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Le voyage dans le passé de Stefan Zweig

Titre original :  Widerstand der Wirklichkeit

Catégorie(s) : Littérature => Européenne non-francophone

critiqué par Babsid, le 10 novembre 2008 (Paris, Inscrite le 8 mai 2006, 24 ans)

La note: 10 etoiles
Moyenne des notes : 9 etoiles (basée sur 9 avis)
Cote pondérée : 7 etoiles (452ème position).
Discussion(s) : 1 (Voir »)
Visites : 3 248 

"Deux spectres ont évoqué le passé"

Zweig est né en Autriche en 1881 et mort au Brésil en 1942. Cette nouvelle est restée inédite jusqu’à nos jours mis à part un fragment publié en 1929. Les Editions Grasset ont eu la bonne idée de nous la faire connaître. Certains étaient surement sceptiques, un inédit de Stefan Zweig ne se trouve pas tous les jours. Pourtant cette histoire est magnifique.

Lui a réussi par son travail et sa volonté, le tout animé par sa rancœur envers ceux qui ont ce que lui n’a pas. C’est un orgueilleux. Une sorte de Rastignac moderne, le cynisme en moins.
Elle est généreuse, bienveillante mais mère et mariée à son protecteur.

Au moment où son ambition est enfin satisfaite, il se rend compte de ses sentiments pour la première fois. Le tout est dit dans une langue puissante et évocatrice que nous n’utilisons plus de nos jours. Sans faire de phrases ronflantes et creuses, Zweig exprime des sentiments forts et suscite des images neuves et belles, sur un sujet pourtant largement abordé. (Aller voir du côté de la page 36)

Le destin les sépare, d’une guerre, d’un océan, d’un silence.

Lorsqu’ils se trouvent, ils sont d’abord courtois avant que leurs sentiments ne se rappellent à eux. Pourtant, tout à l’évocation de ces souvenirs, ils ne voient pas que leur rêve se brise contre la réalité. Vient alors le moment de la prise de conscience. Le passé ne se revit pas. Le temps change les choses et les gens. Il ne nous reste alors que le passé.


Ce texte jamais traduit en français est bouleversant. Ce pourrait être une histoire de plus sur l’amour, la séparation et les retrouvailles mais non, il les éclipse tous. Rien de neuf dans le sujet, pas de surprise sauf cette prose. Quelle prose ! Zweig a l’art de décrire des retrouvailles passionnées avec des mots simples. Par petites touches, transparaissent les occasions manquées et l’attente de l’autre.
L’on sent bien l’influence d’un Balzac ou d’un Flaubert mais cela enrichit son texte et ne le déprécie pas.

Pour les germanophiles, la nouvelle est immédiatement suivie du texte original en allemand.
Cette nouvelle est par définition courte mais à lire absolument. Un véritable coup de coeur.

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Les éditions
small Voyage dans le passé [Texte imprimé] Stefan Zweig traduction de Baptiste Touverey, suivie du texte original allemand
de Zweig, Stefan Touverey, Baptiste (Traducteur)
B. Grasset
ISBN : 9782246748212 ; EUR 11,00 ; 2008-10-29 ; 173 p. ; Broché
 Go Amazon
small Voyage dans le passé [Texte imprimé] Stefan Zweig traduction de Baptiste Touverey, suivie du texte original allemand
de Zweig, Stefan Touverey, Baptiste (Traducteur)
B. Grasset
ISBN : 9782253133148 ; 2010-03-03 ; 172 p. ; Broché
 Go Amazon

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Les critiques éclairs (8)

