Acid Test de Tom Wolfe

Acid Test de Tom Wolfe
( The electric kool-aid acid test)

Catégorie(s) : Littérature => Anglophone

Critiqué par CC.RIDER, le 13 août 2007 (Inscrit le 31 octobre 2005, 61 ans)
La note : 10 étoiles
Moyenne des notes : 9 étoiles (basée sur 5 avis)
Cote pondérée : 7 étoiles (1 635ème position).
Visites : 4 999  (depuis Novembre 2007)

Psychédélisme

Traversée loufoque de l'Amérique dans un bus conduit sous LSD, Acid Test est une sorte de voyage sans retour. En 1964, Tom Wolfe s'embarque avec un groupe de marginaux californiens, les Merry Pranksters, dans leur bus scolaire conduit par Ken Kesey (auteur de « Vol au-dessus d’un nid de coucoux) et par Neil Casady (héros de « Sur la route » de Jack Kerouac). Le but officiel du voyage est de relier la côte ouest à la côte est et de rencontrer Ginsberg et Leary, les maîtres à penser des marginaux de l’époque. Ils organisent des concerts-happenings (les Acid tests) et consommation de LSD au coeur du voyage. Confrontations hilarantes avec la police et trips divers se télescopent ensuite dans un joyeux chaos. Chronique empathique et distanciée, ce livre-reportage donne à revivre la genèse et la généralisation du mouvement psychédélique. Né de la rencontre d'un intellectuel mondain et de pionniers de l'aventure intérieure, il nous fait découvrir comme personne l'Amérique des années soixante, cette culture hippie qui atteindra son paroxysme à Woodstock et révolutionnera le monde. Au fil des pages, voyager dans le bus devient alors plus qu'un plaisir : une urgence, car le talent de conteur de Wolfe fait de la soif d'expériences étranges et contagieuses une odyssée initiatique moderne.

Ce sont les prémisses d’un grand mouvement auxquels nous assistons. Aux Pranksters viennent s’agréger musiciens (Grateful Dead, Jefferson Airplane) peintres, écrivains, drogués, vagabonds,étudiants branchés et marginaux divers. Le groupe recevra même la visite des Beatles,(qui s’inspireront de l’expérience dans « Magical Mystery tour »), participera aux " Trip Festivals " et à la première convention nationale de l'Underground, sans cesser d'avoir le FBI aux trousses.
Jeune reporter à l’époque, Tom Wolfe fera de cette expérience son premier succès, un coup de maître devenu maintenant un véritable témoignage historique.

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Les éditions

  • Acid test [Texte imprimé], chronique Tom Wolfe trad. de l'américain par Daniel Mauroc
    de Wolfe, Tom Mauroc, Daniel (Traducteur)
    Seuil / Points (Paris).
    ISBN : 9782020306492 ; EUR 8,00 ; 21/11/1996 ; 408 p. p. ; Poche
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Dépassez l'acide dit le gourou bizarre

9 étoiles

Critique de AmauryWatremez (Evreux, Inscrit le 3 novembre 2011, 50 ans) - 3 septembre 2013

Je n'avais jamais lu de livre de Tom Wolfe qui dans ses amis de gentleman sudiste a toujours fait la nique aux adeptes de la pensée globalement humaniste et d'une gentillesse à manger du foin. Si on veut vraiment le qualifier, on peut dire que c'est un genre d'« anar de droite » fasciné par les marges de la société, et qui se plaît à les explorer dans ses livres. Pour être honnête, j'avais un préjugé un peu défavorable contre lui du fait des adaptations de « l’Étoffe des héros », ou du « Bûcher des Vanités », que je trouvais sympathiques mais somme toute un peu lisses. Alors qu'il est tout sauf lisse dans ses ouvrages. Et je trouvais son personnage en costume immaculé un rien surjoué.

« Acid Test » m'a fait changer d'avis.

En 1964, Tom Wolfe, inventeur avec Norman Mailer, sacré boxeur politique, et Hunter Thompson, du vrai « nouveau » journalisme a suivi Ken Kesey et sa bande de « Merry Pranksters » dans une « équipée » baroque à travers l'Amérique à bord d'un car scolaire recouvert de peintures « fluo » censées éveiller les consciences des « rednekcs » et équipé de hauts parleurs géants afin d'inonder la moindre parcelle du territoire de musique « pop ». Diverses « inventions » devant ouvrir les consciences sacrément parsèment ce « magic bus » : un sac de couchage pour que chacun puisse onaniser à son aise devant tout le monde, un réfrigérateur rempli de jus d'orange mélangé à de l'acide, et du LSD.

Ken Kesey est l'auteur du roman originel de « Vol au-dessus d'un nid de coucous », très différent du film, beaucoup plus réaliste, le livre étant une dystopie. J'ai tendance à penser d'ailleurs que le long métrage de Milos Forman, moins démonstratif, moins pesamment didactique, est bien meilleur et plus fin. Kesey tire cette histoire de son expérience dans un hopital psychiatrique où il travailla quelques temps dessinant les malades, interrogeant les infirmiers, et se fascinant pour un chef indien mutique enfermé dans cet endroit depuis son adolescence, « Chief Broom ! »...

