L'adoration
de Jean-René Lemoine

critiqué par Histoiresenchemin, le 29 mars 2009
( - 48 ans)


La note:  étoiles
L'adoration ou la mécanique du désir
Aimer c'est donner ce que l'on n'a pas à quelqu'un qui n'en veut pas. Apprendre par coeur cette formule de Lacan, la faire sienne, la ressasser et la copier mille fois, voila qui serait un remède à la passion amoureuse. Si seulement il en existait un, de remède.
L'adoration, le texte de Jean-René Lemoine est à mettre entre toutes les mains de celles et ceux qui ne veulent pas guérir du mal d'amour, qui chérissent le souvenir de leur douleur comme le cadeau le plus précieux que le ciel leur aurait fait.
Chine aime Rodez. Rodez ne sait pas. "Je ne savais pas si je devais vous chercher ou vous éviter".
Rodez n'aurait que ça pour toute défense s'il existait un tribunal pour juger les amants.
Maigre défense. Pâle défense. Face à Chine, femme houle, qui déverse intarissable la dissection du crime passionnel dont elle se dit victime, Rodez fait pâle figure. Et c'est sans doute là, la clé de lecture de la passion amoureuse. L'un en proie, et l'autre comme interdit. Un corps muet, qui ne sait pas. Arrêté. "Que peut-on répondre à une femme qui vous envoie mille roses?"
Jean-René Lemoine dans un souffle long, intense, qui ne nous lâche jamais, nous conte l’histoire de tous les amants, d’ici, de maintenant, de l’ailleurs et du toujours. La même histoire. Il ne peut en être autrement. La même mécanique du désir. Une attente, une blessure, un vœu déchirant que le ciel n’entend pas. Un mur que la mer ne saurait atteindre et encore moins ébranler. Et Chine a raison de réclamer justice, ou à défaut de chercher à comprendre ce qui l’a anéantie. Une nuit, une terrasse déserte face à la mer.