Dictionnaire amoureux des chats
de Frédéric Vitoux

critiqué par Malic, le 18 janvier 2009
( - 76 ans)


La note:  étoiles
Vitoux chez les matous
Des chats Abyssins – les premiers de l’histoire humaine – au Zen, cette philosophie que les chats ont sans doute inventée avant l’homme, ce dictionnaire vagabonde d’une entrée à l’autre sans souci d’exhaustivité ni d’impartialité. Il ne s’agit pas pour l’auteur de tout dire sur le sujet mais seulement ce qui l’intéresse, le touche, l’intrigue. Donc n’attendez pas de savants développements sur les différentes races félines. Si on évoque le charmant Chartreux ou l’inénarrable et touchant Persan, c’est aux chats de gouttière – politiquement correct oblige, on dit aujourd’hui « chat européen » ! – que vont les préférences de l’auteur, « les chats qu’on n'achète pas, les chats invraisemblables qui ne ressemblent qu’à eux-mêmes »

Ecrivain, Frédéric Vitoux fait la part belle aux chats littéraires, ceux des livres et ceux des écrivains (Colette, Céline, Hemingway, Malraux, Baudelaire Lovecraft etc… et Vitoux lui-même.) Il n’oublie pas non plus ceux du cinéma, qui accompagnent souvent d’autres gracieuses créatures ( Audrey Hepburn, Kim Novak…) Parfois, il s’énerve et décoche un coup de griffe, par exemple au « talentueux et funeste Art Spiegelman » qui dans la BD « Maus » eut l’idée aberrante de travestir les chats en Nazis et auquel, BD pour BD, il préfère de loin le ratiocineur « Chat du rabbin » de Joann Sfar.

Une « chagiographie » qui flirte parfois avec l’érudition mais sans jamais être ennuyeuse et qui contribue à éclairer cette relation si particulière et si précieuse qu’entretient le chat avec l’homme.

Extrait :
« J’aimerais que le lecteur ouvre, s’il le désire, ce livre un peu au hasard, pour aller de surprise en surprise, de portraits en anecdotes. Qu’il soit complice en somme de cette promenade dans un domaine qui relève aussi de la plus haute civilisation – car le chat préférant tenir encore une fois le rôle de partenaire et même de maître en élégance, en beauté et, qui sait, en sagesse dans la connaissance informulée qu’il a des secrets de l’univers. Car l’homme, en un sens, s’est vraiment civilisé quand il a accepté le chat à ses côtés, tel un libre compagnon, un associé, et non pas un animal domestique ou domestiqué, ce que celui-ci n’a jamais voulu être. »
Un passionné 10 étoiles

Ce dictionnaire n'est en aucun cas un ouvrage scientifique, éducatif ou un guide de savoir-vivre.
F. Vitoux emmène avec beaucoup d'humour, son lecteur à la rencontre des chats les plus célèbres de la littérature ou de la peinture et surtout d'illustres amoureux de cet énigmatique animal.
Dévoilant des aspects peu ou pas connus de grands (ou petits) noms de la littérature,
présentant des tableaux plus ou moins célèbres, preuve d'une recherche minutieuse dans un agréable pêle-mêle dû à l'ordre alphabétique, où les cimetières suivent les chutes, mais aussi baby-sitter suit Azincourt.
On appréciera (ou pas) certaines citations comme celle de Sir Winston Churchill :
"Les chiens vous regardent tous avec vénération. Les chats vous toisent tous avec dédain. Il n'y a que les cochons qui vous considèrent comme leurs égaux."
Et c'est encore dans un chapitre concernant Nelson, le chat de Churchill .
"Il me plaît encore de le surprendre (Churchill) dans une position un peu ridicule. Pourquoi ? Parce que nous sommes tous ridicules également avec nos chats. Idiots ou grotesques dans notre manière de nous comporter en face d'eux, de leur parler, de les convaincre. Nous le savons. Et alors ? Nous le faisons quand même."

Avec la mauvaise foi attendrissante des passionnés, Frédéric Vitoux entreprend de réhabiliter cet animal diabolisé pendant des siècles.
Un dictionnaire qui enchantera les amoureux des chats mais aussi les amoureux de la langue française ; un dictionnaire à déguster comme une belle boite de chocolats, quelques bouchées de temps en temps, que l'on prend au hasard et qu'on laisse fondre dans la bouche.

Marvic - Normandie - 59 ans - 30 octobre 2017