Les Béatitudes bestiales de Balthazar B
de James Patrick Donleavy

critiqué par Jules, le 1 décembre 2000
(Bruxelles - 75 ans)


La note:  étoiles
Un grand conteur avec beaucoup d’humour, très britannique
ll y a quelques mois, j'ai lu une critique de ce livre dans un grand journal français. Elle le qualifiait de " livre mythe de son époque ".
Bien qu’épuisé chez l’éditeur, j'ai fini par le trouver (et d'ailleurs, on vient de le rééditer).
Donleavy est né en 1926 à New York et vivrait en Irlande. Je dis " vivrait " car je n'ai aucune autre information sur cet auteur. Avant " Balthazar ", il a écrit " L'Homme de Gingembre " et " Un homme Singulier ". Selon la quatrième page de couverture de mon édition, en 1973 quelqu’un était occupé à tourner un film sur base de ce livre. Les spécialistes pourraient peut-être m’en dire plus.
Ce livre a indiscutablement de nombreuses qualités. L'histoire est assez simple. Nous faisons connaissance avec Balthazar, à Paris, alors qu’il n'est qu’un tout petit garçon. Son père meurt et, sa mère passant sa vie de Baden-Baden à Nice et de Nice au Liechtenstein, il se retrouve chez son oncle Edouard. Celui-ci est un ancien explorateur un peu farfelu, plein de charme, bon vivant, grand amateur de femmes et de vin. Balthazar a une " Nannie " qu'il adore et lui fait office de mère. Pour son malheur, sa mère, la vraie, décide de l'envoyer en pension en Angleterre alors qu'il n’a que sept ou huit ans. Il ne rentrera plus à Paris que pour les vacances, dans l’appartement de sa mère toujours absente. Sa " Nannie " adorée va être remplacée par une autre, bien plus jeune. Elle est superbe et n’a que vingt-six ans alors qu'il en a treize. Avec elle, Balthazar connaîtra son premier amour et sa première expérience sexuelle. Entre-temps, en pension, il se sera fait un véritable ami, Beefy, mais qui sera aussi son " mauvais ange ", tout en l’aimant beaucoup. Bien vite Beefy sera renvoyé du pensionnat pour " pratique de la masturbation ", mais Balthazar le retrouvera quelques années plus tard au Trinity College en Irlande. C’est là aussi que Balthazar va rencontrer le grand amour de sa vie en la personne d'une certaine élisabeth Fitzdare. Il faut encore savoir, c'est important dans la personnalité de Balthazar, qu'il très beau garçon, mais d'une timidité maladive. Laissons maintenant l’éventuel lecteur découvrir la suite des aventures de Balthazar B.
Donleavy est un merveilleux conteur et a vraiment beaucoup d’humour. Comme Céline, il dévie de temps à autre de son sujet pour se lancer dans une direction toute différente, avant de revenir à son point de départ. Je lui ferais un petit reproche (c’est peut-être le seul) : parfois il s’installe dans des situations un peu théâtrales, dans lesquelles les quiproquos durent un peu trop longtemps.
Son style a de particulier qu’il utilise souvent des phrases sans verbes, de quelques mots à peine. Elles peuvent parfois se suivre par deux ou par trois et cela donne un rythme très original à son récit et aux pensées de son personnage. Comme si celui-ci ne percevait les choses que comme une suite d’instantanés photographiques. Tantôt il utilise un tiers narrateur et, soudain, on se rend compte que Balthazar lui-même a pris la parole.
Ce livre contient assez bien de sexe, sans abus, mais il est étonnant de voir les deux manières dont l’auteur l'aborde. Quand il s’agit de Beefy, cela prend des allures échevelées de gymnastique, de performance accompagnée d’une incontestable imagination. Pour la première expérience de Balthazar, c'est du grand art !… Une merveille de sensibilité, de crainte, de découvertes, d'innocence et d’émotion. Selon moi, une des toutes belles scènes écrite dans le genre ! Donleavy sera tout aussi délicat, émouvant et excellent quand Balthazar fera l'amour pour la première fois avec élisabeth Fitzdare, toujours vierge. Balthazar est un amoureux, pas un consommateur, une bête de sexe comme son ami Beefy ! Une chose encore de particulier au style de Donleavy. En pleine euphorie sexuelle, Balthazar est capable d'être temporairement envahi par des pensées aussi bizarre que le tram à prendre le lendemain ou le numéro de téléphone de quelqu'un qu'il doit appeler !. C’est pour le moins troublant !…
Chaque chapitre se termine par un petit poème de quelques lignes. Je ne résiste pas à citer ici celui qui clôt le chapitre 29 :
" J'ai besoin

