Le goût de la Guadeloupe
de Collectif

critiqué par Aria, le 9 juillet 2008
(Paris - - ans)


La note:  étoiles
Belle façon de voyager !
J’ai découvert cette collection de petits recueils, centrés sur un pays, une ville, une île. Quelle belle idée !
Dans ce recueil, les amoureux de la Guadeloupe trouveront de nombreux textes très évocateurs de son histoire, de ses habitants, descendants d’esclaves, de la beauté de ses paysages aussi. Des textes de romanciers et de poètes.
On sort totalement de la carte postale plage/cocotiers si réductrice et l’on découvre des textes d’auteurs peu connus.
Bien sûr, il y a Maryse Condé, Gisèle Pineau, Saint-John Perse. Mais d’autres auteurs que nous connaissons moins bien ou pas du tout en France métropolitaine chantent leur amour pour leurs racines caraïbes.

De G. de Chambertrand :
« Ces îlets antillais bordés de catalpas,
Verts bouquets rassemblés en corbeille marine,
Sur leur rive où vient battre une vague câline
J’ai vécu d’heureux jours qui ne s’effacent pas ».

De Max Jeanne (La chasse au racoon)
« Midi…
L’homme redouble d’efforts pour hisser la dernière masse de mi-journée. Vertige. Soleil dingue. Et la faim là, dans les boyaux. Arbres à pain et manguiers dansent sur la mer. La sueur dégouline dans les yeux. »

D’Henri Corbin (« La lampe captive ») :
« Je t’écris d’un pays où les feuilles s’inclinent
Où le cœur change souvent de seuil.
Ici, rien n’est facile.
Les lèvres n’ont plus la forme des lèvres….
Il est impossible qu’un violon s’élève
Et que d’un perron on puisse aimer la lune.
Ici nul verger n’existe.
Nulle princesse ne goûte le sel du matin… »

Max Rippon évoque Marie la Gracieuse, femme de Marie-Galante :
« Elle maîtrisait chaque geste avec grande habileté. Elle était aussi et surtout gardienne de l’eau de l’ultime bain du défunt. Eau chargée de tous les pouvoirs magiques, enrobée de toutes les craintes et les convoitises dans ces lieux de dawas et de bains-démarrés. Dans ces coins insignifiants où la superstition réglait la vie comme le soleil rythmait les jours et les nuits. »

De Daniel Maximin (« Soufrières ») :
« Et notre peuple est une tortue, la patience de la force et la sagesse du temps, mère de l’île qui fait remonter la terre, hors du fond de l’eau.
Et notre peuple est un fou, le foyer d’un savoir sans origine, feu de défi des sept races dispersées en quête d’une nudité sans masques qui bégaie encore entre la solitude et l’alliance des yeux différents. Immobile comme un arbre, lent comme une tortue, dépossédé comme une mère, inconstant comme un fou. »

J’aime lire un de ces textes de temps en temps, comme on le fait avec tout recueil de poésie. Une belle découverte !


NB. Il existe dans cette collection « Le goût de… » aussi bien Naples qu’Antibes, Tanger, Jérusalem ou le Vietnam.