Illusions perdues de Honoré de Balzac

Illusions perdues de Honoré de Balzac

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Ferragus, le 29 octobre 2001 (Strasbourg, Inscrit le 8 mai 2001, 54 ans)
La note : 9 étoiles
Moyenne des notes : 9 étoiles (basée sur 8 avis)
Cote pondérée : 7 étoiles (1 121ème position).
Visites : 6 207  (depuis Novembre 2007)

Grandeurs et servitudes de la vie parisienne..

L'histoire est simple : un jeune provincial ambitieux monte à Paris, devient le prince des nuits parisiennes et finit déchu, emporté par des forces qui le dépassent. Voilà une histoire maintes fois racontée, pour le moins répétitive.
Lucien de Rubempré, c’est l’archétype du héros balzacien, un modèle indépassable, comme un condensé de La Comédie humaine. Lucien de Rubempré, c'est une météorite qui traverse deux romans (et lesquels !), petits bréviaires à l'usage des jeunes gens pressés, dans une éblouissante féerie d'ombres et de lumières,.
On a fait des "Illusions perdues" l’emblème de "La Comédie humaine", le roman abouti par excellence. Je crois que c’est à juste raison. Car si l'on peut résumer en quelques lignes cet ouvrage monumental, on ne rend aucunement compte du foisonnement, de l'exceptionnelle galerie de portraits qui défile devant les yeux du lecteur. C’est bien là que le génie balzacien est à son zénith, quand tout un monde se met à vivre, à se mouvoir comme animé de ses propres ressorts et que ce monde semble si familier qu’il est nôtre.
On jettera pêle-mêle l’honneur suranné du marquis de Bargeton, l’intransigeante exigence de Daniel d’Arthez, la vitalité époustouflante et mortelle des Lousteau, Nathan, Blondet, le tranchant cinglant de la marquise d'Espard, l'impitoyable avarice du père Séchard, la pusillanime fatuité de Sixte du Châtelet, la faiblesse criminelle de la soeur et de la mère de Lucien, etc.. Mais aussi, ou encore, les journalistes parisiens, le cénacle, le salon de la belle Anaïs, le monde de l’imprimerie, les courtisanes, etc.. Et quelques grands moments de bravoure, d'écriture si brillante qu’elle ramène le commun des mortels à l’état méprisable du ver de terre. Je citerai parce que ça reste à mes yeux l’exercice de style même, le premier article qu’écrit Lucien à Paris, "Panorama dramatique". La virtuose modernité de ce trait de trois pages est comme un coup de poignard dans le cœur car, se dit-on, qu’écrire après ? Quel avenir quand tout a été dit, jeté plutôt sur une feuille, linceul annoncé de toutes les ambitions littéraires, petites et grandes ? Je laisse les critiqueurs mesurer leurs faiblesses à l'aune de ce monument. Je ne finirai pas sans énoncer un paradoxe qui m'est personnel. Bien que reconnaissant l'incontestable prééminence des "Illusions perdues" dans l’oeuvre de Balzac, je reste légèrement en retrait. Ce livre presque parfait n’est pas mon préféré de "La Comédie humaine". Pourquoi ? Et bien les coupables atermoiements de Lucien m’ont toujours profondément dégoûté à point tel que cela a fini par rejaillir sur le plaisir sans limites que j’aurais dû éprouver. Pourquoi alors montrer plus d’inclination pour "Splendeurs et misères des courtisanes", dont l'équilibre est précaire ? Les "Illusions", c'est le roman de Lucien, "Splendeurs" l’apogée de Vautrin, la statue du Commandeur.

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Fini!

8 étoiles

Critique de Flo29 (, Inscrite le 7 octobre 2009, 45 ans) - 20 août 2017

J'ai lu ce roman une première fois au collège, en troisième. Et oui, à l'époque on faisait lire du Balzac aux élèves, en version intégrale s'il vous plaît...
Bref, comme je ne l'avais pas apprécié à l'époque, j'ai décidé qu'il était temps pour moi de le relire... Mais ça a été laborieux, sans doute parce qu'au départ je voulais le lire par petits bouts, je perdais donc le fil d'une séance de lecture à une autre. Malgré tout, ça reste du Balzac, je n'ai pas détesté ma lecture, j'ai juste trouvé difficile de se représenter les machines d'imprimerie, les différents procédés qui servent à faire le papier. La destinée de Lucien m'a intéressée, surtout vers la fin. Mais je suis contente de l'avoir fini et de pouvoir, enfin, passer à autre chose.

