EtnaXios
de Françoise Clédat

critiqué par Sahkti, le 24 octobre 2008
(Genève - 50 ans)


La note:  étoiles
Poésie en devenir
L'avant-propos donne le ton. Et l'envie. La constatation qu'à un certain âge de la vie, "la novation n'a plus pour alliée (ou leurre) la découverte d'expériences vitales inédites dont elle sait, selon les risques pris ou refusés, avoir épuisé le lot." (page 7)

Ce constat me plaît, notamment parce qu'il ne rime pas uniquement avec résignation, mais aussi avec lucidité, réalisme, et qu'il ouvre les portes d'un nouvel espoir, celui de l'apprentissage "du vieillissement et de la mortalité comme mode privilégié d'approche vers un inconnaissable."

Cet apprentissage passe entre autres par le dire mais aussi l'écrire. L'écriture qui ne peut se faire qu'à partir et à travers soi, qui soulève des limites qu'on affronte, qu'on dépasse ou dont on s'imprègne. Une confrontation qui offre une nouvelle possibilité de connaissance de soi, la mémoire se fait autre et de ce constat, craintif ou non, du vieillissement présent ou à venir, naît dès lors la volonté d'une construction nouvelle, celle d'un inconnu en devenir.
Le récit d'une mort est d'abord source de vie, celle qui jaillit sous la plume, celle qui réside dans ces mots pour dire le grand départ.

Parallèlement et complémentairement à ce travail de recherche de soi, en soi, se dresse également toute la difficulté d'un travail d'introspection à travers l'autre, le personnage du père en l'occurrence chez Françoise Clédat.
Car "donner la parole au père ne se peut que par la prise de parole de l'enfant". (page 9)
Un enfant qui cherche à comprendre, qui reproche, questionne et s'interroge. Il existe un fragment commun, tant chez le père que chez l'enfant, c'est celui de cette mort à venir, encore elle, et chercher à l'identifier, à la nommer, c'est quelque part créer un attachement qui lui survivra.

"Une sonorité hante
Une sonorité sur soi tourne et redouble
Double et retourne
N'articule jamais que son redoublé mutisme"
(page 88)

C'est dans la mort du père que l'enfant fera naître sa source d'écriture. La mort donne la vie qui à son tour engendrera la mort...
Cette alternance permanente rythme Etnaxios du début à la fin, que ce soit à travers des histoires, des images ou des mots qui se croisent.

(Donner voix à l'os
Donner voix à la pierre
Donner matière
Donner
Pour rendre - ou prendre)
(page 119)


Poème en souffle coupé, en désagrégation-construction, poème passé ou en devenir, c'est une entreprise riche et complexe qui s'esquisse sous nos yeux. Des yeux ébahis par l'inventivité de Françoise Clédat et son amour du langage. Un langage qu'elle tord et triture à foison pour en extraire l'essentielle essence.