La Terre de Émile Zola

La Terre de Émile Zola

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Jules, le 30 novembre 2000 (Bruxelles, Inscrit le 1 décembre 2000, 73 ans)
La note : 8 étoiles
Moyenne des notes : 9 étoiles (basée sur 8 avis)
Cote pondérée : 7 étoiles (701ème position).
Discussion(s) : 1 (Voir »)
Visites : 6 258  (depuis Novembre 2007)

Une extraordinaire description de milieu, un style puissant

Mon Dieu ! se diront certains. Avec qui nous arrive-t-il là !.
Il est vrai que tout auteur qui passe dans le programme scolaire devient instantanément un vieux rasoir démodé, usé, dépassé. Et bien, non ! Zola, pour moi, est tout sauf dépassé et il est tout sauf rasoir ! J’aurais aussi bien pu choisir " Germinal " ou " L'Assommoir ", ou " L'œuvre ", ou " Nana ", mais je crois que " La Terre " est un peu moins connue.
Zola est, selon moi, un auteur qui dépasse les modes. En outre, ses livres sont pleins de vie, de mouvements, de rebondissements, de bruits, de fureurs, de désespoirs. Il ne décrit pas, comme Flaubert, en long et en large les différentes parties de la cathédrale de Rouen (sans vouloir nier ici les indiscutables qualités de " Madame Bovary "). Il empoigne son lecteur pour ne le lâcher qu'à la dernière page terminée. Je ne dirais pas que ses livres sont gais. Mais l’époque l'était-elle pour la masse des gens ? L'est-elle pour la majorité aujourd'hui ?
Mais revenons à " La Terre ".
Le décor est la vaste plaine de la Beauce. Comme beaucoup d’autres fermiers, le père ne possède que quelques petits hectares de terre. Sa femme et lui, devenant trop vieux, décident de céder leurs terres à leurs enfants au nombre de trois. Il y a le fils aîné, alcoolique et paresseux, la fille mariée à un fermier, et la plus jeune, bien appétissante, toujours célibataire.
Chacun devra payer une petite somme mensuelle aux parents pour assurer leur subsistance et le père se garde un bien petit magot, fruit de l'épargne d'une vie. Bien vite la mère décède et le père reste seul. Commence alors pour lui un long et pénible calvaire qui le mènera aux dernières extrémités. Il sera envoyé de l’un à l'autre comme un paquet de linge sale. Et le petit magot ?...
Il est vrai que la vie est dure pour tous, dans la région, les lopins de terre étant par trop petits. Pour bien nous expliquer cela, Zola nous offre alors un grand moment d'écriture, je dirais presque de journalisme. Une scène digne de figurer dans nos journaux d’aujourd’hui, dans le cadre des problèmes agricoles entre l'Europe et les Etats-Unis.
Un ouvrier journalier itinérant parle un soir dans le café du village. Il raconte qu'il a entendu que des tonnes de blé arrivaient quotidiennement au port du Havre en provenance des états-Unis. Que là-bas, les fermes sont aussi vastes que tout un département, que tout se fait à la machine et qu’ils ne savent plus que faire de leurs excédents de production. Les cours vont donc s'effondrer en France et les paysans d’ici, avec leurs minuscules lopins, vont crever. Leur seul avenir sera d’aller travailler derrière une machine fumante et hurlante, dans des villes encombrées et remplies de chômeurs. Ils vivront dans des clapiers et se tueront pour des salaires de misère. Et toute l'assistance d’écouter, la peur au ventre, la bouche ouverte, cette description de l’apocalypse.
La campagne de Zola n'a vraiment pas grand-chose à voir avec celle, idéalisée, de Giono (que j’aime beaucoup par ailleurs). La nature et les animaux ne poussent pas à la rêverie, ni à la poésie. Plutôt à une lutte et à des efforts constants. Le caractère des hommes et des femmes y est aussi dur que leur travail et leur âpreté au gain aussi grande que la difficulté qu'ils ont à faire de l’argent. L’amour, celui chanté par les poètes, est ici remplacé par la nécessité de réunir des parcelles, ou d’avoir des bras pour les cultiver.
Que tout cela est dur et peu amusant, me direz-vous. C’est vrai ! Mais l’histoire est tellement bien menée, et crédible, qu'on dévore le livre. Le style est vif et efficace. Quelques lignes seulement pour entrer dans le vif du sujet. Peu de pertes de temps chez Zola !
Ecoutez vos journaux télévisés ! Nous sommes inondés par les problèmes agricoles !… La surproduction, la chute des cours, la dioxine, les farines animales, les pesticides etc. La lutte pour la survie et l’âpreté au gain n'ont peut-être jamais atteint de tels niveaux !…
Zola dépassé ?. Non !… "

