Ailleurs, en ce pays de Colum McCann

Ailleurs, en ce pays de Colum McCann
( Everything in this country must)

Catégorie(s) : Littérature => Anglophone

Critiqué par Jules, le 7 octobre 2001 (Bruxelles, Inscrit le 1 décembre 2000, 76 ans)
La note : 8 étoiles
Moyenne des notes : 8 étoiles (basée sur 7 avis)
Cote pondérée : 6 étoiles (3 358ème position).
Visites : 4 371  (depuis Novembre 2007)

Une guerre d'intolérance que nous oublions.

Colum McCann vit à New-York, mais il n’a pas oublié qu’il était Irlandais. Ce nouveau livre se compose de trois superbes nouvelles consacrées à son pays. La guerre civile qui ravage le Nord est omniprésente.
La première, à peine quelques pages, nous raconte le sauvetage de la belle jument de trait du père de Katie. Elle est menacée de noyade par une très grande crue de la rivière. Tout réside ici dans la tension qui provient de la lutte pour tenter de sauver la bête, mais aussi de celle qui domine la relation entre les personnages présents pour tenter ce sauvetage. Ce sont des soldats anglais qui sont venus à l’aide et ça, le père ne peut le supporter !. Le non-dit va peser de tout son poids sur cette scène.
A un moment Katie pense « J'avais froid et peur parce que Stevie et le cheval de trait allaient mourir. Tout doit mourir en ce pays. »
Dans la seconde nouvelle, nous découvrirons une famille dans laquelle le père vient d’avoir un très grave accident de travail. Il ne peut plus bouger de son lit. Il était menuisier et ils ne vivent plus que d'une petite allocation d'invalidité. Arrive une grosse commande du parti orangiste : il s’agit de quarante hampes de drapeau pour le défilé symbolique des orangistes. La mère et le fils aîné savent que le père aurait refusé cette commande. Il est protestant, mais d’abord un homme qui se refuse à l'intolérance et donc au principe de ce défilé… Mais il faut vivre ! La mère, aidée de son fils vont faire le travail, mais il ne s'agirait pas que le père s'en rende compte. Nous verrons aussi à quel point l’image de ce défilé est imprimée, et sublimée, dans l'esprit du jeune garçon.
La plus longue des trois nouvelles est la dernière. Une jeune femme et son fils ont quitté l'Irlande du Nord, et la peur quotidienne, pour l'Irlande du Sud. Ils vivent dans un petit village, dont la mère semble originaire, dans une roulotte au bord de la mer. Le père est mort et le jeune garçon ne l'a quasiment pas connu. Son oncle est prisonnier des Anglais à Belfast et débute une grève de la faim pour que les prisonniers irlandais obtiennent le statut de « prisonniers politiques » au lieu de celui de « assassins de droit commun».
L'enfant est hanté par l’image de l'oncle qui doit souffrir et il va se mettre à vivre en fonction des souffrances qu'il imagine être celles de son oncle. Sa mère aura beau faire, elle n'arrivera pas à lui faire perdre sa rage et son désespoir. Et l’échéance finale s’approche.
L’écriture de Colum McCann est très sobre mais riche d'impressions fugitives, de non-dits, de désespoirs, de rages et d’impuissances. Outre la guerre et l'intolérance, la difficulté de communication est aussi très présente dans ce livre. Et la nature est toujours là, qui suit invariablement son cours, belle ou étrange, mais indifférente. En observant la mer et un coucher de soleil aux couleurs d’incendie, « Le gamin pensa que tout, dans le monde, était porteur de solitude. »

Connectez vous pour ajouter ce livre dans une liste ou dans votre biblio.

Les éditions

»Enregistrez-vous pour ajouter une édition

Les livres liés

Pas de série ou de livres liés.   Enregistrez-vous pour créer ou modifier une série

Le poids de la haine

8 étoiles

Critique de Alma (, Inscrite le 22 novembre 2006, - ans) - 2 avril 2013

Ailleurs, dans ce pays toujours déchiré par la guerre civile : L’Irlande .

En 3 nouvelles, de longueur croissante dont les protagonistes sont des adolescents, Column Mc Cann laisse à voir comment le poids de la guerre imprègne le quotidien des familles .

Dans les deux premières nouvelles, le récit à la première personne révèle le regard que portent les enfants sur l’engagement obstiné de leur père . Dans la troisième, le regard extérieur d’un narrateur se porte sur le comportement erratique d’un adolescent sans père s’identifiant à son oncle gréviste de la faim, qui se meurt en prison.

