Mémoires d'outre-tombe
de François-René de Chateaubriand

critiqué par Bookivore, le 20 avril 2008
(MENUCOURT - 37 ans)


La note:  étoiles
Mémoires d'une vie
L'oeuvre est imposante : 4 tomes oscillant entre 700 et 800 pages. En tout, à peu près 2600 pages pour ce livre, qui figure aisément parmi les oeuvres d'art (car la littérature est un art) les plus éblouissantes, riches, passionnantes et fabuleuses de l'histoire.
François-René de Châteaubriand (que Jean d'Ormesson a trèèèèès bien connûûûûû, n'est-ce pas !!)^est à la littérature ce que Kubrick est au cinéma, ou les Beatles à la pop music : une référence. Cette oeuvre aborde une très très grande partie de la vie de l'auteur, de son enfance (passée en partie au château de Combourg - visuel de la couverture du tome 1 - en Bretagne (non loin du Mont St Michel), château réputé hanté, Châteaubriand le dit lui-même dans la partie concernant ses passages à Combourg) à sa vie d'adulte, entre carrière d'écrivain et opinions politiques (il a été nommé pair de France en 1815, ministre des Affaires Etrangères entre 1822 et 1824). Sans oublier l'adolescence et la vie de jeune adulte (voyages, rencontres, amours, épreuves...) de l'auteur.
Les "Mémoires D'Outre-Tombe" devaient à l'origine s'appeler du nom que j'ai donné à ma critique. C'est au cours de l'écriture de ses mémoires (qui lui ont pris une grand partie de sa vie, plus de 20 ans) que Châteaubriand a eu l'idée de les faire paraître après sa mort. Ainsi le lecteur aurait l'impression de lire les confessions et mémoires d'un mort, directement issues de la tombe.
Ce livre n'est pas seulement le récit de la vie d'un homme hors du commun, c'est également un fabuleux livre d'histoire. On le sait, la période durant laquelle Châteaubriand a vécu a été riche en évènements, en bouleversements. A la manière d'une "Histoire de France" selon Michelet (mais encore plus lyrique et emphasé), les "Mémoires D'Outre-Tombe" abordent Napoléon, l'Empire, la Restauration de la monarchie, la révolution de 1830, les évènements de 1848...
Vous l'aurez compris, une oeuvre riche, foisonnante, hors du commun.
On ne lit pas les "Mémoires D'Outre-Tombe" comme on lit un roman d'Amélie Nothomb (unique raison pour laquelle je cite Nothomb : la très courte épaisseur de ses romans, qui atteignent rarement 250 pages en poche). Cette oeuvre n'est pas un page-turner. Avec 2600 pages (sans compter les quelques 400 pages cumulées d'appendices présents au bout de chaque tome, portant le tout à 3000 pages), ce livre ne doit être lu que si on a vraiment l'envie forte et irrépressible de le lire en intégralité, et non pas d'en lire une partie et de le mettre de côté pour le poursuivre au fil du temps.
C'est un livre que je conseille à tous ceux (et celles) qui aiment réellement la lecture. Si votre idéal de lecture est Dan Brown, mieux vaut éviter, pour le moment, sous peine de se sentir écrasé(e) sous le nombre de pages. Observés dans un rayonnage de bibliothèque ou de librairie, les 4 épais tomes des "Mémoires D'Outre-Tombe" peuvent sembler un obstacle impressionnant : 13 centimètres, de la première tranche à la dernière.
Mais le jeu en vaut la chandelle ; il faut à tout prix lire ce chef d'oeuvre.
Exceptionnel 9 étoiles

Et voilà, je viens de tourner la dernière page des Mémoires d’outre-tombe. 7 mois entiers à le lire, petit bout après petit bout, page après page, chapitre après chapitre, chaque jour ou presque. En édition La Pléiade. 2 tomes. Les 2000 pages papier bible des mémoires proprement dit + les appendices, les notes, les fragments, les commentaires. Un long travail de lecture. Ce qui est très peu comparé aux 30 ans et plus consacrés à les écrire pour l’auteur. Et aux quelques années dévolues pour les concepteurs de cet ouvrage pour la mise en forme d’après les différents manuscrits et fragments de l’œuvre, et la rédaction des notes, commentaires, etc. Une œuvre monumentale, par la quantité de travail que cela a réclamé, et par sa qualité littéraire. Un coup de chapeau à l’auteur, aux rédacteurs et au lecteur pour leurs efforts méritants. Mais surtout à M. de Chateaubriand. C’est en effet exceptionnel ce qu’il est parvenu à produire avec ses Mémoires. Il me semble que jamais personne n’a écrit comme lui. C’est une œuvre et un style tout à fait uniques. Charles de Gaulle a dit, parait-il, que « c’est prodigieux », en empoignant ces mémoires. Ça l’est bien, en effet.

