La muette de Chahdortt Djavann

La muette de Chahdortt Djavann

Catégorie(s) : Littérature => Francophone , Littérature => Moyen Orient

Critiqué par Amanda m, le 15 mars 2008 (Inscrite le 10 janvier 2008, 51 ans)
La note : 4 étoiles
Moyenne des notes : 8 étoiles (basée sur 9 avis)
Cote pondérée : 7 étoiles (2 450ème position).
Visites : 5 311 

Dommage, l'histoire méritait qu'on s'y attache

Chahdortt Djavann écrit ici une histoire qui avait tout pour être belle. Une jeune adolescente élevée par une tante muette (on ne sait pas vraiment pour quelle raison, mais on le devine, on sait qu’elle se tait depuis un jour sombre de son enfance). La muette est une femme libre. Enfin, libre, c’est un grand mot. Disons qu’elle fume, ne porte pas le voile, marche pieds nus, a le regard insolent. Elle vit chez son frère, le père de Fatemeh, et aide à la maison. Elle ne sort pas.

Une tante que le mutisme rend encore plus fascinante, altière, une enfant pleine d’idéaux, un oncle jeune et amoureux, un père tolérant, ouvert, mais opprimé par le pouvoir des Mollahs, une mère hypocrite et égoïste. Ces personnages sont intéressants, l’histoire aussi. La muette aimera secrètement l’oncle, le Mollah déversera sa haine, une mort, un mariage forcé, une autre mort et, finalement, la condamnation à la pendaison de Fatemah, qui entreprendra, en prison, le récit des événements qui l’ont menée là.

Bien sûr, on devine la dénonciation de la condition de la femme en Iran, des comportements intégristes, de l’abomination des lapidations.

Mais Chahdortt Djavann a choisi de mettre en scène l’écriture de ce manuscrit (écrit en français). D’abord elle nous propose une lettre de l’éditeur qui aurait reçu ce manuscrit, miraculeusement dérobé à la prison iranienne, puis nous lisons ce manuscrit, puis nous avons une note d’une journaliste à qui ce manuscrit aurait été confié par le gardien de prison, puis celle du traducteur qui précise deux ou trois détails de traductions.

J’aurais sans doute préféré un roman plus frontal, une dénonciation moins mise en scène. Toutes ces fausses circonstances gâchent le tout. L’histoire en elle-même était intéressante, sans qu’on ait besoin d’y ajouter des détails romanesques qui finalement frisent le ridicule. C’est dommage, le manuscrit en lui-même se suffisait presque.

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Dans le pays où l’amour est interdit

8 étoiles

Critique de Pacmann (Tamise, Inscrit le 2 février 2012, 53 ans) - 11 juin 2017

Ce petit roman est d’une efficacité redoutable pour décrire au travers d’une histoire poignante, la vie en Iran, les premières années de l’arrivée au pouvoir de Khomeini.

Certes les mentalités ont probablement évolué bien qu’on reste dans une société dirigée par des Mollahs et où la police religieuse reste active.

La vie de la très jeune Fatemeth, emprisonnée pour le motif précis décrit à la fin du récit, et celle de sa tante, la muette, sont rapportées par un auteur plein de talent et qui prend le lecteur aux tripes peut être résumé par un message universel donné en dernière page : « La mort des pauvres et le crime des riches ne font pas de bruit ».

Horreur ordinaire au pays des mollahs !

9 étoiles

Critique de Tanneguy (Paris, Inscrit le 21 septembre 2006, 79 ans) - 7 avril 2012

Je suis d'accord avec la plupart des critiques précédentes ; le livre vaut d'abord par les faits qu'il rapporte, insoutenables pour un occidental normalement constitué, banals sans doute pour un religieux convaincu.

Le rythme est soutenu, mais le style n'est pas à la hauteur, même si le thème le justifie : les notes explicatives de la "journaliste" et du "traducteur" fictifs ajoutent foi au récit.

Mais l'écriture pauvre du roman tient aussi au parcours particulier de l'auteur, irannienne enfuie de son pays et "exilée" en France ( ce sont ses propres termes, même si elle a acquis la nationalité française...) depuis quelques années, ayant appris seule la langue de son pays d'accueil et la maniant suffisamment pour se passer d'un traducteur. Ceci me la rend très sympathique et je vais rechercher d'autres de ses ouvrages...

"J'ai quinze ans, je m'appelle Fatemeh ... Je vais être pendue bientôt ..."

8 étoiles

Critique de Pucksimberg (Toulon, Inscrit le 14 août 2011, 38 ans) - 9 novembre 2011

Ce court roman fait froid dans le dos ! Fatemeh, une adolescente de 15 ans va bientôt être pendue selon les lois radicales des mollahs. L'écriture est l'unique moyen de laisser une trace de cette tragédie. C'est aussi le besoin profond pour cette jeune fille de décrire sa tante muette qu'elle a admirée et qu'elle a aimée plus que sa mère.

Cette tante souffre de cet handicap à cause d'un traumatisme lié à son enfance qui a coûté la vie de sa mère et provoqué son mutisme. Le père de Fatemeh, frère de "la muette", a pris soin de sa soeur et l'a hébergée chez lui devinant qu'elle n'aurait jamais une vie de femme. C'est ainsi que le narratrice a pu grandir à ses côtés admirant cette femme si mystérieuse par ses silences et si proches avec laquelle elle partageait sa chambre. Lorsque la muette connaîtra pourtant l'amour, qui ne durera qu'un instant , cela aura des conséquences gravissimes pour toute la maisonnée ...