Monumental et bouleversant

9 étoiles

Critique de Romur (Viroflay, Inscrit le 9 février 2008, 44 ans) - 23 janvier 2016

Je poursuis mon retour dans les classiques du XIXè avec les Illusions Perdues. Thème classique du jeune homme de province pressé de réussir qui vient tenter sa chance à Paris, peinture de la haute société avec ses impitoyables non dits, la jeunesse étudiante dans les cafés et les chambres de bonne. Tout cela est assez loin du XXIème.
Par contre Balzac parait oh combien d’actualité dans la 2ème partie avec sa description impitoyable du monde journalistique et littéraire, des combines et des cabales où le soutien à tel ou tel écrivain se monnaye, de la différence entre l’idéal de l’éthique du journaliste et le cynique commerce des idées ! La troisième partie avec la chute du héros entraînant avec égoïsme sa famille dénonce les arcanes absurdes du système juridique qui laisse l’innocent désemparé face aux requins qui exploitent toutes les failles du système pour le ruiner.
La langue dans ce roman est un vrai plaisir pour qui veut se donner la peine de rentrer dans le rythme et se laisser porter par Balzac.
Un monument !

Pas un chef-d'œuvre, LE chef-d'œuvre de Balzac

10 étoiles

Critique de Nastasia Buergo (, Inscrite le 20 octobre 2013, 43 ans) - 20 octobre 2013