Chateaubriand a disposé d’un tel talent d’écriture qu’on en est confondus. La prose qu’il déploie sur chacune de ces 2 mille pages force l’admiration. Et la prose n’est pas tout. C’est un témoignage historique que nous avons là, du vécu de première main, la sienne, celle de sa vie. L’auteur a été successivement voyageur, militaire, écrivain, politique. La matière qu’il en a retiré et qu’il nous expose dans ses mémoires est donc très riche. Ajoutez à cela une culture littéraire immense, qu’il restitue partout, parsemant ses pages de citations ou de vers ou d’extraits d’à peu près tous les auteurs classiques, de l’antiquité à ses jours, qu’il semble avoir tous lus. C’est très impressionnant
.
Malgré tout, tout n’a pas été d’un égal intérêt à mes yeux d’humble lecteur. Il y a des passages qui m’ont ennuyé. Comme il le dit lui-même, il n’est pas facile de retenir l’intérêt du lecteur sur d’aussi longues pages qui couvrent tous les épisodes de sa vie. Ou presque, car il n’a pas tout raconté, notamment sur sa vie amoureuse où il a fait l’impasse totale sur nombre d’aventures. Et il est conscient que tout ce qu’il rapporte n’a d’intérêt que sur un moment donné et ne vaut plus rien une fois que les conditions qui lui donnaient de l’importance n’existent plus ou sont modifiés. Toutefois, le lecteur en reste seul juge et à chaque lecteur ses préférences. Les miennes, ça a été par ex le récit de son enfance, celui sur Napoléon (à lui seul au moins ¼ de l’œuvre !), ses correspondances, ses ambassades, Mme Récamier, les moments clés (Cent-jours, Restauration, révolution de Juillet 1830), Mme de Staël, Mme la duchesse de Berry, sa vieillesse, etc etc. Une liste non exhaustive de ce que j’ai aimé. J’ai aimé aussi sa prose, toujours très imagée, atteignant souvent à la magnificence.

J’ai passé 7 mois avec lui, jour après jour. Puis il a fallu le quitter. On s’était habitué à vivre sa propre vie accompagné de la sienne. Chateaubriand a été une grande personnalité de son temps douée d’une plume exceptionnelle et il est mérite qu’on le lise, même s’il m’apparaît patent qu’il n’a pas été un homme très gai et très plaisant, doté d’un grand courage, c’est indéniable, mais se montre également plaintif, sombre, rigide, orgueilleux même et n’hésitant pas à se voir plus important peut-être qu’il n’a été, au moins dans sa carrière politique. Ce n’est d’ailleurs pas pour cette dernière carrière qu’on aura retenu son nom, mais bien par sa carrière littéraire, dont les Mémoires d’outre-tombe constituent le sommet (et de loin, peut-être bien, par rapport à ses autres œuvres, que je n’ai pas lu).

Je ne lui mets que 4,5 étoiles, pour mon ressenti personnel, car sinon, cela vaut bien 5 étoiles pour l'œuvre en elle-même.

Cédelor - Paris - 47 ans - 15 janvier 2018


Le témoignage-fleuve de la France post-révolutionnaire 8 étoiles

Je suis certes rétif au personnage et à son conservatisme affiché, via son attachement chevronné à la monarchie, pour des considérations historiques pour le moins "désuètes".
Néanmoins, son témoignage s'avère fort utile et d'ampleur, dans tous les sens à donner à l'expression, sur la France post-révolutionnaire, l'émigration aristocratique, l'Empire, les deux Restaurations, les Cent jours, les débuts de la monarchie de Juillet, avec en sus son expérience de l'Amérique du nord et ses missions diplomatiques en Italie, son admiration pour Madame Récamier, son estime pour Benjamin Constant. Cet ouvrage-fleuve est bien écrit, sa réputation est justifiée, mais son point de vue reste inévitablement orienté, ce qu'il assume parfaitement, dans les plus grandes sincérité et transparence.

Veneziano - Paris - 41 ans - 26 août 2017


"Entre deux siècles, comme au confluent de deux fleuves" (Livres I à XII) 10 étoiles

C’est souvent l’appréhension qui fait basculer la préhension en renoncement. Le Général de Gaulle les a saisies à pleines paluches, lui, ces mémoires, et tout agrippé qu’il était, a déclaré résolument , en 1947 : « Tout m’est égal, je suis plongé dans les « Mémoires d’outre-tombe » (…). C’est une oeuvre prodigieuse. »

Alors oui, se plonger dans ces mémoires là, ne fût-ce que dans le premier tome, c’est accepter d’y passer un laps de temps conséquent.

