Middlemarch de George Eliot

Middlemarch de George Eliot
(Middlemarch)

Catégorie(s) : Littérature => Anglophone

Critiqué par Cuné, le 29 août 2007 (Inscrite le 16 février 2004, 50 ans)
La note : 8 étoiles
Moyenne des notes : 10 étoiles (basée sur 5 avis)
Cote pondérée : 7 étoiles (832ème position).
Visites : 4 116  (depuis Novembre 2007)

C'est un satané freluquet de pédant à sang de navet !

Virginia Woolf, dans la préface, dit merveilleusement une chose très vraie :

« Quand on revient à ces livres après plusieurs années d’absence, ils répandent, même contre notre attente, les mêmes réserves d’énergie et de chaleur, si bien que nous éprouvons par-dessus tout l’envie de paresser dans cette chaleur comme sous le soleil qui tombe du mur rougeoyant du verger. »

Middlemarch, c’est un roman fort complet, dont on pourrait dire qu’il relate la chronique de l’Angleterre rurale des années 1830. Vie sociale, politique, amours, ambitions, intrigues, on entre dans le détail de la vie de toutes les couches de la population.
Ce qui en ressort très fortement et nettement, par delà l’histoire et le contexte et tout le reste, c’est la formidable précision avec laquelle George Eliot dissèque tout sentiment ou toute pensée des protagonistes.
Ce qui, souvent, est appréhendé par bouffées, est ici détaillé à l’extrême.

Et puis on trouve, entre autres :

* De cinglantes petites phrases disséminées ici et là.
« Décidément cette femme était trop jeune pour s’élever au niveau altier de la condition d’épouse – puisqu’elle ne se montrait pas incolore, informe, résignée d’avance à tout. »

* Des cocasseries, qui tombent du ciel, et nous ravissent.
Comme Will Ladislaw qui « dans les maisons où il se liait d’amitié, était enclin à s’étendre de tout son long sur le tapis devant la cheminée tout en parlant»

* De si jolis noms, pour les protagonistes : Tertius Lydgate, Elinor Cadwallader… Quelles magnifiques sonorités.

* De la finesse, façon de faire passer le gagatisme d’une mère à travers deux petites phrases, dans le courant de l’action :
« Il paraissait évident que là où se trouve un bébé les choses se passent assez bien et que l’erreur, de façon générale, est due à la simple absence de cette force centrale comme élément d’équilibre.
[…] Ce n’est pas nous qui nous affligerions, n’est-ce-pas, bébé ? demande Célia en confidence à ce centre inconscient de l’équilibre du monde, possesseur des petits poings les plus remarquables, complètement équipés jusqu’au bout des ongles, et d’une quantité de cheveux suffisante, vraiment, quand on lui enlevait son bonnet, pour faire… on ne sait quoi, bref, un bouddha dans le style occidental."

* Du suspense, la lecture des testaments de Peter Featherstone, le codicille mystérieux de M. Casaubon, ces scènes mettent savamment l’imagination en branle, tournant gracieusement autour des faits avant de les révéler.

Et puis vers la fin l’action s’accélère, on est pris comme dans un tourbillon et on brûle d’impatience de voir le sort réservé à ces personnages qu’on accompagne depuis si longtemps, tout en redoutant de le lire noir sur blanc, voulant presque que cela reste à l’état de possibilité, encore ouvert à tout.

C’est à un fort agréable voyage, au long cours, que nous convie George Eliot. Je conserve malgré tout mon penchant pour Jane Austen, dont je n’ai pas trouvé ici, malgré toutes les qualités, l’impertinence joyeuse.

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Les éditions

  • Middlemarch [Texte imprimé] George Eliot préface de Virginia Woolf texte traduit et annoté par Sylvère Monod
    de Woolf, Virginia (Préfacier) Monod, Sylvère (Editeur scientifique)
    Gallimard / Classique
    ISBN : 9782070403417 ; EUR 12,00 ; 08/12/2005 ; 1152 p. ; poche
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Beau, gros et grand livre...