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Intemporalité 8 etoiles

Intemporalité totale pour ce court roman de Stefan Zweig. Qu’importe la période où il a été écrit. Ce n’est pas tant l’histoire qu’il raconte, et donc les éléments connotés historiquement inévitablement liés à une histoire, c’est bien le thème qui est la vedette. Et ce thème, c’est celui de l’obsolescence inévitable de l’amour.
Louis, jeune homme pauvre mais du genre méritant, entre au service d’un couple riche. Lui, « Conseiller », responsable d’une entreprise de Chimie, est marié à une femme plus jeune. Louis, acharné à réussir pour ne plus connaître la pauvreté, tombe amoureux de cette femme sans qu’ils y soient réellement pour quelque chose. Choisit-on de tomber amoureux et de qui ?
Toujours est-il qu’à peine ces deux là se rendent compte de l’amour qui leur est tombé dessus – et qui leur est interdit – que l’ambition de Louis va l’éloigner de cet amour. Le « Conseiller » en effet a besoin d’un homme de confiance pour développer ses affaires au Mexique. C’est Louis qu’il a choisi et Louis ne peut refuser ce qui pourrait s’assimiler à la réussite totale pour lui. Louis ne refuse pas, part, loin, longtemps, et les deux restent persuadés de toujours s’aimer. C’est la suite qui constitue en fait la chair du « voyage dans le passé ». C’est l’analyse par Stefan Zweig de ce que peut devenir l’amour. Ou certainement, à ses yeux, de ce que devient l’amour.

“Les dix jours qui les séparaient du départ, ils les passèrent tous deux dans un état de continuelle et grisante frénésie. La soudaine explosion des sentiments qu'ils s'étaient avoués, par l'immense puissance de son souffle, avait fait voler en éclat toutes les digues et barrières, toutes les convenances et les précautions : comme des animaux, brûlants et avides, ils tombaient dans les bras l'un de l'autre quand ils se croisaient dans un couloir obscur, derrière une porte, dans un coin, profitant de deux minutes volées ; la main voulait sentir la main, la lèvre la lèvre, le sang inquiet sentir son frère, tout s'enfiévrait de tout, chaque nerf brûlait de sentir contre lui le pied, la main, la robe, une partie vivante, n'importe laquelle, d'un corps qui se languissait de lui.”

Louis restera longtemps au Mexique. Louis reviendra … Et Stefan Zweig démonte les ressorts psychologiques du couple informé et de ce qu’il va devenir. Une analyse clinique, blanche et froide, des sentiments, de la sentimentalité.
Intemporel. Indéniablement.

Tistou (, Inscrit le 10 mai 2004, 55 ans) - 2 novembre 2010


La magie d'une plume. 8 etoiles

Je suis entièrement d'accord avec la critique de Babsid. Voilà une histoire d'amour banale comme on en a trop souvent lues ou entendues, un thème tellement de fois abordé qu'il aurait pu être ronflant d'ennui. Et pourtant, cette nouvelle nous enchante grâce à la plume de Zweig qui sait donner vie aux sensations avec, pour seule arme, les mots. Dans un style fluide, il nous montre avec talent la passion, les conséquences du temps qui passe, les cendres d'un passé qui ne reviendra pas, les regrets.
Tout l'enchantement de cette nouvelle vient de la plume de l'auteur.

Felicity11 (Bruxelles, Inscrite le 12 décembre 2007, 19 ans) - 27 septembre 2010


Juste et délicat 8 etoiles

Une histoire agréable qui, même avec la soixantaine d'années qui nous sépare des faits, réussit à nous faire partager les sentiments de deux êtres amoureux qui se retrouvent après 9 ans de séparation.

Histoire sur le temps qui passe et qui sublime les rêves, transforme les images, donne la tentation de pouvoir faire "comme avant",
puis la cruelle désillusion que cet espoir est vain et qu'un retour en arrière n'est jamais possible.

Marvic (Haute-Normandie, Inscrite le 23 novembre 2008, 53 ans) - 10 mars 2010


Que reste-t-il de nos amours ? 8 etoiles

Séparé puis réuni, un couple tente de faire revivre un amour passé. La communion intellectuelle qui a été la leur pendant des années n'a d'égale que l'échec de la possession physique si longtemps rêvée.

Zweig met en oeuvre une langue riche et une syntaxe recherchée aptes à communiquer les sentiments dans toute leur complexité et à faire ressentir toutes les nuances des ambiances et des décors. C'est bouleversant dans les dits et les non dits, avec une fois de plus un beau personnage de femme.
La brièveté de la nouvelle fait toute son efficacité. C'est juste dommage que l'éditeur tente de faire croire à un vrai roman en avec ce volume imprimé gros et complété la version allemande pour l'épaissir encore.

