Le voyage d'Anna Blume de Paul Auster

Le voyage d'Anna Blume de Paul Auster
( In the country of last things)

Catégorie(s) : Littérature => Anglophone

Critiqué par Jules, le 6 octobre 2001 (Bruxelles, Inscrit le 1 décembre 2000, 73 ans)
La note : 8 étoiles
Moyenne des notes : 9 étoiles (basée sur 11 avis)
Cote pondérée : 7 étoiles (582ème position).
Visites : 6 665  (depuis Novembre 2007)

Un monde vide de sens

Anna Blume est à la recherche de son frère, William. Elle écrit une longue lettre à des parents, vivants à l’étranger, à qui elle décrit l’univers qui l’entoure et dans lequel elle tente de survivre.
La ville dans laquelle elle est se trouve est totalement coupée du monde extérieur par de hautes murailles. Il est impossible d’en sortir, alors qu’elle a su y entrer. Les habitants sont soumis et contrôlés par une certaine autorité, mais ils ne la connaissent pas. Elle reste très éloignée, mystérieuse.
Ce qui est certain, c'est que cet univers est totalement fou, qu’il n'y règne que le désordre le plus total et que la survie de l'individu y est des plus précaires. Les maisons sont squattées, les hôpitaux débordent et l'on ne sait pas très bien qui y fait quoi, ni ce qu’on y fait.
Pour ajouter au malaise, le décor change tous les jours, si pas à chaque instant, plus rien n'est stable, il n’y a plus de points de repère.. « Rien ne dure, vois-tu, pas même les pensées qu’on porte en soi… Lorsqu’une chose est partie, c’est définitivement. »
Le grand sport pratiqué par une partie de la population est le suicide. Bien sûr il n'est pas très difficile de se faire tuer par des bandes de voleurs ou de fous allumés, mais certains préfèrent d'autres systèmes dans lesquels leur propre volonté est davantage engagée. Il y a ceux qui courent jusqu’à l’épuisement total, jusqu’à tomber raide mort dans la rue, d'autres préféreront se jeter des toits des grandes tours et avoir la sensation, courte, d’un vol.
Plus rien n'a de sens dans cet univers, même plus le langage ! Après tout, celui-ci n'est-t-il pas sensé exprimer des pensées cohérentes ? Mais quand plus rien ne l’est ?…
Un livre bien loin d’être gai, mais vraiment très bien écrit par un Paul Auster qui aime pousser les choses jusqu'au non-sens. Mais quel est vraiment le sens de survivre dans une telle vie ?…

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Magnifique

10 étoiles

Critique de Jan (, Inscrit le 15 juillet 2014, 40 ans) - 15 juillet 2014

Peut-être le plus beau livre de Paul Auster, poignant, envoûtant, désespérant mais aussi animé par un instinct de survie incroyable. Inoubliable.

La fin du monde...

8 étoiles

Critique de Sissi (Besançon, Inscrite le 29 novembre 2010, 47 ans) - 10 décembre 2012

« Ce sont les choses dernières, a-t-elle écrit. L’une après l’autre elles s’évanouissent et ne réapparaissent jamais ».
Ainsi débute le récit épistolaire d’Anna Blume, qui est partie à la recherche de son frère disparu, dans un pays imaginaire, apocalyptique, régi par un état totalitaire ; elle évolue dans un monde caractérisé par la faim, la violence, l’aliénation (« J’étais trop occupée pour penser, trop épuisée pour me distancer de moi-même et regarder vers l’avenir »), la dépersonnalisation (le chef du gouvernement est nommé le « Grand Untel », « Les gouvernements vont et viennent très vite, ici ») depuis l’avènement des « Désordres ».
On y retrouve toute l’horreur des dictatures « Tout a été balayé pendant la 2ème purge de la 8ème zone de recensement », et le danger du repli sur soi : Anna Blume ne peut fuir, la ville est enserrée par des murs, et l’accès à la mer sera bientôt impossible avec le « Projet du Mur Marin ».