Dans ces trois textes, et c’est ce qui fait leur puissance évocatrice, Column MCCann ne raconte pas de façon précise et ordonnée, il ne commente pas, il fait seulement comprendre, exigeant par là même du lecteur un rôle actif et permanent dans la construction de l’histoire .

Avec une grande économie de moyens, par une écriture dépouillée du superflu, il fait saisir au lecteur l’intensité de la haine qui divise ce pays et consume ses hommes .

Des yeux posés sur l'Irlande

8 étoiles

Critique de Tyty2410 (paris, Inscrite le 1 août 2005, 34 ans) - 12 novembre 2008

j'ai lu ce livre il y a longtemps , mais c'est assez intéressant , 3 yeux posés sur le conflit irlandais , un conflit dont on n'entend pas souvent parler . Le style est assez brut ce qui donne encore plus de vérité au roman . Les histoires sont assez tragiques , on voit la souffrance à chaque mot . La dernière nouvelle m'a particulièrement marquée l'intérêt quasi incessant de l'enfant pour son oncle .

Intéressant

7 étoiles

Critique de Arval (Papeete, Inscrite le 8 mars 2008, 52 ans) - 17 juin 2008

Vraiment très intéressante cette lecture. Aborder un sujet aussi sensible de cette manière : détournée et "à travers les yeux d'un adolescent", et finalement aussi propre à chaque peuple. Hélas, Le non-dit pèse encore de tout son poids entre générations. A lire bien sûr.

Le point de vue adolescent

7 étoiles

Critique de Nothingman (Marche-en- Famenne, Inscrit le 21 août 2002, 41 ans) - 13 mars 2006

Avec ce recueil, Colum McCann propose trois petites nouvelles qui évoquent son Irlande natale.
Entre un fermier bourru secouru par des soldats anglais, une mère et son fils travaillant en secret à la réalisation de hampes pour les défilés orangistes et un adolescent qui s 'identifie à son oncle gréviste de la faim, l'auteur part de l'intime de tous ces personnages, de leur quotidien le plus banal. Mais en toile de fond de ces vies qui s'écoulent pointe la guerre civile qui déchire les âmes et les gens. Il faut reconnaître à Colum McCann le fait de savoir faire passer un message avec une économie de mots. Une écriture sensible et simple qui n'affronte pas la guerre de front, mais qui la dévoile aux travers des non-dits ou entre les lignes. Trois destins, trois adolescents désorientés, plongés malgré eux dans cette guerre qu'ils n'ont pas voulue et qu'ils tentent de comprendre. Et à travers leurs drames personnels, on perçoit mieux les douleurs et les craintes et la violence larvée qui se fait jour. Subtil et sensible.

Magnifique et tragique!

10 étoiles

Critique de Spirit (Ploudaniel/BRETAGNE, Inscrit le 1 février 2005, 60 ans) - 17 juillet 2005

Ce livre contient le meilleur et le pire.
Le meilleur : une écriture fluide, des mots simples qui amènent à d’autres mots pour former des phrases qui viennent plonger au plus profond de vous en apportant la précision du scalpel dans votre âme. Un texte magnifique qui vous porte et vous transporte comme si vous étiez directement témoin de ces histoires.
Le pire : bien que tout ceci soit de la fiction, le fond des récits est directement puisé dans la réalité de cette vie bien particulière, de cette haine historique et lointaine mais profondément ancrée. La tristesse est réelle, les larmes mouillent vos doigts à chaque page et le sang n’est jamais très loin de couler. L’œuvre est sculptée dans la tourbe et le ressentiment.
Un livre magnifique !

Il y a quelque temps l’on se posait, dans certaines sphères, des questions sur l’avenir de la scission de Chypre si la Turquie entrait dans l’Europe. Mais je n’entends toujours pas ces énarques piper mot de cette partition inique de l’Irlande. Et moi qui suis Breton, qui me sent cousin de l’Irlande cela me fait mal et me révolte.

Les victimes et les autres

8 étoiles

Critique de Vigno (, Inscrit le 30 mai 2001, - ans) - 14 décembre 2002

Jules a déjà bien présenté ces trois nouvelles, inutile d'y revenir. Ce que je peux rajouter, c'est que le drame est toujours perçu à travers les yeux d'adolescents, qui réussissent plus ou moins à maintenir une distance avec ce conflit, qui n'est pas le leur en somme, ou qui l'est par personnes interposées (leurs parents). On comprend comment un tel conflit finit par pourrir la vie des gens simples, qu'il est presque impossible d'y échapper et, surtout, comment la violence peut se perpétuer de génération en génération.

Forums: Ailleurs, en ce pays

Il n'y a pas encore de discussion autour de "Ailleurs, en ce pays".