D'une maman

Et d’un papa

S’il vous plaît

Quelqu'un

Aidez-moi "
J'ai aimé ce livre, mais sans en faire une oeuvre majeure. Elle est cependant bien souvent très drôle et toujours agréable à lire. "
Sensibilité à fleur de peau 10 étoiles

Tu as tout à fait raison, Jules, humour et sensibilité sont bien présents dans ce livre. En relisant ta critique, je retrouve l'un de ces petits poèmes qui terminent chacun des chapitres du livre. Tu en as extrait le meilleur, c'est celui qu'avait écrit "l'infâme Beefy", le dur à cuire, le flambeur, sur un petit papier caché dans ses affaires... ce qui prouvait que sous ses allures d'homme sans coeur, de jouisseur, il cachait un pauvre petit coeur en mal d'amour..

Darius - Bruxelles - - ans - 16 novembre 2002


Humour corrosif oui, mais... 6 étoiles

Il est indiscutable que ce roman est plein d'humour, mais je trouve que son personnage central déborde aussi de sensibilité. Ses rapports physiques et amoureux avec sa nurse sont superbement décrits ainsi que celui avec sa fiancée. Ces pages sont très belles et font preuve d'une très grande finesse dans les sentiments et les sensations qui s'emparent de Balthazar

Jules - Bruxelles - 75 ans - 15 novembre 2002


Humour corrosif 10 étoiles

La couverture du livre (édition de poche) m'avait rebutée - une énorme matrone affublée d'énaurme fesses nues, vue de dos qui regarde un enfant dormir -, la quatrième de couverture aussi (obscène, cynique..). Le bibliothécaire m’a rassurée, ce n'est pas un livre pornographique. Et je me félicite de l'avoir emprunté.
Un humour fabuleux se dégage de cet ouvrage. J'aurais tellement envie de vous faire partager mon hilarité en vous citant quelque extrait, mais c'est matériellement impossible, sauf à en recopier une trentaine de pages.
Effectivement, comme dit Jules, il s'installe dans des situations théâtrales dont les quiproquos durent très longtemps (un peu trop longtemps, affirme Jules. moi, j’en redemande).
Un chapitre génial est celui où il raconte les aventures rocambolesques de notre héros, qui, un soir, trop imbibé de sherry, perd son chemin pour rentrer chez lui. Il échoue dans le jardin d’une douairière qui ne s’en laisse pas conter, une maîtresse femme qui hurle au viol et qui ameute la police. Terrorisé lui-même, il se cache dans les rhododendrons, un "Alianthus grandulosa" précise le policier qui se trouve être biologiste et linguiste amateur. La femme qui découvre l'homme caché dans son jardin parle de "noir mahométan" - alors qu'il est blond comme les blés - qu'elle accuse de viol sur une bonne catholique. Le policier appelé au secours ajoutera dans son rapport "circulation dans nos campagnes sans même un timbre-poste pour protéger la pudeur". En fait, notre malheureux héros s’était pris dans la corde à linge ; s'était empêtré dans des sous-vêtements, "un soutien-gorge, des corsets à baleines, des culottes de soie rose. Enorme. On ne plaisante pas avec une femme de taille à remplir ces dessous". La femme qui distingue mal fait appel à son inconscient imaginaire, tout comme chez nous, les témoins qui n'ont rien vus parlent d’arabe ou de nord-africain pour décrire le malfrat.
"Il piétine mes plus belles roses, avec sa chose, son reptile qui lui sort du corps, si long qu'il le traîne après lui. Je pourrais jamais l’endurer, avec le petit radis de mon mari, ça passe déjà assez mal. Equipé comme il est, ça doit être un obsédé sexuel. Sûr, ça doit être un mahométan. Y avait marqué sur l’Irish Times qu'on risquait un jour à l'autre, de voir débarquer les hordes d'Orient. Que l'Islam est en marche". Le journal du lendemain titrera d'ailleurs : "Le péril islamique. Etudiant perdu dans les lauriers"
Allez, une petite dernière, courte celle-là pour le plaisir : En parlant de la voiture du héros, une Landship (un vaisseau terrestre), il met ces paroles dans la bouche du vendeur de voitures "elle serait capable de traîner 200 ânes protestants à reculons de G.. à R…,(*) même si eux, ils pensaient qu'à aller à Belfast pour fuir le Pape". Faut savoir que l'épisode se déroule dans une Irlande catholique et que Belfast se trouve en Irlande du Nord, territoire protestant sous administration britannique.
(*) deux villes catholiques irlandaises

Darius - Bruxelles - - ans - 6 novembre 2002