10 étoiles

Critique de Nathafi (SAINT-SOUPLET, Inscrite le 20 avril 2011, 50 ans) - 15 juin 2013

Certains livres sont ainsi faits qu'on a plaisir, grand plaisir, avec hâte même, de reprendre la page sur laquelle on s'est arrêté dernière fois et de découvrir la suite frénétiquement.

"Middlemarch", pour moi, fait partie de ceux-là. On y raconte une page de la vie de certaines personnes influentes habitant cette petite ville de la Province Anglaise et ses environs. Rien d'extraordinaire, me direz-vous, si ce n'est que George Eliot nous narre tout cela de manière subtile et raffinée. Tour à tour elle nous présente ces personnages "de fond en comble", certains charmants, d'autres moins sympathiques. Leurs vies se mêlent, le quotidien se dénoue, les petits drames font place aux grands. Une tranche de vies, somme toute, offerte dans ces pages, et on peut s'étonner d'ailleurs que cela puisse susciter autant d'intérêt, mais certains protagonistes sont si attachants qu'on ne peut que s'impatienter de découvrir leur sort...

Un beau, gros, grand livre que cet ouvrage, que j'aurai plaisir à relire d'ailleurs, convaincue que j'y trouverai encore mille détails sur lesquels je ne me suis pas attardée lors de cette première lecture.

Embarquement pour ma province anglaise...

10 étoiles

Critique de Saule (Bruxelles, Inscrit le 13 avril 2001, 52 ans) - 4 novembre 2012

Comme Augustin, je suis totalement séduit par Dorothéa, personnage inoubliable. J'ai aimé Mary aussi, ainsi que l'impulsif Ladislaw. Je me suis attaché à Lydgate et malgré tout je ne suis pas parvenu à ne pas m'attacher à son épouse Rosamund. Tout ces gens ont été mes proches pendant les quelques semaines de cette lecture qui restera inoubliable. George Eliot fait une analyse très détaillée et fine de la vie provinciale anglaise : les rites sociaux, les rivalités, les ambitions et les intrigues,.. Les personnages sont très finement analysés, nous sommes convoqués au tribunal intérieur qui se joue dans la conscience de chacun d'eux, mais comme spectateur et non pas comme juge.

Certain passages sont formidables, ainsi le lent travail à l'intérieur de la conscience de Bulstrode, pour s'absoudre de ses méfaits. Il en vient à invoquer cette sorte d’idole qu'est la Providence : puisqu'il est riche, c'est la preuve que Dieu bénit ses actions. Et voila comment on étouffait ses scrupules, en invoquant la "Providence". Et on continue maintenant, ou les riches se disculpent des inégalités en rejetant la faute sur les pauvres.

Comme souvent dans ces portraits croisés, les bons sont mis en opposition aux mauvais, ce qui peut donner un caractère machiavélique. Il n'en est rien ici car on voit la faiblesse de certains personnages à travers le regard fondamentalement bon de Dorothéa ou du révérend Farebrother, et on en vient à les prendre en pitié de leurs errements. L'auteur s'attache beaucoup sur les relations dans le couple, par contre l'aspect charnel de la relation est totalement tu, la question de la "vitalité" de l'érudit Causabon est laissée à l'imagination du lecteur.

Un petit passage significatif du style de l'auteur, celui qui décrit un des combats que se livrent le bien et le mal dans la conscience du riche banquier :

"Conflit étrange et pitoyable dans l'âme de ce malheureux, qui aspirait depuis des années à être meilleur qu'il n'était... qui avait discipliné ses passions égoïstes et les avait revêtues de robes austères, si bien qu'elles marchaient à ses côtés tel un choeur de dévots, jusqu'à ce jour où la terreur se répandait parmi elles, où elles ne pouvaient plus psalmodier, mais lançaient d'une seule voix leur appel au secours."