Oui la lecture peut être par moments un peu fastidieuse, du fait des innombrables notes (pratiquement en bas de chaque page, quand ça ne mange pas une bonne moitié de page..) sur lesquelles on ne peut pas toujours faire l’impasse, quoique l’on passe finalement assez souvent dessus quand même sans que ça n’entrave la compréhension du texte (et tant pis si on passe outre l’historique d’un vague cousin).

Oui la structure narrative est parfois ambiguë, avec des va-et-vient entre le temps de la narration et le temps raconté.

Oui la structure même du livre est complexe, puisqu’on découvre dans un premier temps l’ébauche d’une première version (« Histoire de ma vie », vite avortée puisque Chateaubriand, par soucis d’argent, a été contraint d’étoffer sa petite histoire personnelle en la diluant dans la grande), et que dans la version définitive, qui débute juste après, on retrouve certains passages déjà lus.

Doit-on pour autant reposer cette main qui s’était peut-être tendue un jour ?

Non. Non parce que c’est un témoignage immensément riche sur une époque, sur cette transition « entre deux siècles, comme au confluent de deux fleuves » qui est dressé ici, à coups d’anecdotes (la présentation à la Cour et à Louis XVI est cocasse) et de grands faits marquants (la Terreur).
Un monde s’effondre (« je suis comme le dernier témoin des mœurs féodales »), un autre naît, péniblement, Chateaubriand s’exile à Londres, revient, repart, cahin caha dans le tumulte des grands bouleversements, et on tangue avec lui, tant cette instabilité est palpable.

Non parce que le tempérament de Chateaubriand, souvent décrié, est terriblement attachant.
Sombre, complexé, avec la désillusion comme alter ego, il n’en est pas moins volontaire et déterminé.
Il est mélancolique sans être pleurnichard.
Son enfance dans le château de Combourg ne peut qu’engendrer l’empathie de la part du lecteur tant elle est sombre et solitaire.
Rêveur, il s’est inventé une femme idéale, la Sylphide, dans laquelle s’incarneraient toutes les autres.
Le temps qui passe le terrorise : « Je n’avais vécu que quelques heures, et la pesanteur du temps était déjà marqué sur mon front. »

Non, enfin et surtout, pour la richesse de la langue, pour cette prose poétique qui donne au livre une vraie musicalité et une envie irrépressible de relire encore et toujours certains passages.
Les aphorismes foisonnent , les archaïsmes aussi : on « balle », on se fait « gourmander », quand les mots ne sont pas carrément inventés (« déshabité » par exemple).

Ce premier tome couvre les années 1774/1799, soit la jeunesse, la carrière de soldat et de voyageur de Chateaubriand.
J’ai décidé, après avoir hésité, de fractionner mes lectures, mais suivront un tome sur la carrière littéraire et amoureuse de Chateaubriand, un autre sur sa carrière militaire, enfin un dernier sur la fin de sa vie.
En attendant la suite..

« Mon succès fut si complet que les vents de la nuit, dans ma tour déshabitée, ne servaient que de jouets à mes caprices et d’ailes à mes songes. »


PS - Message de la Modération
Ce commentaire a été regroupé avec la fiche concernant l'ensemble des Mémoires. La précision sur les livres concernés est apportée en fin de commentaire; il en ira de même avec les livres suivants pour plus de cohésion autour d'une même oeuvre. Merci.

Sissi - Besançon - 48 ans - 22 janvier 2011


"Expliquer mon inexplicable cœur" 9 étoiles

Je suis finalement arrivé au bout des Mémoires d’outre-tombe. Cela aura été un plaisir quasi-permanent malgré l’importance de l’œuvre et sa densité. Des milliers de pages réparties en 42 livres, eux-mêmes concentrés en 4 tomes.
Écrire ses mémoires est un exercice périlleux. Il faut intéresser le lecteur (même lorsque l’on parle de choses a priori futiles), il faut garder un certain rythme et il faut avant tout des choses à raconter. Fort heureusement Chateaubriand avait la matière brute et en quantité ! J’entends par là que sa vie a été formidablement remplie et qu’à défaut de l’avoir complètement satisfait lui-même, le lecteur y trouvera, lui, de réels plaisirs. Des voyages (Amérique du Nord, Angleterre, Allemagne, Égypte, Jérusalem, Rome, Prague…), des rencontres (notamment Louis XVI, Napoléon, Charles X ou encore Washington), des carrières différentes (littéraire, militaire et politique)… Ce découpage par carrière régit d’ailleurs la structure de ces Mémoires. Chaque tome correspond plus ou moins à une de ces carrières. Voilà pour le fond.