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Admirable

10 étoiles

Critique de Falgo (Lauris, Inscrit(e) le 30 mai 2008, 77 ans) - 7 juillet 2014

Je viens de relire "La Terre" après 40 ou 50 ans pour la première lecture. Avec Zola, ici, l'étonnement et l'admiration viennent de l'adaptation du style au contexte du sujet. Le roman décrit la vie paysanne en Beauce dans la deuxième moitié du XIX° siècle et le lecteur se trouve plongé dans la vie quotidienne de Rognes (village existant près d'Aix-en-Provence!), communauté engluée au milieu de ses champs et de ses pâturages. Le style est fait de phrases courtes, de dialogues percutants où les mots crus, l'argot et les injures se multiplient dans une langue lourde comme la boue des chemins par jour de pluie. Quatre objets tirent les préoccupations de chacun: le terre possédée comme "le bien" nécessaire et convoité, l'argent (et son corolaire l'héritage), le sexe et l'alcool. On peut trouver la galerie de personnages (Fouan, Jésus-Christ, Lise, Buteau, La Grande, Jean, La Trouille, etc.) trop tirée vers la crasse, la misère morale et existentielle et la violence. Je ne sais si la peinture de Zola reflète exactement l'état du monde paysan de cette époque et de ce lieu. Certains auteurs ont manifesté leurs réticences. Même si la restitution de Zola est partiale, j'en retrouve les traces dans notre monde actuel. Etant il y a quelques années dans une antichambre de notaire rural, j'ai entendu des propos (il s'agissait d'héritage) qui, avec modification du style, auraient bien eu leur place dans "La Terre".
Il n'en reste pas moins que cette description du monde rural repose, comme toujours chez Zola, sur une documentation impressionnante et une immersion réelle (Zola possédait une ferme à Médan). Le moindre détail (par exemple la fumure du sol) est appuyé sur constatations, enquêtes, documents, témoignages, et lettres de spécialistes. Comme toujours chez Zola, à part une ou deux exceptions dans la série des "Rougon-Macquart", le lecteur est frappé de la solidité et de la pertinence des faits avancés comme de l'approche psychologique des personnages. Tout ceci est admirable.

La Terre

8 étoiles

Critique de Exarkun1979 (Montréal, Inscrit le 8 septembre 2008, 37 ans) - 6 août 2011

La Terre raconte le côté sordide de la campagne française au 19e siècle. On y voit autre chose que les beautés bucoliques que décrivaient les bourgeois de cette époque. Ce roman c'est plutôt les conflits familiaux pour obtenir en héritage les plus beaux lopins de terre. Ce roman c'est aussi la terre vue comme une maîtresse impitoyable qui laisse tomber son propriétaire vieillissant pour un autre plus fringant. La Terre, c'est un roman très sombre sur la vie de campagne au 19e siècle.

Toujours aussi puissant

8 étoiles

Critique de Fa (La Louvière, Inscrit le 9 décembre 2004, 42 ans) - 1 août 2006

Ce quatrième tome, sur cinq, consacré aux Rougon-Macquart comprend "l'oeuvre", "la terre", "le rêve" et "la bête humaine".

"L'oeuvre" est le roman de la série consacré à la peinture, en la personne de Claude Lantier, peintre précurseur auquel il manque l'étincelle de génie pour accéder à la gloire, au point que son obsession l'amène à devoir se pendre.

On y retrouve un portrait intéressant du monde des salons artistiques du XIXème avec un jeu de piste pour savoir qui est qui. A retenir, la scène finale de l'enterrement. Je lui octroie 4 étoiles : ce n'est pas le meilleur Zola.

"La Terre" est le roman consacré au monde des paysans. C'est une pièce fondamentale dans la série, tant en volume qu'en rapport avec le sujet traité : il faut rappeler qu'au XIX, la majorité de la société reste rurale !