Texte très angoissant, très réaliste, « le voyage d’Anna Blume » nous entraîne dans les abysses d’un monde en perdition, où même la résidence Woburn, dernier sanctuaire où on survit un peu, finit par s’écrouler.
Le texte se modifie au fil des pages, les propositions incises (« écrivait-elle », « poursuivait-elle etc.) s’estompent puis disparaissent, ramenant le lecteur au douloureux présent de la narratrice, celui qui laisse entrevoir la fin inéluctable vers laquelle elle se dirige...sans doute.

Du Pur Arabica

9 étoiles

Critique de Kreuvar (, Inscrit le 3 avril 2012, 34 ans) - 12 novembre 2012

Un ouvrage Pur Arabica, d'une profonde noirceur.
Il m'a fait penser à deux ouvrages que j'ai pu lire, eux basés sur des faits réels : Primo Levi - Si C'est Un Homme et Soljenitsyne - Une Journée d'Ivan Denissovitch.

Il s'agit d'une fiction certes, mais qui rappelle à bien des égard la guerre, le totalitarisme, la faillite éthique de nos sociétés. Cela s'est produit, cela se reproduira, c'est inhérent à la nature humaine. C'est ce qui fait que cet ouvrage met une bonne claque.

Seul petit regret, c'est que l'économie de ce monde que décrit Auster n'est pas assez détaillée à mon goût.

TERRIBLE.. ET POURTANT SI VRAI PARFOIS.

9 étoiles

Critique de Pauline3340 (BORDEAUX, Inscrite le 2 août 2008, 49 ans) - 29 septembre 2009

Comment cela peut-il arriver?
La disparition d un frère et la voilà partie à sa recherche. C'est beau l'amour fraternel? Mais voilà, où le chercher?
C'est terrible ce roman c'est bien du Paul Auster, je m'y retrouve bien, dans ce néant mondial où la misère, la survie, la pauvreté humaine, l'espoir, l'amour, les riches, les pauvres.... vous ne le connaissez pas ce monde?
Moi je le vois tous les jours. Très bon roman à la Paul Auster à lire. Il m'a donné ce que je recherche dans un livre. Me faire voyager, même si cela me rappelle mon monde.

superbe

8 étoiles

Critique de Madame Charlotte (Argelès sur mer, Inscrite le 30 octobre 2008, 41 ans) - 10 janvier 2009

Entamé hier soir, je l'ai terminé tout à l'heure, ébahie, émue, intriguée. Anna blume adresse à son ami d'enfance une très longue lettre qu'elle n'est même pas sûre de pouvoir lui envoyer. Fille de bonne famille, Anna Blume a connu une enfance et une adolescence dorées jusqu'à ce que son frère William, journaliste, disparaisse à l'étranger lors d'un reportage. Déterminée à le retrouver, elle ira le rejoindre dans ce nouveau monde, loin de se douter de ce qui l'attend. Arrivée par bateau dans une ville dévastée, elle devra vite renoncer à retrouver son frère, trop préoccupée par sa propre survie dans une cité aux allures de post-apocalypse. On ne sait rien des causes, Anna nous fait un constat déprimant de ce qu'est devenue la vie dans un cadre de fin du monde. Elle avoue elle-même ignorer bien des choses quant à l'économie du moment et à son fonctionnement. Mais ce qu'elle sait, ce qu'elle a vu et observé, elle nous le décrit avec assez de précisions pour nous donner froid dans le dos. Le travail est quasi-inexistant, chacun doit rivaliser d'imagination pour s'adapter et gagner de quoi se nourrir. Une nouvelle organisation sociale se créée, précaire. La lutte pour la survie dans le dénuement le plus total modifie les relations humaines. La narratrice va devoir s'adapter aux privations en tous genres, la nourriture, le confort, mais aussi l'amitié et l'amour, avant de renouer le contact avec autrui.

La lutte permanente pour la survie, l'effort constant et surhumain pour mettre encore et malgré tout un pied devant l'autre, tout contribue à l'annihilation de l'individu, qui ne devient qu'un corps à peine vivant, un organisme que l'instinct de survie pousse encore à chercher sa pitance. Comme le dit Anna Blume, la vie met longtemps à mourir. Et Anna mettra longtemps à voir au-delà des limites de la cité isolée, et à espérer.

