Le dixième homme de Graham Greene

Le dixième homme de Graham Greene
(The Tenth Man)

Catégorie(s) : Littérature => Anglophone

Critiqué par Saule, le 19 avril 2008 (Bruxelles, Inscrit le 13 avril 2001, 54 ans)
La note : 9 étoiles
Moyenne des notes : 8 étoiles (basée sur 3 avis)
Cote pondérée : 6 étoiles (12 936ème position).
Visites : 4 047 

Un modèle du genre

Le dixième homme c'est ce qu'on fait de mieux dans le genre ! Il s'agissait au départ d'un scénario de film, écrit par Graham Greene avant qu'il ne devienne célèbre. Mais le film ne fut pas tourné, le manuscrit s'était perdu, et finalement il a refait surface un peu par hasard.

L'histoire est passionnante ; des prisonniers français doivent tirer au sort ceux qui seront fusillés le lendemain par les allemands en représailles d'actes de sabotage. Un des prisonniers malchanceux fait un marché avec un autre : il lui lègue sa fortune en échange de la vie. Sur base de cette idée Graham Greene réussit un récit à couper le souffle ! Les personnages sont "Greenien" à cent pour cent, des situations qui font des héros ou des lâches. Grandeur et petitesse.

Ce court roman est un classique des classiques, un peu comme "Inconnu à cette adresse" de Kressman Taylor, mais chose bizarre il est moins connu. C'est à lire absolument.

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Un récit émouvant qui se lit agréablement

8 étoiles

Critique de Catinus (Liège, Inscrit le 28 février 2003, 68 ans) - 26 mars 2019

Ils sont trente prisonniers enfermés dans un baraquement. Il se fait que des résistants ont tué plusieurs soldats allemands. Les prisonniers doivent tirer eux-mêmes au sort trois d’entre eux qui seront fusillés. Parmi ces trois malchanceux se trouve l’avocat Chavel. Ce dernier propose de donner sa fortune à un de ses compagnons d’infortune pour autant que ce dernier accepte de prendre sa place au peloton d’exécution. Michel relève le défi comptant assurer ainsi un meilleur avenir à sa mère et sa sœur.
Libéré quelque temps plus tard, Chavel, déguisé en clochard, se rend dans le village où se situe son ancienne maison perdue lors du funeste accord, habitée désormais par la famille de Michel. Il ne sera pas le seul …
Un récit émouvant qui se lit agréablement.

Extrait :
- A partir d’un certain âge, on ne se fait plus de souci pour l’avenir : le seul fait d’être vivant constitue déjà une réussite.

du Loti ou du Conrad …

8 étoiles

Critique de Tistou (, Inscrit le 10 mai 2004, 63 ans) - 7 octobre 2012

« Le dixième homme » fut à l’origine écrit vers 1948, à l’époque du « Troisième homme », dans le cadre d’un contrat avec la MGM, en vue d’un film donc. Oublié pendant 35 ans, il fut exhumé en 1983 par la MGM et proposé à un éditeur. Graham Greene le retrouve à cette époque alors qu’il l’avait complètement oublié et il dira même le préférer au « Troisième homme » sur bien des plans …
C’est la guerre, dont sort tout juste le monde, qui inspire à Graham Greene cette histoire. Ca commence en un huis-clos terrible en France – une France étrangement désincarnée, comme si Graham Greene avait eu du mal à planter le décor – au cœur de la guerre. Les Allemands ont pris des otages qu’ils maintiennent détenus et quand l’un des leurs est tué, ils décident de tuer un otage pour dix hommes détenus. Ils sont trente dans la prison, il y aura trois exécutés. C’est aux otages de se débrouiller pour désigner les trois victimes et ils vont tirer au sort, situation éminemment dramatique remarquablement traitée par Graham Greene dans un style très moderne.
Mais l’essentiel n’est pas là pour lui. Ca, c’est une histoire et ce n’est pas l’histoire qui l’intéresse. Ce sont les hommes qui la font et qui font basculer le sort. Et particulièrement Chavel, un des otages tirés au sort. Un avocat, plutôt à l’écart du reste du groupe, qui va craquer et proposer sa fortune à qui prendra sa place.

« Jean-Louis Chavel ne comprit jamais pourquoi le maire le haïssait. Pourtant, il ne pouvait s’y méprendre : il avait trop souvent surpris cette expression, au tribunal, sur le visage des témoins ou des accusés. Prisonnier à son tour, il ne parvenait pas à s’adapter à sa nouvelle situation. Ses efforts pour se rapprocher de ses compagnons échouaient toujours, …/…
Les autres se montraient aimables à son égard : ils répondaient lorsqu’il leur adressait la parole, mais ne poussaient jamais la conversation au-delà du simple échange de civilités. A la longue, cela lui parut effarant de s’entendre ainsi souhaiter le bonjour jusqu’en prison. « Bonjour », lui disaient-ils, et puis « Bonsoir », comme s’ils le saluaient dans la rue tandis qu’il se rendait au tribunal. Or ils étaient bouclés ensemble dans un hangar bétonné de douze mètres de long sur cinq de large. »

Il n’en faut pas plus pour initier une malédiction. Et une malédiction ne peut bien finir. La suite est ce qui intéresse vraiment Graham Greene ; les accidents de la vie et les débats de conscience qui s’ensuivent. Et de débat, on n’en manque évidemment pas. On oublie souvent que Graham Greene est doté d’une solide imagination et qu’il est impossible de s’ennuyer dans une quelconque de ses histoires.
Chavel, finalement libéré, n’aura de cesse d’aller voir ce que sont devenus ses biens et particulièrement la maison de famille, dorénavant occupée par la mère et la sœur de Janvier, celui qui s’est sacrifié en se portant volontaire à sa place. Les rôles sont inversés. Il est devenu le misérable, les autres ne sont pas devenus riches, au sens statut social, pour autant et, trouvaille géniale, un faux Chavel va se présenter …
Beaucoup pensé à la lecture du « dixième homme », au moins après la première partie huis-clos de la prison au Loti de « Pêcheur d’Islande » ou au Conrad de « Pour demain ».

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