Désert de J.M.G. Le Clézio

Désert de J.M.G. Le Clézio

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Aegis, le 6 septembre 2004 (Les Mureaux, Inscrit le 30 août 2004, 35 ans)
La note : 7 étoiles
Moyenne des notes : 8 étoiles (basée sur 9 avis)
Cote pondérée : 7 étoiles (2 452ème position).
Discussion(s) : 1 (Voir »)
Visites : 4 929  (depuis Novembre 2007)

Le désert transfiguré

Ce roman combine deux récit parallèles: celui d'une tribu nomade d'une part, et celui sur le parcours initiatique d'une jeune fille magrébine, Lalla qui tente de s'émanciper et part pour l'Europe, supposée ancêtre des Hommes Bleus.
Tandis que les nomades fuient les Chrétiens, c'est à dire les colonisateurs européens, Lalla s'enfuit de sa dune, au bord de la méditérannée, étouffée par les carcans familliaux et par le péril d'un mariage, pour se retrouver dans l'enfer de la ville européenne...
Le Clézio dresse une série d'antinomies: positif et négatif, silence et bruit, nature et ville...thèmes qui lui sont coutumiers tout comme celui de l'élection, d'êtres accédant à une Vérité supérieure...
la vision du monde et de la vie est cyclique et utopique: la tribu pourchassée va de ville en ville, toujours plus au nord, pour retourner enfin au désert, tandis que Lalla retrouvera ses racines en retournant accoucher sur son sol natal, à l'endroit même où sa mère l'avait mise au monde.
tout ceci est très beau, très poétique, dans un langage épuré où l'on sent tout le poids du silence. Malheureusement, en dépit d'une critique effleurée du colonialisme et du poids des traditions, c'est une vision toute occidentale qui nous est présentée. la réalité s'estompe, mais jusqu'à gagner une certaine dimension du roman: les personnages, les moeurs, la problèmatique du Magreb aujourd'hui disparaissent à leur tour.
Les nomades ne sont pas des hommes du silence... à l'inverse de ce que décrit Le Clézio.
Les nomades sont friands de parole, de contes.

Et que dire de la difficulté mise sous silence de traverser le désert avec une caravane de sel...
Ce n'est qu'un bémol portant sur la portée idéologique de la vision du désert. On peut parfaitement préférer une vision transfigurée, transformée, éloignée de la réalité concrète.
Et par delà ça, Désert reste un très beau rêve suscité par l'écriture!

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Désert éternel !

10 étoiles

Critique de Frunny (PARIS, Inscrit le 28 décembre 2009, 53 ans) - 27 novembre 2017

Romancier français né en 1940, Jean-Marie Gustave Le Clézio rencontre le succès dès la parution de son premier roman "Le Procès-Verbal" (Prix Renaudot).
Féru de voyages et friand de cultures lointaines, son œuvre en sera abondamment alimenté.
A partir des années 80, ses livres sont de plus en plus souvent inspirés par des membres de son entourage : son grand-père dans "Le chercheur d'or" (1985) et "Voyage à Rodrigues" (1986), son père dans "L'Africain" (2004), sa mère dans "Ritournelle de la faim" (2008).
En 2008, J.-M. G. Le Clézio reçoit le Prix Nobel de littérature ; l'an suivant, il est fait officier de la légion d'honneur. Il est actuellement l'un des auteurs français les plus traduits dans le monde.
En 1980, il reçoit le premier Grand Prix de Littérature Paul-Morand pour le roman Désert.

L'auteur fait coexister 2 histoires.
Celle de Nour, jeune Touareg fuyant les guerriers chrétiens dans une lente et inexorable marche à travers le désert à destination d'une terre de liberté.
Celle de Lalla, jeune marocaine espiègle, solitaire, libre, qui arpente les dunes jusqu'à se saouler de vent et de mer.
2 personnages aux trajectoires parallèles qui ont en commun une soif de liberté absolue, et qui en acceptent le prix..
2 histoires qui rejoignent la grande Histoire; celle de l'Afrique des colonies, des guerres de religions, du choc des civilisations.