Ce roman dépeint un portrait particulièrement noir de la vie rurale : haines familiales, viol, meurtres, convoitise, obsession de la terre : on retrouve les thèmes que Zola préfère traiter au sommet de son art : fertilité, mort, répartition des richesses, haines familiales, violence, travail harassant. Pour moi, un des meilleurs, avec l’assommoir ! Cinq étoiles.

Vient ensuite "le Rêve", une niaiserie gnangnan relatant les états d'âme d'une jeune fille en attente de l'amour mystique en la personne d'un prince dont le père est devenu évêque suite à son veuvage. Très honnêtement, je ne vois pas où Zola veut en venir et je crois qu'il s'est fourvoyé dans le mystique. Deux étoiles, pour la broderie et parce que c'est court : qui aime bien châtie bien.

Reste enfin "La bête humaine", le roman du crime : celui-là m'a plu, de par la psychopathie des personnages, le traitement de la machine et de la modernité, les quelques développements relatifs à la justice où l'on retrouve Zola journaliste, et surtout une fin magistrale ! Cinq étoiles.

Un magnifique livre

9 étoiles

Critique de Fascagat (Toulouse, Inscrite le 27 juin 2004, 35 ans) - 9 décembre 2004

Ce livre est peu connu du public et quel dommage, il est saisissant.
En effet Zola nous décrit le monde de la paysannerie, mais surtout des êtres noirs qui n'hésitent pas à tuer pour obtenir ce qu'ils désirent.
J'aime tout les Zola car ils nous dépeignent la France sous le Second Empire avec réalisme.

"Le Maître est descendu au fond de l'immondice"

10 étoiles

Critique de Lucien (, Inscrit le 13 mars 2001, 61 ans) - 13 septembre 2002

"Le Maître est descendu au fond de l'immondice" : une phrase parmi d'autres extraite du "Manifeste des cinq" où d'anciens disciples de Zola, semble-t-il à l'instigation de Goncourt, "descendent en flammes" - dirait-on aujourd'hui - le roman le plus contesté, le plus noir, incontestablement aussi l'un des plus forts du père du "naturalisme". "Note ordurière exacerbée", "saleté", "scatologie"... les mots les plus forts sont employés par les faux frères qui, dans "Le Figaro" du 18 août 1887, protestent "au nom d'ambitions saines et viriles" contre les dernières turpitudes de Zola. Et c'est vrai que l'auteur de "Germinal" est ici totalement débridé. Il faut lire "La terre" comme on regarde un film tragi-comique, un film comme aurait pu le tourner un cinéaste néo-réaliste italien (je pense notamment à "Affreux, sales et méchants" d'Ettore Scola - si je ne me trompe). Certaines scènes sont à couper le souffle : le montage en parallèle, par exemple, de deux naissances (celui d'un veau et celui d'un petit d'homme); les tentatives de viol de Buteau sur sa jeune belle-soeur Françoise - jusqu'au tragique, jusqu'à l'horreur; les exploits de pétomane du frère alcoolique blasphématoirement surnommé "Jésus-Christ"; le sacrifice du père; l'Apocalypse finale... Et puis l'éternel souffle vital qui parcourt les romans de Zola et qui l'emporte encore et toujours sur la mort : "Des morts, des semences, et le pain poussait de la terre".

Une bonne peinture

10 étoiles

Critique de Alertinfo (Paris, Inscrit le 11 avril 2001, 43 ans) - 11 avril 2001

Au delà des mots, ce qui est génial avec toute la série des Rougon Macquart c'est l'image que Zola donne de l'ensemble de la société en France pendant le Second Empire.
La Terre décrit me semble-t-il le monde paysan, parent de notre agriculture productiviste.
A lire absolument

0 étoiles

Critique de Mauro (Bruxelles, Inscrit le 20 février 2001, 54 ans) - 25 février 2001

Grand bouquin, petites gens!Moderne Zola? Sans doute. Mais tellement manichéen!Pas un seul personnage pour racheter la médiocrité des autres. Je crois que c'est un de ces romans les plus noirs.

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  Sujets Messages Utilisateur Dernier message
  "La Terre" de Zola et la réalité paysanne.. 4 Pieronnelle 15 novembre 2011 @ 19:37

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