Une grande inspiration, un œil décidé et c'est parti pour cette critique qui me tient tant à cœur. C'est que j'ai peine à vous dire tout l'amour que j'ai pour Balzac en général et pour les Illusions Perdues en particulier.
Il est tellement malmené au lycée, on lui fait porter un tel chapeau à mon pauvre petit Honoré, on nous donne souvent tellement peu envie de s'aller essayer à la Comédie Humaine que c'en est presque consternant. Ce n'est pourtant pas faute d'avoir varié tant la taille que le type de ses écrits, mais tout tourne autour de 4 ou 5 titres qu'on se refile d'année scolaire en année scolaire, comme un vilain rhume.
Ici, vous êtes au centre de l'édifice énorme, labyrinthique, monumental que constitue la Comédie Humaine, au cœur du donjon, pilier porteur essentiel.
Quand bien même n'aurait-il écrit que cet unique roman que Balzac eût été, sans nul doute, l'un de nos plus grands écrivains de langue française.
L'auteur déploie dans ce livre sa quintessence, celle qui en fait un géant de la littérature française et mondiale. Pas UN Balzac, mais LE Balzac, le MAGIC-BALZAC comme on le rêve : riche, tonique, corrosif, lucide, drôle et tout, vraiment tout, ce qu'on peut attendre d'un roman du XIXème siècle.
Chapeau bas Monsieur Balzac ; on a beau dire, on a beau faire, ils ne sont pas si nombreux ceux qui vous arrivent à la cheville et, s'il fait moins vibrer les trémolos du pathos que ne le fait Victor Hugo, ne nous y trompons pas, cette œuvre est du calibre des Misérables, aussi franche et savoureuse que Le Comte De Monte-Cristo, les deux seuls romans francophones de ce siècle à pouvoir faire moindrement le poids face à ce monstre sublime que nous a légué Honoré de Balzac.
La première partie intitulée Les Deux Poètes nous présente, vous l'imaginez, les deux amis : l'un, David Séchard, fils d'un imprimeur d'Angoulême, économe, la tête sur les épaules, qui a fait des études à Paris et qui a surtout compris qu'il ne pourrait jamais compter sur son père, aussi avare dans son genre que le père Grandet (voir Eugénie Grandet) ce qui n'est pas peu dire. L'autre, Lucien Chardon, fils d'un apothicaire, issu d'une branche noble par sa mère, les " de Rubempré ", possède un talent littéraire indéniable et semble attiré par le grand monde et les lumières de la grande ville comme les papillons sur les lampes à incandescence.
La question étant de savoir s'il se brûlera les ailes auprès de Madame de Bargeton, une célébrité aristocratique locale. Le titre du roman pourrait presque, à l'extrême limite, vous donner un tout petit indice, mais je n'en suis pas bien sûre...
La deuxième partie, Un Grand Homme De Province À Paris, comme son nom l'indique, déplace l'un des personnages principaux, Lucien Chardon (ou de Rubempré selon qu'on considère ou non son ascendance noble du côté maternel), d'Angoulême à Paris.
Lucien quitte tout pour les beaux yeux de Madame de Bargeton, une aristocrate provinciale qui s'est éprise de lui. Très vite, le grand monde va se charger d'exclure ce rejeton illégitime de la noblesse et donc, de faire cesser l'admiration de Mme de Bargeton pour son petit protégé de poète.
En moins de temps qu'il n'en faut pour l'écrire, seul et avec le coût exorbitant de la vie parisienne, Lucien se retrouve dans l'indigence la plus noire, avec pour seul espoir, sa jeunesse et son talent de plume. Il a le bonheur de faire la connaissance de Daniel d'Arthez, jeune écrivain incorruptible, initiateur du Cénacle, cercle d'amoureux des arts, prêts à tout pour aller jusqu'au bout de leur art sans tremper jamais dans aucune compromission, d'aucune sorte.
Lucien sera très vite fasciné par cet droiture morale, cet ascétisme de pensée et de travail, dont les résultats commencent à porter leurs fruits dans son esprit critique et dans son maniement de la plume.
Cependant, Lucien, pauvre comme les pierres, va lorgner abondamment vers les lumières du journalisme et ses succès faciles, richement rétribués. L'ascension de Lucien va être fulgurante, lui permettant au passage de tailler des costards à ses vieilles connaissances angoumoisines qui l'ont si lâchement laissé tomber à son arrivée dans la capitale.
Néanmoins, être talentueux n'est pas sans risque, comme vous le découvrirez à la lecture de cette partie.
Balzac nous offre des pages sublimes et dresse un portrait corrosif et peu flatteur tant du journalisme que du monde de l'édition. Un portrait qui sent éminemment le vécu et qui ne semble pas avoir pris une ride.
Les requins et les fourbes d'aujourd'hui ne sont guère différents de ceux d'hier. C'est en cela que l'universalité et le talent de visionnaire de Balzac était (Baudelaire s'en émerveillait), est et demeurera impressionnant.
Dans la troisième et dernière partie baptisée Les Souffrances De L'Inventeur, après ce long épisode parisien ayant Lucien pour protagoniste principal, Balzac poursuit en synchronique avec la destinée de sa sœur Ève et de David Séchard, restés à Angoulême dans le même temps.
L'auteur y développe, avec un luxe qui sent trop le vécu pour ne pas avoir son origine dans ses propres mésaventures personnelles, la savante machinerie de l'extorsion de l'invention d'un concurrent par le biais des lois, le concours des créanciers et l'entremise des hommes sensés être les garants de l'équité sociale. Ainsi, David Séchard, mis dans de cruels draps par les trois faux billets de mille francs signés à son insu par Lucien, se retrouve entre les griffes voraces des frères Cointet, imprimeurs, usuriers et banquiers d'Angoulême.
Malgré la défense héroïque du secret de fabrication de David par les deux infortunés époux Séchard, le destin s'acharne à leur vider les poches (enfin, le destin, c'est surtout les frères Cointet, Petit-Claud, l'avoué véreux, le fourbe Cérizet, l'avare père Séchard et Lucien involontairement par-dessus le marché).
Lucien, voyant dans quelle déroute il a mis sa sœur et son beau-frère est prêt au sacrifice suprême, mais il rencontre un bien singulier prêtre, qui ressemble comme deux gouttes d'eau à un ancien bagnard qu'on a bien connu dans Le Père Goriot...
Balzac règle ses comptes avec les usuriers, banquiers, notaires, avocats et autres juges. Bref, une fin sublime pour ce roman qui ne l'est pas moins, et de bout en bout, mais tout ceci, vous l'aurez compris, n'est que mon avis, c'est-à-dire, pas grand chose, le mieux, et de loin, que vous ayez à faire, c'est de le lire. Je vous rembourse la différence si vous n'y trouvez pas votre compte et n'êtes pas satisfaits.
P. S. : c'est dans ce roman que Balzac invente un néologisme qui fera long feu, notamment via Jacques Brel, à savoir la " soulographie ".

