L'immeuble de Mathilde
de Hassan Daoud

critiqué par Sahkti, le 22 novembre 2007
(Genève - 45 ans)


La note:  étoiles
Le Liban d'avant
Hassan Daoud est libanais, il a connu et souffert de la guerre civile qui a ravagé son pays.
L’immeuble de Mathilde, c’est un récit tendre et cruel sur la vie d’un immeuble à Beyrouth, peu à peu déserté par ses occupants qui lui préfèrent des appartements neufs ou rénovés, loin des tracas. Divisé en chapitres courts, le texte nous raconte par morceaux l’histoire de familles de toutes origines (il y a des libanais, des français, des russes, des égyptiens…). Cela fourmille de détails et d’anecdotes, on vit le récit en temps réel et on se trouve complètement immergé dans la vie de ces familles, c’est tendre et émouvant, ça rend triste en même temps, car cela parle, à travers un immeuble qui se vide, d’un pays qui se meurt. Beaucoup de similitudes avec les récits d’Andrée Chedid dans le texte de Hassan Daoud, ce même amour du Liban, ces mêmes racines arrachées et s’accrochant à la vie par-dessus tout, ce même désespoir devant cette guerre meurtrière et stupide.
Un petit coup de cœur de ma part pour les trois pages consacrées à la famille française, dans lesquelles on ressent la douleur silencieuse lorsqu’ils devront partir, quitter le Liban. Des lignes qui sentent l’Algérie… Puis cette femme russe dont les gamins du quartier se moquent et qui vit sa détresse en silence. Hassan Daoud a trouvé les mots précis pour nous parler de la souffrance, de l’éloignement, d’une vie qui s’achève pour faire place à une autre époque.