La métamorphose de Lucius (L'âne d'or)
de Milo Manara

critiqué par Bluewitch, le 19 décembre 2007
(Charleroi - 41 ans)


La note:  étoiles
Découverte du genre...
Me voilà avec, entre les mains, un auteur "classique" de la bande dessinée dite érotique…

Je découvre Milo Manara sans a priori, pour la première fois, avec cette Métamorphose de Lucius, album inspiré d’Apulée (deuxième siècle après Jésus Christ), auteur du premier roman en prose de langue latine, Les Métamorphoses ou l’Ane d’or.

C’est dans ces métamorphoses que Manara s’est trouvé une trame de fond. Lucius, voulant séduire la belle Photis, s’empare d’un onguent magique censé le transformer en oiseau. Bien mal lui en prend : en quelques instants, le voilà transformé en âne. Et… doté d’un membre des plus impressionnants.

Manara décide alors de mettre en scène (de manière condensée) les péripéties de Lucius pour se donner plus d’occasions d’exploiter ce qui fait sa spécificité : les scènes érotiques elles-mêmes.

Il faut reconnaître à son dessin une efficacité réelle : son trait est fait pour la sensualité. Couleurs étrangement paradoxales : du gris, du mauve, du blanc, des couleurs froides pour accentuer les quelques éclats plus vifs parsemés de-ci, de-là, sans doute. Ses passages plus émoustillants sont effectivement réussis.

Néanmoins, la mise en page ne déborde pas d’originalité, les dialogues sont des plus creux (bon, vous me direz, dans un album " érotique", je sais…) mais, ce qui me chagrine, c’est qu’en s’étant approprié un "classique" de la littérature, Manara l’ait transformé en une succession de saynètes sans queue ni tête frôlant parfois terriblement le risible.

Déception.

Il est évident que l’auteur cherche avant tout un scénario prétexte à son talent de dessinateur du genre.

Et en ce qui me concerne, la vacuité de la trame a fortement gâché le plaisir visuel de l’ensemble…
L'âne ne dort que d'un œil et l'autre est coquin 7 étoiles

"L'âne d'or" est paru avec une couverture différente mais un contenu identique une première fois en 1999 sous le titre "La Métamorphose de Lucius", cet album propose la valorisation érotique d’un récit qui était une satire du genre humain du monde romain tardif. Il a été écrit par Apulée, auteur latin originaire de Numidie ; l’importante dimension mythologique est très largement gommée dans le récit de cette BD. On peut suivre les péripéties du jeune Lucius, qu’une erreur dans la composition d’un onguent a transformé en âne. Soumis à divers maîtres, il connaît bien des vicissitudes, toutefois ayant gardé la compréhension du langage des hommes il évite des catastrophes encore plus grandes. Il tombe dans les mains de brigands, marginaux, sorcières et femmes romaines dépravées. Ce conte érotique doit tout au dessin chaudement érotique de Milo Manara, le texte du récit simplifiant voire déformant le contenu d’un récit original où le merveilleux et l’humour occupaient une place plus importante. Il est à noter que ce conte dans sa version la plus proche de l’original a fait l’objet d’une interprétation psychanalytique jungienne de la part de Marie-Louise von Franz.

JulesRomans - Nantes - 62 ans - 9 octobre 2012


D'accord avec Bluewitch 5 étoiles

Manara est un dessinateur éblouissant, mais hélas, un piètre scénariste. Ses bédés érotiques, de Giuseppe Bergman au Déclic en passant par le Parfum de l'Invisible, sont décousues, ce qui est dommage. Par contre, quand il collabore avec un scénariste de grande qualité comme le Maestro Hugo Pratt, ça devient un must. Je conseille de lire "le Gaucho" et "Un été indien", là c'est autre chose.

Le rat des champs - - 69 ans - 20 décembre 2007