Un bon roman social, un peu trop sombre et cynique à mon goût

7 étoiles

Critique de Veneziano (Paris, Inscrit le 4 mai 2005, 40 ans) - 12 décembre 2010

Le style et l'emphase dans l'action rendent tout livre de Balzac merveilleux sur le plan littéraire, et celui-là ne fait évidemment pas exception.
Il décrit l'exode provincial pour la réussite parisienne, avec un lot d'amertumes et de déceptions très amer, sombre, voire ironique par moments, me semble-t-il. L'ensemble, fort intéressant sociologiquement, sur l'histoire de la presse et de la bourgeoisie parisienne de l'époque, s'avère un peu trop sombre à mon goût.
J'avoue mes faiblesses : chez Balzac, je suis plutôt Lys dans la Vallée, Duchesse de Langeais, Colonel Chabert ou Peau de chagrin.

Un roman actuel et tellement vrai...

9 étoiles

Critique de Halimovitch (, Inscrit le 14 juillet 2010, 40 ans) - 14 juillet 2010

Plus d'une fois, je m'étais promis de lire "Illusions perdues" et "splendeurs et misère des courtisanes".
De report en report, j'ai fini par trouver le temps et la patience d'attaquer de front ces "pavés" de la littérature française.
Quel ne furent pas mon enthousiasme et mon impatience quand j'apprenais, page après page, les péripéties du jeune Lucien courant après la vie mondaine et voulant à tout prix dominer la vie parisienne !
Pourtant, je dois avouer avoir eu du mal a dépasser les longues descriptions des décors et personnages quand j'attendais en trépignant l'aboutissement des intrigues tissées autour des Séchard et de Lucien.
Ce dernier a tout pour réussir, la beauté et l'intelligence, il fera pourtant tout échouer.
Obstiné à réussir dans la société contre l'avis de ses proches, Lucien traversera de bien mauvais moments, lui faisant regretter d'avoir fait fi de ses principes. Son caractère inconsistant a été superbement décrit par son ami d'Artez, qui lui montrera que seul un travail patient, acharné et continu peut aboutir à des résultats concrets et durables.
Mais Lucien veut tout, tout de suite.
De là, s'enchaîneront les successions de malheurs et de bonheurs qui lui seront fatals.
On peut aimer ou pas, Illusions perdues reste l'un des plus grands chefs d'œuvre de la littérature française.

les illusions sont longues

7 étoiles

Critique de Valeriane (Seraing, Inscrite le 16 novembre 2005, 38 ans) - 17 août 2006

Lucien est poète. Il vit à Angoulème avec sa famille et son ami David Sechard, imprimeur.
Lucien tombe amoureux de Madame de Bargeton. Celle-ci l'invite dans ses soirées mondaines, afin qu'il puisse présenter publiquement ses recueils. Un jour, cette dame lui propose de monter à Paris, où il pourrait se faire connaître et devenir célèbre.
Malheureusement, arrivé dans la Capitale, Madame de Bargeton, la belle pimbêche, lui fait comprendre qu'elle ne veut plus le voir. Etant donné que Lucien ne fait pas partie de la bourgeoisie parisienne, il rencontre vite des difficultés financières et donc il lui est difficile de « bien paraître ». Pour tenter de sortir de ce cercle vicieux, il va devenir journaliste et gagner un peu d'argent avant la sortie de son livre. Finalement, c'est fauché qu'il doit revenir à Angoulême où la situation de sa famille s'est grandement dégradée. A cause de ses dépenses, sa famille et David Séchard ont dû faire face à beaucoup d'ennuis...
Classique de la littérature française, ce roman dépeint les moeurs sociales de l'époque. Ce roman est bien représentatif de l'écriture de Balzac : longues phrases, longues descriptions qui transmettent des connaissances encyclopédiques des thèmes abordés.
Pour les lecteurs peu familiarisés avec ce genre d'écriture, il est peut-être mieux de découvrir cet auteur avec des romans plus courts, pour ne pas être découragés dès le départ. Mais ce roman reste tout de même un incontournable.
(2005)

Quand Oscar Wilde pleure...