L'univers dépeint est hautement anxiogène, je déconseille la lecture de ce livre aux dépressifs profonds, et pourtant, la narration captive, fascine, et le récit à la première personne ajoute une authenticité troublante. Un long voyage donc, au-delà de la misère et du désespoir, qui rappelle une certaine réalité, certes accentuée par Auster, mais bien d'actualité. Superbe !

Excellent !

10 étoiles

Critique de CC.RIDER (, Inscrit le 31 octobre 2005, 59 ans) - 31 mai 2008

Partie à la recherche de son frère disparu dans une ville en pleine déliquescence, Anna Blume écrit une longue lettre à l’intention d’un ami d’enfance. Elle sait que de ce « pays des choses dernières » (titre original du livre), elle a fort peu de chance de revenir et sa lettre encore moins d’arriver à destination. En effet, nous nous trouvons dans un temps indéterminé, complètement post-apocalyptique. Plus rien ne fonctionne. Le civisme, la liberté, la démocratie, les institutions légales, tout a disparu. Le chaos règne en maître avec son cortège de meurtres, vols, viols et horreurs de toutes sortes. Pour survivre, les habitants en sont arrivés à récupérer les détritus et même à recycler les morts… (cf : « Soleil vert », « La route »…)
Paul Auster, dont on avait apprécié la « Trilogie New Yorkaise », portée à l’écran sous le titre de « Brooklyn Boogie » et autres (tous excellents), explore dans ce livre la science fiction ou plutôt l’anticipation avec un réel talent.
La première partie fait froid dans le dos. Cet effondrement de l’Etat amène en toute logique l’ensemble des conséquences décrites. On réalise sur quelles fragilités reposent nos sociétés et comme tout pourrait facilement basculer…
Dans la seconde partie, Auster s’attache à décrire quelques personnages et situations plus positifs, ce qui lui permet de terminer le livre sur une ouverture poétique, quittant ainsi le versant de pure anticipation pour gagner celui de la philosophie et d’une certaine forme de sérénité.
L’écriture est impeccable. Auster réussit le tour de force de garder un style alerte et vivant alors qu’il n’utilise qu’un minimum de dialogues. On lâche difficilement ce roman. On souffre avec Anna et on se demande même ce qu’on pourrait bien faire si on se trouvait à sa place… Excellent !

Apocalypse now

9 étoiles

Critique de Pendragon (Liernu, Inscrit le 26 janvier 2001, 47 ans) - 23 août 2005

Dans un univers post-apocalyptique, une jeune et fraîche jeune fille débarque, à la recherche de son frère. Ce qu’elle va découvrir est pire que ce à quoi elle s’attendait. Non seulement, elle ne trouvera pas son frère, mais en plus, elle se retrouve coincée dans la ville, avec interdiction et impossibilité (ce n’est pas la même chose) d’en sortir.

La ville vit dans le chaos le plus complet, plus de gouvernement (ou un gouvernement tellement changeant que cela revient au même), plus d’institution, plus de loi (si ce n’est celle de la rue), mais aussi, plus de travail, plus de logement décent, plus d’égout, plus d’hôpitaux et même plus de nourriture pour chacun.

Dans ces conditions, c’est la loi du plus fort qui préside, « faire un pas devant l’autre, car si l’on tombe, on est mort », chercher sa nourriture tous les jours, en fouillant les poubelles, en volant, en vendant ce que l’on trouve, car l’on ne possède plus rien et surtout, surtout, survivre dans cette jungle de béton, d’immeubles effondrés et de routes crevassées.

La description d’Anna Blume est absolument abominable et le style qu’Auster choisit soutient et renforce cette impression : les pages et les phrases se suivent sans discontinuité, pas de chapitre, simplement des mots couchés sur le papier, serrés, car on sait que le papier est rare et qu’il coûte cher. C’est ainsi qu’au long des deux cents pages, on suit le parcours d’Anna, ce qu’elle vit au jour le jour et les rencontres qui lui apporteront quand même un coin de ciel bleu… avant la prochaine noirceur.

Récit profond et poignant, dérangeant et malsain, on le parcourt au bord de la nausée, en pensant au calvaire d’Anna bien sûr, mais aussi en pensant que ce récit pourrait être un jour le reflet d’une réalité, si elle n’est déjà présente.