Romur (Viroflay, Inscrit le 9 février 2008, 38 ans) - 2 octobre 2009


Quelle noblesse 9 etoiles

Très courte nouvelle où l'on reconnait cependant nettement la plume de Zweig ainsi que son admiration pour la gent féminine et les sentimentalités au travers de sa mise sur un piédestal.

L'histoire est très bien écrite et emporte le lecteur dans ses différentes phases et rebondissements sans savoir en devancer la suite. Les caractéristiques, émotions et pensées des personnages sont tout à fait bien définis par l'auteur et donc cernables par le lecteur. On ressent une certaine noblesse qui émane des sentiments des amoureux et de leur être dans sa globalité.

Dommage que ce dernier texte publié après tant d'années nous laisse un tel goût de trop peu et d'envie d'encore … n'y aurait-il pas encore un manuscrit à retrouver ?

Maylany (, Inscrite le 11 novembre 2007, 31 ans) - 10 juillet 2009


amour toujours 10 etoiles

Un homme, une femme se sont aimés et se retrouvent après neuf longues années d'absence, sur fond de manifestations nazies. Un amour de Zweig, remarquablement traduit. A déguster et comparer aux fades bluettes sex and sun d'aujourd'hui...

Jfp (Yerres (Essonne), Inscrit le 21 juin 2009, 63 ans) - 27 juin 2009


Encore une fois sublime : du Zweig pur sucre 10 etoiles

Une nouvelle fois, Stefan Zweig narre une histoire d'amour, mais via le rapport du narrateur omniscient extérieur, contrairement à Vingt-quatre heures dans la vie d'une femme, Lettre d'une inconnue ou la Confusion des sentiments.
Ce récit met en scène un arriviste tourmenté et rancunier, brûlant d'amour presque en silence, relation qu'il partage entièrement, aussi bien sur le plan sentimental que de la communication. Et c'est ce souci dans l'échange qui s'avère - selon moi - être le problème majeur de ce couple. L'éloignement prolongé pendant ces deux années rend certes amère cette relation au retour, mais cette incommunicabilité a envenimé les choses avant l'heure.
L'analyse psychologique est, encore une fois, des plus fines, et au prix d'une économie de mots impressionnante.
Antonioni n'aurait pas dénigré cette histoire, qu'il aurait très bien pu adapter. La Nuit - La Notte - en est assez proche.
De plus, Stefan Zweig semble s'être fort imprégné du poème de Verlaine, dont il cite un extrait, dénommé Colloque sentimental.
Les germanistes pourront apprécier le texte originel.

Voilà encore une oeuvre remarquable de cet auteur, définitivement un de mes préférés.

Je remercie ma mère de me l'avoir donné à lire.

Veneziano (Paris 16e (ex-village d'Auteuil), Inscrit le 4 mai 2005, 34 ans) - 1 janvier 2009


Encore de l'inédit ? 9 etoiles

A peine cent pages, même si l’éditeur a réussi à nous vendre cette nouvelle au prix d’un petit roman en y ajoutant (excellente idée au demeurant) le texte original en allemand, ce voyage dans le passé nous donne à lire ou relire du pur Zweig, celui qui sait évoquer le sentiment avec toute sa force dans une pudeur extrême et où la suggestion l’emporte à l’explicitation.
Après neuf ans de séparation un homme et une femme , que tout séparait, se retrouvent. Avant qu’ils ne se quittent, ils se sont avoué leurs sentiments, sans les vivre pleinement et sans se les expliquer à eux-mêmes vraiment…
En neuf ans le temps a passé et que reste-t-il sauf ce souvenir d’une prémonition qu’au bord d’un lac, il y a près de 10 ans, l’aveuglement de l’iréel ne pouvait laisser percevoir et qui, tragiquement, se concrétise, telle la trahison d’un sentiment auquel on a tant voulu croire pour mieux survivre.

Monito (, Inscrit le 22 juin 2004, 39 ans) - 28 décembre 2008


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  Lire plus de Zweig 50 Babsid 15 janvier 2009 @ 21:03

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