la plus belle héroïne que j'ai connue

10 étoiles

Critique de Augustus (, Inscrit le 6 juillet 2011, 51 ans) - 6 juillet 2011

J'aime surtout ce livre pour le personnage central, Dorothea, qui est vraiment une héroïne inoubliable. Elle est noble et émouvante dès le début, mais le fait que sa droiture la pousse à l'erreur et la voue à une vie conjugale malheureuse, ne la rend que plus estimable lorsqu'on la voit grandir à mesure que l'intrigue se noue, qu'elle devient infiniment bonne pour le monde qui l'entoure.
Les moeurs de la société aristocratique anglaise sont très bien décrites. On plonge dans un univers qui nous paraît éloigné, mais qui en fait nous est très proche par les sentiments universels et les valeurs qui s'y affrontent. J'aime beaucoup le rythme d'écriture: des chapitres courts, avec des citations qui, placées en exergue de chaque chapitre, en livrent une interprétation qui aide le lecteur à comprendre ce que l'auteur a vraiment voulu dire.
C'est pour moi le meilleur roman de Georges Eliot.

Intensité et profondeur...

10 étoiles

Critique de FranBlan (Montréal, Québec, Inscrite le 28 août 2004, 75 ans) - 3 mai 2011

J'ai l'inestimable loisir d'assouvir l'ambition de toute une vie: celui de lire à satiété!
Et dans ma poursuite de la réalisation de cette ambition, une étape importante consiste à compléter la lecture de classiques de la littérature: me voici à la rencontre de George Eliot, femme de lettres anglaise, célèbre romancière britannique du XIX siècle et de son non moins célèbre chef-d'oeuvre, Middlemarch!
J'ai lu ce dernier en version française avec un énorme plaisir, grâce à la très grande qualité de la traduction, réalisée par Sylvère Monod, illustre angliciste et traducteur français.
Considérée comme l'une des plus grandes écrivaines de l'époque victorienne, l'auteure situe dans l'Angleterre provinciale ce formidable récit empreint de réalisme et d'une très grande profondeur psychologique.
Comme toujours, à la fin de la lecture d'un immense pavé comme celui-ci, plus de onze cents pages, je me suis sentie seule, un peu triste de quitter tous ces personnages..., le style de George Eliot est un long fleuve, moderne, intelligent et d'une façon tout à fait inattendue, doté d'un humour et d'une ironie omniprésents, souvent caustiques, parfois cinglants!
Ce remarquable roman de George Eliot retrace trois ans d’anecdotes, de petits malheurs et de grands bonheurs de la ville de Middlemarch. On suit l’intrigue à travers trois couples: celui de la belle et vertueuse Dorothea et de Will, deux jeunes philanthropes; celui du jeune médecin Lydgate fraîchement débarqué en ville et de la superficielle Rosamond; et enfin celui du jeune Fred et de la vaillante Mary.
C'est un roman incroyablement riche en détails, chaque personnage étant doté d’un caractère, d’une personnalité complexe qui lui est propre, du plus insignifiant au plus important pour l’intrigue.
Ce que je retiens surtout de cet admirable roman, c’est que  l'auteur a su rendre vivante toute une ville! C’est ainsi toute une galerie de personnages incroyablement réalistes qui prennent vie grâce à ses mots.
George Eliot aborde grâce à une formidable érudition beaucoup de thèmes dans son  roman: médecine, théologie, politique, sciences, art, elle n’a peur d’aucun sujet. J’ai malgré tout ressenti cette abondance de thèmes comme un défi pour la romancière, à cause de son statut de femme? Qui sait...?
N'oublions pas que ses contemporains d'alors comptaient entr'autres: Dickens, Thackeray, Trollope, Hardy, Hugo, qu'elle cite d'ailleurs...
Malgré que ce livre comporte certains passages un peu indigestes, remplis de références un peu obscures aujourd’hui: comme l'aberration de la religiosité omniprésente et de ses égarements, l'impitoyable barrière des classes sociales et de ses injustices, beaucoup moins que ces caractéristiques qui marquaient cette époque ce que je retiens plus que tout de cette lecture sont l'incomparable intensité du propos, ainsi que l'irréprochable qualité de la prose.

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