L'armée des ombres de Joseph Kessel

L'armée des ombres de Joseph Kessel

Catégorie(s) : Littérature => Francophone , Sciences humaines et exactes => Histoire

Critiqué par Killeur.extreme, le 19 avril 2009 (Genève, Inscrit le 17 février 2003, 35 ans)
La note : 10 étoiles
Moyenne des notes : 10 étoiles (basée sur 3 avis)
Cote pondérée : 7 étoiles (1 625ème position).
Visites : 7 493 

Ceux qui ont dit NON!!!

En 1943 à Londres, Joseph Kessel écrit ce roman, si les faits sont réels et que les personnages existent, l'auteur faisant partie de la résistance, il a vécu personnellement les faits (ou les a entendu de personnes qui les ont vécu), mais l'auteur a dû modifier les faits (les lieux, les noms) afin que personne ne soit reconnu par les allemands (la France est toujours occupée), d'où les tiraillements de l'auteur voulant rendre hommage à l'humanité de ces gens qui ont risqué et risquent encore leur vie pour leurs convictions, le désir de ne pas les trahir en "romançant" trop les faits et en même temps de travestir la réalité afin que ces personnes ne soient pas identifiées.

Si Kessel cite certains membres de cette "armée des ombres" dont l'humanité est inattendue, le policier qui obéissait machinalement aux ordres, jusqu'à ce qu'une résistante le traite de "Boche", répondant qu'il n'en est pas un, elle lui lance "C'est encore pire!!!", ça lui ouvre les yeux et le fait rentrer dans le mouvement et le résistant qui se fait teindre le cheveux pour échapper à la Gestapo qui l'avait repéré, le barbier ayant l'air (et étant probablement, le film montre une affiche de propagande du Maréchal) "Pétainiste" et au moment où le barbier va faire de la monnaie et que le résistant se prépare à s'enfuir, pensant que le barbier va le dénoncer, celui-ci revient avec la monnaie et avec un manteau qu'il donne au résistant pour qu'il soit encore moins reconnaissable, la paysanne qui cache des officiers anglais et américains désirant passer à Londres et qui ira jusqu'à se priver pour nourrir ses hôtes, il montre aussi que les résistants sont prêt à tout pour leur cause, quand Gerbier, chef de réseau, résout de faire exécuter un traître qui l'a dénoncé, mais la maison voisine de celle qu'ils ont louée pour l'exécution est habitée, ils ne peuvent plus tirer de coups de feu sans risquer que le voisinage entende le bruit, le traître sera finalement étouffé, mais cette exécution changera les sentiments que se portent les résistants ayant participé à l'acte et une des scènes entre un résistant qui voyageait avec un soldat allemand, en se réveillant celui-ci bouscule le soldat, se croyant encore en Angleterre, et s'excuse en anglais, chose qui conduit dans 100% des cas à l'arrestation (voir la "Grande vadrouille", quand l'anglais renverse le vin sur le SS) et bien le soldat ne l'a pas arrêté.

Jean-Pierre Melville a réalisé en 1969 une adaptation du roman de Kessel, Melville également résistant a mêlé ses souvenirs d'ancien résistant à ceux de Kessel, avec Lino Ventura, Paul Meurisse Jean-Pierre Cassel et Simone Signoret, quand on sait que Lino Ventura et Melville étaient brouillés pendant le tournage, ils ne se parlaient même pas, c'est un assistant servait de relais entre les deux hommes, la tension sur le plateau est palpable quand on voit le film, mais ça donne plus force à l'interprétation de Lino Ventura qui incarne un Gerbier proche de celui de Kessel, à la fois amical et compréhensif, mais déterminé à mener à bien sa mission quitte à tuer, à noter la prestation de Serge Reggiani dans le rôle du fameux barbier susmentionné. Melville oblige le film joue sur les silences et les regards, la scène de l'exécution du traître est aussi impressionnante que chez Kessel, voir peut-être même plus.

A lire et à voir, le film est un complément au livre, pas un substitut, pour avoir une image plus réaliste de la résistance Française à cette époque.

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Faire vivre et ressentir la Résistance

9 étoiles

Critique de Veneziano (Paris, Inscrit le 4 mai 2005, 39 ans) - 5 mars 2011

L'hyper-réalisme de la narration permet d'atteindre le but, clair au point d'être évident, de faire vivre de l'intérieur le quotidien, presque d'heure à heure, d'un réseau de résistance, d'en faire ressentir les enjeux de chaque instant, les craintes, les angoisses, le pessimisme, les aléas de motivation, la noirceur, mais également l'ambition, l'orgueil, l'espoir.
Le style est vif, sec, alerte, presque journalistique, parfois télégraphique, lors des retranscriptions de notes, pour faire vivre l'instantanéité. Les peurs et réjouissances sont ressenties par le lecteur, comme en différé, comme un écho présent et précis.

Ce livre court est impressionnant, bien que noir, bien sûr, mais porteur d'espoir.

Des hommes étincelants.

10 étoiles

Critique de Hexagone (, Inscrit le 22 juillet 2006, 46 ans) - 1 juin 2009

RESISTANCE : Action de résister; capacité variable de résister, d'annuler ou de diminuer l'effet d'une force, d'une action subie.
Cet objet n'est pas un livre, c'est un trou noir littéraire. Pas très épais, pas très grand mais d'une inouïe densité. Petit à petit nous sommes absorbés, impossible de se dégager de la lecture, l'attraction est trop forte pour pouvoir s'en écarter trop longtemps. Le livre sent l'amertume, la sueur qui perle sur les tempes au rythme des battements de coeur, les êtres sont palpables dans leur sublime dimension humaine. Des hommes et femmes ordinaires dans des circonstances extraordinaires, nous donnent des leçons de bravoure, d'abnégation, de don. Comment ne pas être en peine face au destin de ces résistants que l'auteur nous livre comme un diable, une gifle qui claque et résonne dans l'air comme les coups de fusils de ceux que l'on voit mourir sous nos yeux. Un livre qui colle à l'âme comme un sparadrap, impossible de l'oublier, il se rappellera à moi dans de nombreuses circonstances de la vie. Qu'aurions nous fait ? Comme dit la chanson " l'âme d'un brave, d'un complice ou d'un bourreau, s'il fallait plus que des mots. Et qu'on nous épargne à toi et à moi encore très longtemps d'avoir à choisir un camp". Merci au critiqueur précédent de m'avoir fait découvrir ce livre que je n'aurais sans doute jamais eu l'idée de lire sans l'existence de CL. Puissions nous montrer par notre respect à la hauteur de ces illustres défunts.

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