Maintenant ou jamais
de Primo Levi

critiqué par Blue Boy, le 2 mai 2009
(Saint-Denis - - ans)


La note:  étoiles
Où le parcours du combattant prend tout son sens
Les ouvrages et romans sur la Seconde Guerre mondiale évoquent très souvent les sinistres camps de la mort où tant de Juifs et d'autres minorités ont péri. L'auteur quant à lui a choisi d'aborder cette phase sinistre de l'histoire de l'humanité sous un angle différent en racontant l'histoire de Juifs qui n’avaient d’autre choix que de prendre le maquis pour ne pas subir le sort qu’on leur réservait.

C’est ainsi que l’on suit à travers ce roman se déroulant sur deux années (de 1943 à 1945) la longue marche de Mendel et ses compagnons d’armes russes et polonais, femmes et hommes, à travers l’Europe (depuis la Russie jusqu’en Italie), dans l’espoir aussi acharné qu’hasardeux de rejoindre « leur paradis perdu », Israël, qui a l’époque n’avait pas encore d’existence officielle. Mais cela, le roman ne le raconte pas, se clôturant sur leur arrivée à Milan à la Libération.

Si le roman peut parfois sembler monotone, c’est parce que Primo Levi a délibérément choisi de ne pas faire dans le sensationnel, suivant ses personnages dans leur quotidien sans les embellir, évitant une description appuyée des horreurs de la guerre (« Ce n’est pas pour vous décrire des massacres que cette histoire vous est racontée »), et en n’évoquant que de très loin les camps de la mort. L’auteur a seulement voulu immerger le lecteur en racontant de la manière la plus réaliste possible ce que pouvait représenter une telle aventure, sans faire de ces hommes des héros, mais en les montrant dans toute leur humanité, leur force et leur faiblesse, leur courage et leurs (petites) lâchetés. Et peut-être pour nous montrer que la résistance est toujours à la portée de chacun.

Vous l’aurez compris, nous sommes loin d’un mode de récit hollywoodien truffé de rebondissements toutes les cinq pages. Mais pour peu qu’on s’y accroche, on pourra se sentir une réelle complicité avec Mendel, ses doutes et ses questionnements. Et par le réalisme du récit, on ne pourra que se sentir impliqué dans les aventures de ces « partisans » nomades.

Au final, « Maintenant ou jamais » s’avère être rien de moins qu’un manuel de résistance ET de tolérance face à la différence, où tous les protagonistes, malgré les liens qui se tissent, paraissent souvent étrangers les uns aux autres bien que de même confession. Où l’appartenance à une religion ne signifie rien face au poids de la culture d’un pays (je pense notamment à Piotr, qui, bien que chrétien, semble avoir trouvé une famille parmi ce groupe de combattants juifs, ou à l’opposé cette Française juive rescapée des camps qui ne s’est jamais reconnue dans ses coreligionnaires slaves). Ce livre se lit tel une quête vers un idéal toujours hors d’atteinte et pourtant aussi persistant que le lierre face à la sécheresse, dans un monde où le mal se confond souvent avec le bien, l’anecdotique avec l’historique, où la victoire n’est jamais acquise. Ce n’est pas par hasard si, de manière plutôt désabusée, l’histoire se termine par un événement heureux (une naissance - métaphore d’une renaissance ?) au moment où la bombe atomique balaie Hiroshima. En deux mots, il s’agit là d’une œuvre profondément humaine.
le chant des partisans 10 étoiles

Au cours de la seconde guerre mondiale, lorsque les allemands ont commencé à être boutés hors de Russie par l'Armée Rouge, un groupe de partisans juifs, venus d'horizons divers mais réunis par une langue commune, le yiddish, tente de survivre et de franchir le front. Ayant tout perdu, ces hommes et ces femmes sont réunis par un unique espoir: rejoindre la Palestine. À travers une Europe exsangue ils vont devoir braver tous les dangers, la méfiance des communistes russes, l'hostilité des polonais, puis des allemands vaincus, jusqu'en Italie, d'où ils pourront (peut-être) gagner la Terre Promise. Au cours de cette errance de deux années, qui voit certains partir (au sens propre comme au sens figuré), d'autres les rejoindre, se révèlent les rapports humains, dans toute leur richesse et, parfois, leur violence. À la fois huis-clos et road-movie, "Maintenant ou jamais" constitue un témoignage unique sur les dernières années de la guerre la plus mortelle que l'Europe ait jamais connue, et un message humaniste d'une portée universelle.

Jfp - La Selle en Hermoy (Loiret) - 71 ans - 1 janvier 2013