des générations oublieuses Roland Brasseur
    de Brasseur, Roland
    le Castor astral / L'Iutile (Paris).
    ISBN : 9782859203429 ; EUR 18,00 ; 15/01/1999 ; 297 p. ; Broché
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9 étoiles

Critique de Sahkti (Genève, Inscrite le 17 avril 2004, 45 ans) - 8 février 2007

Lucien a superbement parlé de cet ouvrage.

Voici un hommage ludique qui devrait ravir les amateurs de Georges Perec. Un tas de petits éléments, des mots, des idées, des images qui font jaillir les plaisirs ressentis avec "Je me souviens" de Perec (avez-vous vu entendu Sami Frey quand il le raconte ?)

Roland Brasseur reprend l’idée pour une nouvelle livraison, ce qui me fait réaliser que la source semble inépuisable ! Brasseur va très loin, relevant quelques fautes d'orthographe dans les textes de base (Darrigaud au lieu de Darricau), quelques erreurs de noms (Kubler et Koblet, des coureurs suisses), de lieux géographiques ou de significations. Pas mal de détails, qui peuvent paraître futiles ou ennuyeux aux non-initiés mais qui devraient procurer de longues heures de jeux et de lectures aux amateurs (et j’en connais sur ce site). De quoi s’offrir une bonne relecture de Perec avec cet aide-mémoire à portée de main.

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