Le Chant du pingouin
de Hassan Daoud

critiqué par Sahkti, le 22 novembre 2007
(Genève - 46 ans)


La note:  étoiles
L'ennui comme moteur de vie
Hassan Daoud, à qui on doit notamment "L'immeuble de Mathilde" nous entraîne dans les pas d'un jeune homme handicapé physique qui passe ses journées à se morfondre avec l'ennui.
C'est que le père a dû abandonner sa boutique, mangée par la spéculation immobilière qui fait fleurir des tours un peu partout en ville. Et la mère, refusant de rester enfermée dans cet immeuble à longueur de journée, passe son temps à se promener avec la voisine et la fille de celle-ci, qui nargue le garçon aux bras trop petits lorsqu'il tente de l'apercevoir depuis le balcon. Treize ans que la famille a déménagé dans une de ces tours, treize ans que le narrateur trompe l'ennui, relégué qu'il est pendant des heures dans cet appartement qui devient sa prison et son exil. Alors il se souvient d'avant et raconte, encore et encore.

Que de tristesse et de lassitude dans ce récit de Hassan Daoud... Non pas dans son écriture mais dans la vie de ce petit garçon/jeune homme qui s'ennuie comme il est pas permis et voit son eexistence envahie par les souvenirs et la nostalgie. Une situation pas facile que l'auteur traduit avec des mots justes et une sensibilité qui rend son personnage très attachant. Il n'est pas simple de décrire l'ennui sans être soi-même ennuyeux; c'est une mission à laquelle Hassan Daoud parvient sans trop de difficultés apparentes. L'ennui qui n'est pas seulement présent chez le narrateur mais aussi chez son père qui passe des heures à la fenêtre à épier son ancien magasin ou chez la mère qui le masque comme elle peut en faisant semblant d'avoir une vie trépidante.
Pas de noms, pas de lieux, pas de dates... simplement un long monologue pour raconter la lassitude d'une vie, toute jeune soit-elle. C'est un ennui accablant et à la fermeture de l'ouvrage, on éprouve l'envie forte de respirer un bon coup.
Ajoutons que derrière cette histoire s'esquisse la destinée d'un Liban aux prises avec la spéculation immobilière, la reconstruction, la crise économique, la quête d'identité... de quoi rendre ce roman d'Hassan Daoud intéressant à plus d'un titre.