La fin d'une liaison de Graham Greene

La fin d'une liaison de Graham Greene
( The end of the affair)

Catégorie(s) : Littérature => Anglophone

Critiqué par Saule, le 12 mai 2008 (Bruxelles, Inscrit le 13 avril 2001, 54 ans)
La note : 9 étoiles
Moyenne des notes : 8 étoiles (basée sur 3 avis)
Cote pondérée : 5 étoiles (21 830ème position).
Visites : 4 212 

Plus qu'une histoire d'amour

Avec une grande habileté narrative qui lui est propre, Graham Green débute le récit de cette liaison amoureuse par la fin. Au sommet d'une relation amoureuse adultère intense et charnelle, Sarah était partie sans laisser d'explications. Son amant délaissé, le narrateur dans la première partie, souffre de l'absence à tel point que son amour se transforme en haine et en jalousie. Mais après avoir engagé un détective privé, il va petit à petit comprendre le parcours de la femme et c'est une une histoire totalement autre qui émerge.

La liaison amoureuse est dépeinte avec une puissance évocatrice qui n'est pas démunie d'érotisme : les sentiments d'amour, de jalousie sont magnifiés par le style puissant de Greene. Il sait rendre une histoire d'amour finalement banale complètement passionnante. Le thème de la religion occupe dans ce roman, comme souvent chez Greene, une place importante : dans cette liaison va s'inviter Dieu, comme un "parent inconnu qui reviendrait des antipodes", et l'histoire d'amour devient aussi celle d'un lent cheminement vers la foi qui n'exclut pas le doute et la lutte contre Dieu. Car comme toujours chez Greene la grâce ne tombe pas du ciel, il y a des lourds combats et des dégâts collatéraux, dans ses romans les Saints sont faibles et vacillants.

Une histoire passionnante, une réflexion sur la foi prenante, un de mes Greene préféré. J'en redemande.

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Romance et tragédie

9 étoiles

Critique de Saint Jean-Baptiste (Ottignies, Inscrit le 23 juillet 2003, 84 ans) - 23 janvier 2017

C’est l’histoire d’un triangle classique : le mari complaisant, la mariée qui est trop belle et l’amant parfait. Et c’est le grand amour avec tout ce qu’il faut : de l’érotisme, un peu ; de la jalousie, un peu ; des disputes, juste ce qu’il faut pour préparer les grands moments de réconciliation...

Mais nous sommes chez Graham Greene et Graham Greene n’aime pas l’eau de rose ; la romance vire très vite au tragique. Les personnages prennent de l’épaisseur, ils vivent, ils souffrent, ils se déchirent puis se retrouvent meurtris, dévastés par la vie.

On appelle Dieu à la rescousse. Un dieu qui n’existe pas. Oui, on est bien chez Graham Greene : on n’arrive pas à se passer de Dieu ! Même si on jure par tous ses saints qu’on n’en veut pas, qu’il n’existe pas. S’il devait exister, ce serait seulement pour qu’on le haïsse...

Ce n’est pas un « grand » roman. L’auteur en a écrit d’autres plus mémorables. Mais le style, la construction du récit, l’épaisseur des personnages et l’intrigue en font un roman d’une qualité exceptionnelle.

William Faulkner l’a aimé

5 étoiles

Critique de Tistou (, Inscrit le 10 mai 2004, 63 ans) - 15 octobre 2012

Graham Greene avait des doutes sur l’intérêt de ce roman et il aurait hésité longtemps avant de le donner à la publication en 1951. William Faulkner, entre autres, l’encensa. Graham Greene détestait, c’est un fait avéré, qu’on emploie l’expression « roman catholique » à l’égard de certains de ses romans. Pourtant, s’il en est un qui mérite ce terme, c’est bien « La fin d’une liaison ».
Autant « La puissance et la gloire » déborde largement ce cadre étroit de « roman catholique » (cf critique de « La puissance et la gloire »), autant celui-ci est autocentré sur la foi, la foi catholique : sa survenance, ce qui l’accompagne, ce qu’elle signifie … Quelque part, je le qualifierais de naïf et je comprends fort bien pourquoi Graham Greene hésitait à le publier.
Maurice Bendrix est un écrivain, vivant à Londres, pas encore totalement reconnu, et il a une liaison, un véritable amour avec Sarah Miles, la femme d’Henry Miles, un fonctionnaire de moyenne importance. Les liaisons ont, semble-t-il, une fin (cf le titre !) et celle-ci a eu la sienne : une fin pas acceptée ni digérée par Bendrix, qui en conserve tant de ressentiment que l’amour s’est transformé en haine. Par un concours de circonstances peu ordinaire (il y en a à foison dans ce roman), il va deux années après cette fin recueillir des confidences d’Henry, le mari, qui apparemment ne s’était douté de rien, et retrouver momentanément Sarah. Une Sarah qui a beaucoup changé. A force d’observations et de surveillances, Bendrix finira par comprendre que ce n’est pas un nouvel amant qui a pris sa place mais une conversion progressive à la foi catholique dans laquelle il joue précisément, à son insu, un grand rôle.
D’autres faits annexes tout aussi peu crédibles vont survenir pour contribuer à éclaircir le tableau. Sarah mourra en état de sainteté (les histoires d’amour finissent toujours mal) et Graham Greene finit par suggérer le survenue de ce qui pourrait passer pour des miracles.
L’ensemble me semble trop naïf et d’un didactisme certain. Clairement pas ce qu’il a écrit de mieux à mon goût.

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