En ce qui concerne la forme là encore on trouve beaucoup de variété. De la poésie, des anecdotes, des démonstrations, des correspondances… Le fleuve de sa vie nous entraîne et chaque rivage entr'aperçu charme les sens. Par le biais d’un langage tantôt poétique donc, tantôt mixte (archaïsmes et néologismes) l’auteur ne cesse de ravir l’amoureux des belles lettres
Sa poésie atteint un niveau d’enchantement élevé et diffus tout au long des tomes ; en effet rares sont les descriptions un peu « pompeuses ».
Mais ce qui m’a le plus surpris (et ce de manière agréable) ce sont les argumentations, les pensées couchées sur le papier de l’auteur. On a dit de Chateaubriand qu’il était royaliste, certes, mais c’était oublier qu’il était favorable à une monarchie constitutionnelle, favorable à la liberté de la presse, à la fin de l’esclavage (bien que ce point ne soit que rapidement abordé vers la fin), à la charité. A travers cet exercice périlleux des Mémoires (je le répète), où il faut être vrai et ne pas déformer sa vie et ses idées, Chateaubriand parait authentique dans ses récits, et expose clairement chacune de ses idées. On peut ou non être convaincu mais l’on ne peut qu’admirer le sens de l’argumentation et de la construction de cet homme pas aussi décalé avec son temps que l’on voudrait le croire.
L’on se prend plusieurs fois dans le déroulement de sa vie à se demander ce qu’il penserait de notre situation politique, sociale et religieuse d’aujourd’hui. Un jeu amusant mais stérile au vu des (presque) deux siècles qui nous séparent de lui. Il faut dire que lorsqu’il se livre à quelques « prédictions » quant à l’évolution de la société, le vieil homme fait souvent mouche ! D’abord sur le plan social et religieux : « …on doit s’attendre à voir se multiplier […] des espèces de solitaires qui renonceront à tout devoir divin et humain et se plongeront dans une misanthropie orgueilleuse qui les conduira à la folie ou à la mort ». Mais aussi politiquement lorsqu’il comprend bien que la démocratie se substitue au système monarchique, que la révolution industrielle va servir la circulation des idées et des personnes tendant à l’uniformisation partielle du monde. De la même façon ressent-il le déclin du christianisme, précipité tant par les changements de conscience que par les schismes (importance du protestantisme) et les naissances de diverses « sectes » ou courants de pensée minoritaires mais de plus en plus nombreux.

Alors au final vous me direz que retient-il de sa vie! Bizarrement (et ce sera l’un de mes rares reproches) l’auteur ne résume pas sa vie à la fin des Mémoires (où il parle plutôt des autres, de la société et de son évolution) mais au début ! Il commence notamment dans le livre premier à notifier son sentiment vis-à-vis de son existence : « J’écris principalement pour rendre compte de moi à moi-même. Je n’ai jamais été heureux. Je n’ai jamais atteint le bonheur que j’ai poursuivi avec la persévérance qui tient à l’ardeur naturelle de mon âme. Personne ne sait quel était le bonheur que je cherchais, personne n’a connu entièrement le fond de mon cœur. Aujourd’hui que je regrette encore mes chimères sans les poursuivre, que parvenu au sommet de la vie je descends vers la tombe, je veux avant de mourir, remonter vers mes belles années, expliquer mon inexplicable cœur… ».

Pour conclure sur la qualité du travail de Chateaubriand, je dirai que ces Mémoires m’ont d’abord appris beaucoup de choses sur l’Histoire de France à cette époque (instruction complétée par deux téléfilms très réussis sur la Révolution et par la consultation d’une encyclopédie), qu’elles m’ont procuré, comme tout chef d’œuvre, une émotion particulière et intense, et que ce mélange de poésie, d’histoire, de pensées et de littérature vaut que l’on y consacre le temps qui est nécessaire pour le lire. Une période relativement longue, mais enrichissante et passionnante.
Quant à la note attribuée, car il en faut une, j’ai bien entendu hésité à mettre 5 étoiles. Les raisons de ce demi-point en moins sont les rares moments poussifs et difficiles à surmonter pour le lecteur que je suis (dans le tome 2 notamment) et la fin, brillante néanmoins, de ces Mémoires où j’aurai aimé trouver une introspection, des explications de ce mal-être trop rarement abordé.
Mais comme le dit l’auteur dans son œuvre, il n’était pas ici question de pénétrer dans son intimité ou dans celle des êtres chers à son âme. Objectif réussi avec ces Mémoires emplies d’une pudeur franchement bienvenue de nos jours.

Ngc111 - - 33 ans - 25 novembre 2009


pauvre Chateaubriand!! 8 étoiles

vous aviez du mettre des commentaires quand même sur ce roman! lol..c'est un bon roman,un peu difficile à comprendre mais grâce au profs de français de CPGE lors du thème "Penser l'histoire" on a pu approcher les intentions de l'auteur,afin de comprendre l'atmosphère de la France à cette époque (je suis marocain :) ).

Zouhair - - 29 ans - 29 juillet 2009