10 étoiles

Critique de Bérénice (Paris, Inscrite le 18 mai 2004, 31 ans) - 26 mai 2004

Je détestais Balzac. Au collège j'écrivais des pages entières de dissertation afin d'expliquer à mon professeur de Français, qui prétendait qu'on ne pouvait aimer la littérature sans aimer Honoré, que l'Honoré en question n'était qu'un fat bouffi de préjugés, qui écrivait des bévues et des absurdités avec beaucoup de fougue, et du reste parfaitement dénué de style.
Et puis j'ai lu Illusions Perdues. Ma chance fut que fouillant dans la vieille bibliothèque de mon arrière-grand-père j'ouvris le Tome 2 en le prenant pour le Tome 1, et commençais donc ma lecture par le milieu, au moment où Lucien peut enfin se montrer au monde à l'Opéra, sous les yeux de Mme de Bargeton qui commence à regretter. Je trouvais l'incipit tout à fait original et plaisant, à me voir ainsi directement plongée au coeur de l'intrigue, et je m'installais donc confortablement dans un fauteuil, continuant ma lecture. Ce n'est qu'après quelques pages que je commençais à me demander si Balzac n'y allait pas trop loin dans l'absence de détails, ayant du mal à comprendre qui étaient donc tous ces gens que Lucien semblait si bien connaître. Je regarde la trame : en bas est gravé en chiffres romains le chiffre "II". Je pris donc le Tome I en riant de mon étourderie.
Et heureusement que j'eus cette étourderie, car sans cela je n'aurais sans doute jamais lu Illusions Perdues, et aurais continué à ignorer Balzac : fidèle à sa qualité d'auteur du XIXe siècle Balzac se sent obligé, au début de son roman, de nous écrire des tartines sur le décor, les circonstances extérieures, les personnages environnants, etc. Lucien n'apparaît que très tard, alors qu'on commence à se dire qu'on est tombé sur un traité d'imprimerie.
Tout cela pour dire qu'il faut du courage pour commencer la lecture de ce chef-d'oeuvre, mais qu'on est grandement récompensé par la suite.
La première partie se passe en Provence, tandis que le jeune Lucien Chardon, poète en herbe, rêve et joue de la lyre aux pieds de Madame de Bargeton ; elle commence comme je l'ai dit très lentement, mais comporte de bons moments. La dernière revient à cette même province et s'enlise dans les comptes et les dettes ; c'est la partie centrale, qui se passe à Paris dans le milieu littéraire, qui vaut vraiment le coup d'être lue : tout s'y condense et éclate, les passions, l'argent, le pouvoir, l'amour, la jalousie, la malhonnêteté, tout y est époustouflant, passionnant. Il n'y a pas de meilleur Balzac que cette partie centrale.
Seulement voilà : moi aussi je préfère Splendeur et misères. C'est moins entraînant, c'est moins impressionnant, ou en tout cas moins constamment, c'est plus bancal, des hauts et des bas. Mais il y a Vautrin, le plus poignant, les plus fort des personnages de Balzac (oui oui, le Vautrin du Père Goriot) ; il y a sa bestialité, et il y a son amour pour Lucien ; il y a la belle Esther; et Lucien se fait plus discret, ce qui n'est pas désagréable (son caractère me mettait dans des rages parfois...). C'est très beau, c'est très sombre, j'ai eu des heures de colle à cause de ce bouquin, à force de le lire en classe, calé entre mes genoux, au nez et à la barbe de mes professeurs.
Et pour justifier mon titre, je vous parlerai d'Oscar Wilde qui a dit un jour qu'il ne connaissait rien de plus navrant, de scène plus déchirante que le suicide de Lucien à la fin de Splendeur... il en a pleuré des heures entières !

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