J'ai été envoûté par ce roman qui flatte les 5 sens .
Le vent, la mer, la sable, le ciel sans fond, les hommes bleus,....
Impossible d'oublier Lalla et Nour, qui impriment la rétine, l'ouïe, l'odorat et le toucher pour ne jamais vous quitter.
Une oeuvre comme vous n'en lirez que peu dans votre vie. JM le Clézio est un Géant.
Un roman que vous ne lirez pas mais que vous vivrez, à en oublier le temps et l'intérêt de votre vie d'occidental.
Il est question de Liberté absolue, de l'essence même de la vie, en harmonie avec la nature dans ce qu'elle a de plus lumineux (et de plus dévastateur).
Un immense moment de lecture.
Un chef-d'oeuvre absolu !!!

Absolu chef-d'oeuvre

10 étoiles

Critique de Provisette1 (, Inscrite le 7 mai 2013, 6 ans) - 23 septembre 2015

Tout autre commentaire est inutile.

Poésie et rêve

9 étoiles

Critique de OC- (, Inscrit le 4 mars 2011, 21 ans) - 26 octobre 2014

Désert regroupe les éléments et les thématiques chères à Le Clézio et que l'on retrouve dans une grande partie de son œuvre : la fuite, le voyage, le déracinement, les contrées oniriques, la nature sauvage, le destin des gens de peu, la Méditerranée et ses villes lumineuses, l'Afrique du Nord, l'Orient, sont évoqués "comme dans un rêve" - tel le peuple dont est originaire la jeune Lalla, héroïne de ce roman - dans une langue simple et poétique.
Contrairement à ce que beaucoup de lecteurs semblent dire, la beauté de l'écriture est loin d'être le seul intérêt de ce livre. Le travail narratif n'a pas été négligé par Le Clézio, et l'on s'immerge facilement dans la vie de Lalla, qui vit à la Cité, ville pauvre d'Afrique du Nord, et qui aime par dessus tout contempler les beautés du désert, rencontrer le berger muet Hartani, écouter les histoires du vieux pêcheur Naman. Parallèlement à l'évolution de Lalla et de sa grossesse, c'est l'histoire des ancêtres de l'héroïne que l'on découvre : les hommes bleus, guerriers et chevaliers quasi mythiques du Sahara, pourchassés par les Chrétiens et traqués par leurs troupes coloniales, passant d'un peuple digne et autonome à une meute de loqueteux mourant de faim et errant dans le désert.
Lire Le Clézio, c'est voyager, sentir un vent de liberté et découvrir des pans méconnus de l'Histoire - et notamment de l'Histoire des gens de peu.

Parallèles...

9 étoiles

Critique de Lecassin (Saint Médard en Jalles, Inscrit le 2 mars 2012, 62 ans) - 14 janvier 2014

« Désert »… deux récits en parallèle ; imbriqués l'un dans l'autre…
Pour commencer – et pour finir – il y a celui de Nour, un jeune homme du Désert, un « homme bleu » qui fuit vers le Nord, à travers les dunes pour rejoindre la vallée de Saguiet el Hamra, véritable terre promise, afin d'éviter la confrontation avec le colonisateur chrétien.
Ensuite, il y a celui de Lalla, la jeune fille qui coule des jours miséreux mais heureux dans un bidonville, que la promesse d'un mariage forcé fait découvrir l'exil à Marseille. Succès fait, elle décidera de retourner enfanter sur la terre de ses ancêtres…
Des nomades dans les années 1910…
Une jeune fille de nos jours…
Deux points communs : le Désert et l'exil.
Il faut toute la « puissance évocatrice » de la prose Le Clézio pour nous entraîner dans l'immobilité mouvante du Désert, là où l'air n'est que vibration thermique, dans le temps suspendu…mais aussi pour évoquer la solitude trépidante de la grande ville…
Deux étonnants récits entremêlés qui entrent en résonnance dans la solitude imbriquée du Désert et de la ville. Plus : j'y vois également un tournant dans la carrière de Jean-Marie G. Le Clézio dont les thèmes et le style des débuts souvent influencés par le « Nouveau roman » m'ont parfois rebuté ; impression confirmée avec son roman suivant : « Le Chercheur d'or ».