La construction du roman est intelligente, quelques documents s'ajoutent au récit touchant et révoltant de Fatemeh : les notes d'une journaliste, les remarques du traducteur, les choix d'un éditeur, tout ceci afin de donner de la véracité à ce texte.

La muette ou plutôt les muettes incarnent toutes ces iraniennes emmurées dans le silence qui ne peuvent s'insurger et s'affranchir de règles dignes du Moyen Age ! Une femme qui désobéit au "Dieu Homme", pour reprendre les termes de Jules Michelet dans "La Sorcière", est punie avec une extrême sévérité. Les hommes, soumis eux aussi aux lois des mollahs, n'acceptent pas que cet être inférieur se révolte. La lapidation est le moyen de freiner ces élans de révolte.

Le style ne m'a pas séduit, mais reste justifié puisque le traducteur ( fictif ! ) précise qu'il n'a pas voulu modifier la syntaxe, ni le vocabulaire de la jeune fille de 15 ans pour que le témoignage demeure authentique.

fort et convaincant

10 étoiles

Critique de CHALOT (, Inscrit le 5 novembre 2009, 70 ans) - 28 octobre 2011

Être femme au pays des mollahs...

Le Moyen âge est bien loin partout sauf dans certains pays comme l'Iran des Mollahs où règne la terreur...Malgré la chape de plomb, malgré la peur de la répression, des informations commencent à circuler, comme ce manuscrit envoyé par une journaliste à l'auteure pour qu'elle en fasse bon usage.
L'héroïne,une jeune fille de 15 ans va être pendue, c'est inéluctable, elle le sait.
Il lui faudra la complicité de son jeune gardien pour que son histoire tragique puisse franchir les frontières et être ré-écrite avec force par celle qui continue avec talent à combattre l'intégrisme religieux.
C'est l'histoire de l'amour impossible car jugé adultère entre une femme la Muette et un jeune homme.... Il n'est pas bon de violer la loi islamique qui veut que l'on soit voué quand on est femme
à devenir l'épouse soumise à un homme que l'on n'a pas choisi
La muette s'est murée dans le silence qui lui servait de refuge.
Elle bravait avec obstination la bêtise et n'hésitait pas à désobéir aux diktats qui veulent que la femme ne soit qu'un objet qu'on cache aux hommes.
« La joie, la tristesse, la haine, l'amour, la tendresse, la colère, l'indignation, l'espoir et le désespoir s'exprimaient dans son regard, dans chacun des traits de son visage, dans sa façon de se lever et de partir ou alors de rester, d'écouter et de vous caresser d'un seul regard. »
L'une est condamnée et exécutée pendant que l'autre, sa nièce bien aimée attend dans sa prison la pendaison, inéluctable
Mais qu'a donc fait cette adolescente de 15 ans qui, mariée de force à 13 ans, est emprisonnée à 14 pour être exécutée par ceux qui ont décidé une fois pour toute que la condition de la femme était chargée de larmes, de sang et de peur.
Cette histoire émouvante ne contient ni artifice, ni description.... Il n'y a que des faits qui se suffisent à eux-mêmes pour montrer à tous les adeptes du relativisme culturel la face et l'envers de ce pays où un régime archaïque lapide et pend des femmes coupables de ne pas avoir respectées la charia.
L'auteure nous montre et nous démontre que le combat féministe est à mener avec énergie contre les intégrismes religieux ….

Jean-François Chalot

Ca fait mal.

8 étoiles

Critique de Leloo (, Inscrite le 8 juillet 2010, 42 ans) - 9 juillet 2010

Sujet difficile: la condition de la femme en Iran. Même si c'est un roman, ce livre fait froid dans le dos. S'avale d'une traite mais se digère longtemps.

un cri

7 étoiles

Critique de Clara33 (, Inscrite le 29 septembre 2008, 71 ans) - 9 février 2009

Edifiant et poignant. Un plaidoyer pour la cause des femmes au pays des mollahs, pour qu'elles ne meurent plus dans le silence assourdissant des autres, de tous les autres, tous ces hommes qui se permettent d'épouser des petites jeunes filles de 13 ou 14 ans, d'en faire leur troisième épouse et de les transformer en esclave.
Ecoute t-on la souffrance de ces femmes dans ce pays où l'on peut être condamné à la lapidation pour adultère? Ce livre est un cri, le cri de toutes ces femmes réduites au silence, de toutes ces "muettes" dont Chahdort Djavann se fait la porte-parole. A lire et à faire lire.

Aurait pu mieux faire ...

8 étoiles

Critique de Agnes (Marbaix-la-Tour, Inscrite le 19 février 2002, 53 ans) - 9 octobre 2008

Je suis assez d'accord avec Amanda, le sujet du livre est dense, intense, il aurait mérité un développement plus fouillé.
D'un autre côté si cette façon d'aller droit au but donne un sentiment d'inéluctable et fait monter la pression , l'oppression chez le lecteur

A lire

10 étoiles

Critique de Kikounette (Nîmes, Inscrite le 15 mai 2003, 46 ans) - 5 août 2008

J'ai lu ce récit rapidement. C'est une histoire vraie. C'est effroyable. L'histoire de ces pauvres femmes vivant en Iran où on vous pend pour un oui ou un non. Qu'est-ce que l'on est bien au pays des droits de l'homme ! A lire.

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