Conversations avec le maître
de Cécile Wajsbrot

critiqué par Feint, le 11 octobre 2008
( - 56 ans)


La note:  étoiles
Quatuor sans instruments pour une soprano, un baryton et deux altos
Réflexion sur la création artistique et son empêchement, l’hiatus irrémédiable entre l’ambition artistique et la réalité, Conversations avec le maître n’en est pas moins un roman, subtilement polyphonique – et c’est tant mieux, car nous sommes en musique. Une femme rencontre un homme, compositeur, avec lequel se crée une relation quotidienne, laquelle ne prend jamais d’autres formes que celle, – suffisante ? – de la conversation, et d’un thé rituel. Encore ces conversations ne sont-elles qu’à sens unique : l’homme parle, la femme écoute. Chacun dans son rôle, pour lequel il semble fait. Le rôle de cet homme, ce musicien qu’on n’entend jamais jouer ; l’expression employée par la narratrice le résume assez : le maître. Mais ces échanges, cette ébauche aussi d’un amour jamais avoué, appartiennent déjà à un passé révolu : le présent de la jeune femme, la narratrice ; c’est sa solitude, hantée par les victimes du tsunami, sur les forums où elle passe ses soirées – des forums qui ferment peu à peu avec le temps qui passe ; son présent, c’est aussi une jeune femme dont la présence sur le trottoir, de l’autre côté de la vitrine de l’agence immobilière pour laquelle elle travaille, retient son attention et la renvoie au souvenir de cette relation que, deux années auparavant, elle entretenait avec le maître. Mais il nous faut un quatrième pour ce quatuor, ce « quatuor sans instruments avec une soprano, un baryton et deux altos » dont rêvait le maître. Ce quatrième, ce sera un « vous », le destinataire, auquel s’adresse la narratrice, un « vous » qui prend corps peu à peu tandis que le récit avance – récit dont il est aussi le commanditaire.
Où le récit, par essence fiction, se voit chargé de compenser le vide du réel.