La Rabouilleuse de Honoré de Balzac

La Rabouilleuse de Honoré de Balzac

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Ferragus, le 17 octobre 2001 (Strasbourg, Inscrit le 8 mai 2001, 54 ans)
La note : 9 étoiles
Moyenne des notes : 10 étoiles (basée sur 4 avis)
Cote pondérée : 7 étoiles (1 387ème position).
Discussion(s) : 1 (Voir »)
Visites : 5 623  (depuis Novembre 2007)

Du vice et de la bonté...

La Rabouilleuse, voilà un titre qui sent son roman de gare à plein nez. Pour un peu, on y verrait du Guy des Cars en pleine forme. Et pourtant… C'est un des romans les moins connus de Balzac mais paradoxalement un de ses plus denses.
On peut penser que l'absence de notoriété est due à ce titre peu accrocheur mais également au caractère provincial de l’histoire. plus clairement les critiques qui font et défont les réputations littéraires auront préféré le clinquant futile de la vie des belles parisiennes (« Le père Goriot », « Illusions perdues ») à l'âpreté des intrigues provinciales.
Fils d’un administrateur loyal, intègre et dévoué de l’Empire, Philippe Bridau est un officier brillant des armées napoléoniennes (chef d'escadron et officier de la légion d'honneur à 20 ans). Il a tout perdu avec la chute de l'Empire et promène son ressentiment dans les bas-fonds de Paris. Homme courageux, Bridau est surtout un être cynique, brutal et sans morale qui ne voit pas pourquoi il ferait des efforts alors que gloire et richesses lui tendent les bras. Après la participation inopportune à une tentative hasardeuse de coup d'Etat, Philippe est assigné en résidence surveillée à Issoudun. Il y retrouve un oncle, dégénéré richissime qui ne survit qu'avec l’assistance d'une jeune et belle femme, son âme damnée, la Rabouilleuse (au lecteur d'y découvrir le pourquoi d'un tel surnom). La richesse de Rouget, l’oncle, est trop importante pour ne pas susciter les convoitises. Dans un ballet tragique, deux hommes, Bridau et Gilet, vont s'affronter pour la conquête de la fortune et, accessoirement de la Rabouilleuse.
La Rabouilleuse est un remarquable roman qui vaut aussi bien par ses caractères que par la description intime et détaillée d'une petite ville de province étouffante. On ne peut manquer, sur ce trait, de penser à « La muse du département » ou à « Ursule Mirouët ». Le lecteur attentif appréciera la description de l'indigente misère affective de la petite bourgeoisie locale chez qui l’accumulation obsessionnelle et dévoyée des biens finit par devenir la seule raison d'être.
Mais surtout, et c'est ce que l’on préfère chez Balzac, la galerie de portraits est ici exceptionnelle car plusieurs personnages emblématiques se croisent. La famille Bridau tout d'abord : Agathe, la mère, est une femme aveuglée par son amour maternel (thème récurrent chez Balzac, de la bonté dévoyée plus destructrice, par sa faiblesse, que bien des vices) ; le frère, Joseph, peintre naissant, que l'on retrouvera souvent dans d’autres romans, est l'antithèse de Philippe. Maxence Gilet, alter ego de Philippe, tout aussi courageux et amoral, est également une belle figure qui détaille encore plus et « a contrario » l'âme de Philippe Bridau. La Rabouilleuse est un roman âpre, noir et amer qui broie l'estomac de ses lecteurs. L’ascension énergique, brutale et cynique de Philippe Bridau est insupportable, d’autant plus insupportable qu'elle est involontairement soutenue par la bêtise et l'incurie de ses proches qui ne partagent en rien sa bassesse.
Ainsi est Balzac, extraordinaire descripteur d’une nature humaine tour à tour grandiose et désespérante.

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Les éditions

  • La Rabouilleuse [Texte imprimé] Honoré de Balzac texte présenté, établi et annoté par René Guisde
    de Balzac, Honoré de Guise, René (Editeur scientifique)
    Gallimard / Collection Folio.
    ISBN : 9782070361632 ; EUR 7,30 ; 26/08/1972 ; 442 p. ; Poche
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Réconciliation personnelle

9 étoiles

Critique de Nathafi (SAINT-SOUPLET, Inscrite le 20 avril 2011, 50 ans) - 9 janvier 2014

Ce livre m'aura certainement rendu l'envie de lire d'autres oeuvres d'Honoré de Balzac. J'avais relu "Eugénie Grandet" il y a quelques temps et lui avais trouvé beaucoup de charme. Là je dois dire que j'ai mal fait d'abandonner pendant toutes ces années cet auteur. L'âge intervient certainement dans la façon d'apprécier une lecture...

Quel verbe ! Quelle vision des choses ! Quel regard sur les êtres !

En fait "La Rabouilleuse" n'est pas vraiment le personnage central de ce livre, autour d'elle gravitent nombre de figures qui ne manquent pas de caractère et dont les vies tourmentées nous entraînent dans cette saga familiale aux nombreux rebondissements ! Pas de problème de longues descriptions qui sont à craindre, parfois, avec Balzac ! Tout passe très facilement, et l'intérêt du lecteur est constamment maintenu.

Une jolie découverte que ce roman, lu grâce à JulesRomans qui l'a évoqué dans un fil traitant du Berry, puisqu'une partie de ce livre se passe à Issoudun.

Chef d'œuvre !

10 étoiles

Critique de Thomasdesmond (, Inscrit le 26 juillet 2004, 36 ans) - 27 avril 2011

Pour moi un des cinq grands romans de Balzac, et surtout un des plus noirs, désespérés, avec La Cousine Bette et Le Cousin Pons. Il condense parfaitement les obsessions principales de Balzac : l'inspiration artistique pure comme ennemi jurée de la passion de l'argent couplée à l'inhumanité des humains. Final cauchemardesque et affreux, comme dans ses autres grandes œuvres (Illusions perdues, Goriot, Cousine Bette...).

Rabouilleuse bis

10 étoiles

Critique de Julie D (Paris, Inscrite le 15 juin 2005, 56 ans) - 16 juin 2005

C'est effectivement le plus époustouflant des suspenses de Balzac; le top du feuilleton à rebondissements, avec les ressorts les plus simples et les mieux servis : la mère aveugle sur la cruauté du fils préféré, le gentil qui ne prend pas ombrage de cette préférence, la rapacité de toute une bande de terrifiants parasites... Tout Balzac, et on en prendrait bien encore un petit millier de pages.

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  5 étoiles, pas 0,5 4 Julie D 2 juillet 2005 @ 10:33

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