L'amour est une chose étrange
de Joseph Connolly

critiqué par CC.RIDER, le 31 janvier 2008
( - 66 ans)


La note:  étoiles
La middle classe anglaise dans tous ses états
Ce livre décrit la vie triste et médiocre d’une famille de la classe à peine moyenne vivant dans la banlieue de Londres dans les années 50 et 60. Gillian, la mère, tente tant bien que mal de faire tourner la maison en économisant sur tout (« l’argent ne pousse pas sur les arbres », répète-t-elle à loisir). Arthur, le père, petit employé sans envergure, alcoolique et dépensier, n’est pas très présent. Annie, la fille aînée est en rébellion ouverte contre la discipline de fer de son école religieuse. Et Clifford, le petit dernier, collectionne les images en ne rêvant que d’une chose, disposer enfin d’un téléviseur comme son copain plus aisé que lui…
Après une très longue première partie (245 pages) décrivant par le menu et de façon extrêmement fidèle, la vie quotidienne somme toute terriblement mesquine et banale de ce prototype de famille européenne de l’époque, Connolly fait déraper son intrigue de façon brutale et assez improbable dans l’horrible et le graveleux. Le père meurt, assassiné par sa propre fille, laquelle est envoyée en Irlande dans un pensionnat religieux où elle subit viols et tortures dignes du Marquis de Sade avant de monter, à son retour à Londres, tout un réseau de prostituées spécialisées dans le pire sado masochisme, ce qui permet à la famille d’enfin rouler sur l’or. La mère perd la tête. Le fils couche avec sa sœur avant de mourir, jeté dans le vide par une compagne jalouse…
Chacun comprendra que la description sociologique de ce milieu et de cette époque dépasse très largement cette intrigue assez outrée et peu vraisemblable. En fait, le seul véritable intérêt de cet gros ouvrage réside surtout dans un style d’écriture original, très « parlé », sans description, presque sans dialogue et souvent sans ponctuation. A remarquer également, de très fréquents changements de points de vue, obligeant le lecteur à se demander qui est le locuteur et maintenant ainsi son attention en éveil jusqu’à la fin.