On dirait vraiment le paradis
de John Cheever

critiqué par Aria, le 25 mai 2009
(Paris - - ans)


La note:  étoiles
Un humour inclassable
« Cette histoire est destinée à être lue au lit dans une vieille maison par une soirée pluvieuse. Les chiens dorment, les chevaux de selle…s’agitent dans leurs stalles de l’autre côté du chemin en terre battue.
Un roman qui débute ainsi ne peut être que bon. Voici ma première réflexion, même si je n’allais sûrement pas pouvoir le lire dans ces conditions. Mais, calée dans un bon fauteuil, j’ai compris ce que voulait dire l’auteur. L’histoire n’allait pas être banale, les personnages non plus et nous pouvions compter sur l’art de John Cheever pour faire preuve de sa verve habituelle.

Le héros principal est « un vieil homme » (allez deviner son âge !), Lemuel Sears, « suffisamment vieux pour se souvenir de l’époque où les horizons de son pays étaient dominés par des ormes magnifiques et larmoyants en forme de verre à vin, et où la plupart des baignoires dans lesquelles on se glissait avaient des pattes griffues de lion. ». Sears habite New York mais il est très attaché à la nature, à la forêt et au grand étang de Janice, petite ville où habite sa fille. Son bonheur est d’aller y patiner l’hiver, cela lui rappelle certaines scènes de Bruegel. Pourtant, à la fonte des glaces, cette année-là, il découvre que l’étang est utilisé comme décharge publique. Il contacte aussitôt son cabinet d’avocats pour faire une enquête sur cette tragédie.
Nous découvrirons plus tard les aventures de l’homme chargé de travailler pour lui.

Lemuel Sears rencontre à la banque « une femme d’une beauté remarquable » à ses yeux. Voilà un vrai défi pour lui : il doit la conquérir. Renée Herndon a entre 35 et 40 ans, elle est agent immobilier. Elle accepte vite une invitation à dîner et Sears vivra sur une petit nuage le temps de leur liaison, charmé par sa façon de s’habiller, son parfum et surtout par la jeunesse qu’elle fait renaître en lui.
A Janice, près de l’étang, vivent aussi les familles Salazzo et leurs voisins, les Logan.
Les Salazzo ont bien peu d’argent, au point que Sam, le père, tue leur chien parce que sa nourriture est bien trop chère. Grosse émotion chez les Logan qui entendent le coup de feu et sont horrifiés par ce meurtre affreux.

Cheever va nous conter la vie de ces personnages souvent étonnants, mais le récit vaut surtout pour les remarques qui l’émaillent. John Cheever nous fait rire en inventant des situations tragi-comiques ; il nous sert son humour sarcastique habituel.
Ses notations sur l’époque (années 80) sont très drôles :
« Le vocabulaire freudien avait envahi le langage courant, et la serveuse d’un restaurant routier qui renversait votre bière pouvait vous dire en guise d’excuse : « Oh c’est un lapsus. »

John Cheever (1912-1982) est un auteur incomparable, au sens propre du terme.
Ce roman est son dernier écrit publié.
Je vous recommande ce livre merveilleusement bien écrit, à la fois émouvant et drôle.

Titre original : « Oh What a Paradise It Seems »
Traduit par Laetitia Devaux