Une sorte de conte

6 étoiles

Critique de Chene (Tours, Inscrit le 8 juillet 2009, 48 ans) - 30 octobre 2011

Ce livre est comme un conte, comme, un peu, celui du Petit Prince de Saint Exupéry.
Lala est plongée dans les beautés du désert avec comme seul compagnon un jeune berger orphelin qui a un regard sur la nature hors du commun.
Mais Lala que l’on veut marier à un homme qu’elle n’aime pas, fuit et immigre à Marseille. Dans le vieux quartier du Panier elle découvre l’horreur de la ville. Le Clézio tout comme Giono oppose la nature, réelle, vraie, pure et belle à la ville qui corrompe les hommes et salit les sentiments. La ville dénature les hommes.

Désert, roman poétique fait pour les amoureux de la littérature qui peut vous soulever ou vous excéder avec toutes ces vagues de mots qu’il renferme, dont certains se répètent, au fil des pages.
C’est lent et beau à la fois.

Pourquoi? Mon dieu? Pourquoi?

5 étoiles

Critique de L.A. vie (Los Angeles, Inscrit le 17 août 2011, 29 ans) - 17 août 2011

Si on lit des œuvres d’écrivains de littérature moderne, on peut trouver celui qui est différente, cela est le style : le style du minimalisme qui est utilisé par des écrivains du vingtième siècle. On trouve cela dans des œuvres de Modiano, par exemple. Je pense que des romans par lui, ont un style où la description n’écrase point le lecteur. Ce roman de Le Clezio, j’ai lu seulement soixante-dix pages, --répète, répète et répète des détails qui sont pas nécessaires. Je ne veux pas perdre le temps, je sais déjà que ça existe là-bas : le vent terrible, la soif, la faim, le soleil brutal. Il ne faut pas me rappeler cela sur chaque page. Je me souviens que un jour, j’étais en train de lire un article sur l’écrivain V.S. Naipaul {il a gagné le prix Nobel aussi}, et il a dit que ce style, celui de Désert et des œuvres comme ça, n’est qu’ un « gaspillage » de mots.

-----Suraj

Le désert a une âme

8 étoiles

Critique de Elya (, Inscrite le 22 février 2009, 28 ans) - 30 novembre 2009

Je n'ai jamais eu d'attirance particulière pour le désert, ses paysages ne me fascinent et ne m'intriguent pas. J'ai pourtant été conquise par ces territoires d'Afrique dès, et surtout, dans les premières pages.
On pourrait dire que le roman comporte deux histoires ; celle de Nour, nomade du début du 20ème siècle, et celle de Lalla, habitante d'une cité d'Afrique du Nord puis jeune immigrée française des années 80.

Des paragraphes sur Nour, je ne retiens que la description des atmosphères. Je n'ai pas été particulièrement tenue en haleine par ce qui allait arriver à ce jeune nomade et a sa famille, et plus généralement au peuple des hommes bleus, des citoyens du désert. En revanche j'ai été envoûtée par la description des nuits terribles et des journées brûlantes, des discussions discrètes des femmes, de ce qui unit par delà la foi ces hommes, du dévouement d'un peuple pour une cause perdue.

En revanche le récit sur Lalla est très bien mené, attirant. Quelle désolation de réaliser qu'il s'agit des dernières lignes évoquant Lalla! Son parcours, ses rencontres, son évolution, tout cela est très diversifié, peu commun.

A ces histoires s'ajoutent un style littéraire sans excentricité mais très bien mené. Un régal pour les admirateurs du désert tout autant que pour ceux qu'il laisse indifférent.

Mirages

8 étoiles

Critique de Lejak (Metz, Inscrit le 24 septembre 2007, 43 ans) - 18 avril 2009

Désert est d'abord une ode aux mystères de l'océan de sable et de ses caravaniers, les Hommes bleus.
Mais le désert, tout comme les hommes et leurs villes, qu'elles soient de planches ou de béton, apportent leur lot de mirages. Une fois évaporés, ils laissent souvent place à une cruelle réalité.
Lalla, fille des fils du désert, se retrouve à Marseille. La magie de ses rêves d'enfants se brisent comme la mer sur les murs d'une ville froide, crasseuse, inhumaine ...
Désert nous donne à rêver comme Laurence d'Arabie, mais nous livre également le goût amer de l'immigration, de l'éloignement, de l'abandon ...
Je vous le recommande vivement.

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  Problème ? 28 Lejak 24 septembre 2015 @ 13:45

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