Les sombres feux du passé de Chang-Rae Lee

Les sombres feux du passé de Chang-Rae Lee
( A gesture life)

Catégorie(s) : Littérature => Anglophone

Critiqué par D'Artagnan, le 13 novembre 2001 (Tournai, Inscrite le 24 octobre 2001, 54 ans)
La note : 7 étoiles
Moyenne des notes : 8 étoiles (basée sur 3 avis)
Cote pondérée : 5 étoiles (19 984ème position).
Visites : 2 435  (depuis Novembre 2007)

Entre honte et respectabilité

Nous sommes à Bedley Run, une petite ville de l'état de New York. Le "docteur Hata" y mène une vie à la fois effacée et respectable. Il a adopté une petite fille d'origine coréenne. Un jour, elle rejette son mode de vie, ses valeurs, et le quitte...
J'ai beaucoup aimé ce roman pour des raisons très diverses : d'abord il m'a fait penser à certains romanciers américains comme Russell Banks ou Philip Roth, qui ont l'art de décrire la vie de la classe moyenne aux Etats-Unis et surtout de lever le voile sur le fameux "rêve américain". On sait comment celui-ci se lézarde; on dirait d'ailleurs que l'actualité rattrape au galop la fiction !!! Mais Chang-rae Lee n'est pas un Américain d'origine justement, et cela crée une sorte de double jeu que j'ai trouvé très intéressant : Monsieur Hata, qui n'est pas docteur, a toujours cherché la respectabilité, la reconnaissance de ses voisins, de ses clients, de ses relations, depuis qu'il a émigré aux Etats-Unis après la deuxième guerre mondiale. Il a toujours cherché à arranger les choses, n'a jamais fait de vrais choix. Le symbole de cette apparente réussite sociale, c'est sa grande maison, avec son beau jardin, sa grande piscine... Mais la maison est presque vide, parce que Sunny, sa fille adoptive, est partie... Un jour, le malaise est trop difficile à supporter, Hata met presque le feu à la maison... Brusquement, tout semble s'effilocher, Hata est douloureusement mis en question... Alors des pans du passé ressurgissent : pendant la guerre, le soldat Kurohata (Hata en est bien sûr le diminutif) a voulu sauver une jeune fille qui devait servir, avec quatre autres, de "femme de réconfort" aux soldats japonais. Mais en essaynt d'être un héros, il a précipité le drame. En réalité, il a été incapable de reconnaître ses vrais sentiments et de vraiment tenir compte de la jeune femme. Plus tard, en Amérique, il a sans doute cru rattraper le passé en adoptant Sunny. Mais là aussi, il s'est montré très maladroit... C'est un livre très fort : certaines scènes sont difficilement supportables ! C'est le portrait d'un homme profondément solitaire, qui va petit à petit comprendre ses erreurs passées et renouer des relations vraies avec lui-même et avec ses proches. Il aura payé le prix fort pour "rentrer chez lui".

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On devrait autoriser l’autodafé

8 étoiles

Critique de Vieil (Nantes, Inscrit le 9 mars 2010, 85 ans) - 3 février 2011

Quel usurpateur, ce « docteur » Hata, vendeur de matériel médical ! Sous le masque de respectabilité se dissimule une lâcheté qui confine à la barbarie. C’est le « brave gus » qui « s’occupe du nettoyage du trottoir et du ramassage des ordures », c’est le même qui recolle les morceaux après le dépècement de son aimée K. qu’il a refusé de sauver d’une mort atroce.

Cette lâcheté s’accompagne naturellement de faiblesse envers sa fille surtout et qu’elle ne peut pardonner. Quelle fille voudrait d’un père aussi anémique…

Ce livre m’a révolté au point qu’à plusieurs reprises j’ai failli le jeter, le brûler dans ma cheminée pour ne plus l’avoir sous les yeux.

Une blessure mal cicatrisée

8 étoiles

Critique de Débézed (Besançon, Inscrit le 10 février 2008, 70 ans) - 1 avril 2008

Très beau livre en effet de ce Coréen émigré aux Etats-Unis qui raconte l'histoire d'un autre Coréen qui s'est installé lui aussi en Amérique après la guerre de 1945 et qui a fait tout ce qu'il convient de faire pour s'intégrer dans la nouvelle patrie et devenir un citoyen américain respectable. Mais tout dérape quand sa fille adoptive qu'il n'a sans doute pas su élever en la gâtant trop, quitte la maison pour rejoindre ses amis marginaux.

Hata, notre Coréen, perd peu à peu pied et détruit sa maison, le symbole de sa réussite américaine et surtout le symbole de son triomphe sur son passé qu'il avait tenté d'oublier mais qui le rattrape au moment où sa fille fuit. Il se souvient du rôle qu'il a joué dans un hôpital militaire où des filles indigènes étaient offertes aux soldats envahisseurs.

Un livre sur l'émigration et l'insertion mais surtout sur la culpabilité et la rédemption. Un livre très bien écrit avec une histoire très bien construite. Un bon moment de lecture.

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