Ecrit en 1987, juste après la trilogie new-yorkaise, le style d’Auster, ainsi que ses thèmes chers, sont déjà fort présents : le hasard, la déréliction, ce monde à la frontière de l’irréel, cette fin en suspens, l’anti-héros, surhumain malgré tout et surtout, surtout cette écriture magique tellement, j’ose le dire, supérieure à ce que l’on trouve habituellement !

Je crois comprendre...

8 étoiles

Critique de Jules (Bruxelles, Inscrit le 1 décembre 2000, 73 ans) - 14 octobre 2004

je lis ce matin l'excellente critique écalir de Fée Carabine sur ce livre et je tombe sur celle, plus ancienne, d'Elahub. Et je crois comprendre à quoi elle fait allusion dans sa dernière ligne.

Oui, le monde fou et absurde imposé à tant de gens par les nazis ou Staline imposait également aux hommes la question de la survie, toujours remise en cause d'un moment à l'autre, en danger pour n'importe quoi, ainsi que le problème de toujours garder l'espoir, envers et contre tout. Celui ou celle qui le perdait n'était plus qu'un mort en sursis.

Au Pays des Choses Dernières

8 étoiles

Critique de Fee carabine (, Inscrite le 5 juin 2004, 43 ans) - 14 octobre 2004

"These are the last things, she wrote. One by one, they disappear and never come back. I can tell you of the ones I have seen, of the ones that are no more, but I doubt there will be time. It is all happening too fast now, and I cannot keep up."

Au petit jeu du style et de la séduction, ces quelques phrases de Paul Auster ne pouvaient que retenir mon attention, avec leur petite musique : une petite musique discrète, presqu'inaudible au premier abord mais qui s'insinue tout doucement dans l'oreille du lecteur et y laisse traîner un écho longtemps après que les derniers mots de ce voyage apocalyptique aient résonné.

Impossible donc d'abandonner Anna Blume avant la fin de son voyage au "Pays des Choses Dernières". Un voyage dont Jules a bien résumé les enjeux et les difficultés dans sa critique, un voyage dans un monde qui se délite de plus en plus vite. Et pourtant: "What strikes me as odd is not that everything is falling apart, but that so much continues to be there. It takes a long time for a world to vanish, much longer than you would think. Lives continue to be lived, and each one of us remains the witness of his own little drama. It's true that there are no schools anymore; it's true that the last movie was shown over five years ago; it's true that wine is so scarce now that only the rich can afford it. But is that what we mean by life? Let everything fall away, and then let's see what there is. Perhaps that is the most interesting question of all: to see what happens when there is nothing, and whether or not we will survive that too." Vivre - survivre - quand il n'y a plus rien. Rien sauf la vie qui par moment parvient malgré tout à s'épanouir pour être ravagée à nouveau l'instant d'après. "Le voyage d'Anna Blume" me remet en mémoire cette phrase par laquelle André Comte-Sponville avait conclu sa lecture du "Joueur" de Dostoïevski (pour l'édition "Babel") et que je cite de mémoire: "Il reste toujours un peu d'espoir dans le coeur". Un espoir dont on ne sait s'il est une condamnation ou une planche de salut. Un espoir dont il me semble qu'il est au coeur du "Voyage d'Anna Blume".

frappant

8 étoiles

Critique de Elahub (Göttingen, Inscrite le 3 janvier 2004, 55 ans) - 7 février 2004

J'ai lu ce petit bouquin il y a un an peut-être .... íl est facile à lire, le texte invite à ne jamais s'arrêter jusqu'à la fin quand même un peu surprenante.
Ce qui m'a frappé c'est que malgré tout semble être loin, impossible, inconnu, incroyable, inventé, il y a beaucoup de parallèles, peut-être pas dans le petit monde autour de la plupart des gens parmi nous mais déjà quand on regarde une grande, vraiment grande ville ou des lieux moins gâtés...
En effet il y a des situations qui me forcent à repenser à des situations décrites dans ce livre et vu l'histoire y racontée je m'inquiète ...

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