Miss Silver entre en scène
de Patricia Wentworth

critiqué par Cuné, le 5 août 2008
( - 51 ans)


La note:  étoiles
Faire la grasse matinée un dimanche était une chose, mais jusqu'à dix heures bien sonnées, cela dépassait quand même la mesure.
En 1930 naissait Miss Marple, sous la plume d'Agatha Christie. Mais deux ans plus tôt s'activaient déjà les neurones (et les aiguilles à tricoter) de Miss Maud Silver. Ancienne gouvernante, calme et tranquille et grande observatrice de la nature humaine, elle pourrait en effet être sa grande soeur, mais sa modestie naturelle et sa sereine confiance en ses capacités repoussent toute jalousie. Miss Silver n'a pas besoin de tapage médiatique, elle mène sa trentaine d'enquêtes au rythme de l'heure du thé, ponctuée de quelques toussotements diplomatiques.

Or donc, Miss Silver vient rendre visite à une amie d'enfance, dans le petit village de Lenton. Un homme est assassiné, et les suspects sont nombreux : est-ce Rietta, que tout semble accuser ? Son neveu Carr, qui était fou furieux contre la victime ? Catherine Welby, que l'on sait avoir espionné dans l'ombre ? Le fils des domestiques, à la réputation difficile ? Nos soupçons se posent tour à tour sur chacun d'eux, avant que paisiblement Miss Silver ne nous explique que deux plus plus ont toujours fait quatre...

L'univers de Patricia Wentworth a passé LE test ultime haut la main : je l'ai lu dans des conditions extrêmes, au péril de ma vie, chez Girafou des heures durant. Oui, Madame, oui, Monsieur, un niveau de décibels à faire passer la fanfare du 14 Juillet pour un concerto pour fourmis, des cris, des bousculades, une sauvage agression envers la prunelle de mes yeux (un coup de pied par inadvertance, 879 points de suture. Une bosse, quoi, sur la tempe. car les trampolines font tomber, parfois !), des gaufres au Nutella et du thé aux fruits rouges, rien de tout ceci n'a plus eu de consistance à partir du moment où j'ai ouvert ce roman.

J'ai procédé mathématiquement (ah ah), listé les coupables possibles et leurs motivations, été sûre de moi et trouvé ça trop facile, et me suis retrouvée dans l'erreur, bien évidemment !

L'énigme policière dans toute sa splendeur, pacifique et ordonnée, polie et so British. Si Agatha était votre amie à l'adolescence, Patricia agrémentera vos après-midi d'été à la perfection, avec un nuage de lait.

My pleasure.
Un très bon roman policier !!! 9 étoiles

On ne devrait plus avoir à présenter Miss Maud Silver sur ce site tant les critiques sont venus, les uns après les autres, déposer leur obole, c’est-à-dire, dire la joie qu’ils avaient eu à passer un moment de bonheur et de suspense en compagnie de cette détective privée qui tricote plus vite que son ombre, qui réfléchit plus rapidement que le lecteur et qui confond les coupables avec plus de sureté que la police où elle compte, quand même, quelques bons amis…
Et, pourtant, il n’est pas inutile de rappeler que cette détective est née sous la plume de Patricia Wentworth, en 1928 ! Oui, ces romans policiers sont assez anciens, et ils fonctionnent encore fort bien pour la plupart… Le roman que je veux vous présenter, aujourd’hui, a été publié pour la première fois en 1951 et il a été traduit en français par Patrick Berthon. On oublie souvent ces traducteurs de romans policiers et je trouve cela fort injuste. La qualité de l’ambiance des romans de Patricia Wentworth est aussi rendue par le traducteur. Donc très bonne traduction. Chaque mot participe à la fête, aux retrouvailles des deux amies au cœur du village de Melling, mais, aussi, à la série meurtrière qui va s’abattre sur cette bourgade paisible.
Il s’agit là d’une histoire très solide, bien construite qui permet au lecteur d’hésiter bien longtemps sur le nom du coupable. Notre chère Maud est heureuse de retrouver son amie d’enfance Cecilia Voycey. Ce n’est pas tous les jours que l’on peut couper avec la routine et retrouver ceux avec qui on a joué, vécu des jours heureux et que l’on a quelque peu perdu de vue…
Ce qui est original, dans ce polar, c’est que l’auteur nous livre beaucoup d’éléments dans le premier chapitre. Pas en nous livrant le crime brut comme le font certains. Pas en nous donnant à lire une lettre du coupable sans sa signature… Non, elle nous dit que chaque histoire, chaque drame va chercher ses racines au plus profond de notre histoire… En quelques lignes, comme un résumé de feuilleton populaire à trois sous, elle nous indique que deux filles aimaient un garçon, que le garçon est parti conquérir le monde, qu’un jour il est revenu dans son village, après la mort de sa mère…
L’homme revient au village et cela réveille de nombreux souvenirs. Certains sont bien agréables et il se pourrait que des amours renaissent de leurs cendres… d’autres sont plus inquiétants et sombres, les haines résistent au temps sans oublier les jalousies et les envies… Mais, notre jeune homme n’en profitera pas très longtemps car sitôt revenu, sitôt assassiné !
Se faire assassiner alors que Maud Silver est là, en vacances ! Quelle idée, le coupable vient de se mettre en danger, sans le savoir vraiment ! La privée et ses aiguilles à tricoter vont se mettre en chasse… Le travail ne va pas lui manquer, car lorsque le pauvre James meurt le crâne fracassé par un tisonnier, ils sont nombreux ceux qui auraient intérêt, pour une raison ou une autre, à le voir se taire à tout jamais…
Dans les forces de police, on retrouve un certain Randal March, un grand ami de Maud, mais en posture délicate. En effet, il est là, amoureux transis, d’une des suspects…
Un très bon roman, de bons ingrédients, du classicisme éprouvé et une ambiance anglaise douce à souhait… Bien, je vais vous laisser car il est temps d’aller prendre une tasse de thé…

Shelton - Chalon-sur-Saône - 63 ans - 28 mars 2009