Passant quelques temps en prison pour des expérimentations de drogues diverses et variées, et psychédéliques, il devient le gourou d'un petit groupe de frappadingues, de rêveurs, d'illuminés, voire d'anciens soldats, de dragueurs compulsifs, de cinéastes géniaux et méconnus, bien entendu ; et ses paroles sont paroles d'Evangile, pas moins, à Haight Ashburys à San Francisco, le quartier général des « hippies », des déclassés, des marginaux, et des gosses en recherche de bonne fortune sexuelle facile à obtenir.

Il est caustique avec eux, se demandant par exemple pourquoi des êtres tellement libres et épris d'ouvertures de leur esprit ont tant besoin d'un gourou qui s'il n'est pas Charles Manson, la face sombre du « Summer of love », la « face B » des années 60, ainsi qu'Altamont qui crèvera le rêve, n'en est pas moins jaloux de son pouvoir et de son ascendant sur tous les « enfants perdus » qui se mettent spontanément sous sa coupe qu'ils pensent « éclairée ».

Il est souvent ironique en les décrivant, mais on sent derrière ce ton souvent acerbe, et réjouissant, une véritable affection pour toutes ces personnes qui même si elles se fourvoient complètement dans leur recherche auront toujours des idéaux de vie plus élevés que les citoyens consommateurs cyber-autistes adeptes du moindre gadget informatique que l'on croise dans les rues de nos jours. C'est d'ailleurs surtout Ken Kesey qui a le droit aux « traits » les plus piquants de Tom Wolfe qui montre bien que Ken est un imbécile pontifiant qui profite de son auditoire pour faire passer la moindre sottise qu'il prononce, le moindre lieu commun qu'il balance, pour une vérité d'une spiritualité très élevée.

Dans leur périple, Ken et les « Pranksters » croisent Tim Leary, les Beatles et quelques allumés, des « rednecks » qui ne sont jamais hostiles ou rarement, malgré le mépris que Kesey leur montre, toujours simplement curieux de savoir pourquoi dans ce car tout en couleurs fluorescentes on s'agite autant. Ken fait de la télé-réalité avant la lettre demandant à ce que tous leurs arrêts soient filmés et enregistrés intégralement certainement pour l'exégèse futur de ses propos par des admirateurs enthousiastes aujourd'hui, maintenant et à jamais et pour les siècles des siècles.

Amen, et Loués soient les laboratoires Sandoz (où fut testé sous contrôle médical au départ le LSD)...

Tom-Wolfe-006.jpegSi tout cela était sympathique et certes brouillon, désordonné et certes parfois pénible, il faut quand même se dire que dans les années 80 plutôt que de chercher à changer le monde on « joggera » en écoutant les cours de la Bourse à la radio ainsi que l'écrivait Hunter Thompson, plus tard on gardera le nez rivé à son « smartphone », souvent plus « smart » que son ou sa propriétaire d'ailleurs, téléphone comme un substitut masturbatoire, comme un ersatz de tétine afin de ne jamais surtout perdre le lien d'avec son « cocon », son « réseau » d'amis plus ou moins réels...

L'évangile psychédélique

8 étoiles

Critique de Poignant (Poitiers, Inscrit le 2 août 2010, 53 ans) - 26 mai 2013

1964. Ken Kesey, auteur du roman culte « Vol au-dessus d’un nid de coucou », est un des leaders charismatiques de la bohème de San Francisco. Après avoir découvert les effets du LSD en tant que cobaye lors d’une étude sur les effets des drogues psychotropes, il diffuse son usage dans son entourage.
Alors que sa maison de San Francisco est détruite par un promoteur, il s’installe dans la campagne californienne et va créer une des toutes premières communautés hippie, les Merry Pranksters.
Après avoir racheté un vieux bus et l’avoir couvert de peinture fluo (la day-glo), notre bande d’hurluberlus, enfumée à l’herbe et shootée à l’acide, part en vadrouille pour New York. Le conducteur est Neal Cassady, le pote de Kerouac dans le mythique « Sur la route »…

Tom Wolfe est un drôle d’écrivain. Figure de proue du nouveau journalisme qui mêle la littérature et le reportage, il a repris le flambeau de ses ainés Norman Mailer et Truman Capote. Dandy excentrique terriblement New yorkais, il s’affiche toujours en complet blanc, cravate et guêtres. En bon disciple de Zola et de Balzac, c’est un observateur très pointu de la société américaine, de ses contradictions, déviances et mutations.

Paru en 1968, « Acid test » est son premier livre. Dans un style descriptif et brillant, il nous fait plonger dans l’univers du prophète psychédélique Kesey et de ses disciples Pranksters.
Leurs virées en bus, leurs rencontres hétéroclites avec les Hells Angels ou l’église unitarienne, leur fuite au Mexique sous la menace du FBI prennent l’allure d’une odyssée moderne. Les Acid tests, dégustations collectives de LSD sur fond de musique des « Grateful dead » et de lumières stroboscopiques, deviennent les fêtes mythiques de la contreculture des années 60.
Il y a dans le récit des longueurs et on peut se lasser des personnages. Certaines descriptions des délires des Pranksters sont carrément barbantes.
Mais ce qui est à mon sens très fort dans ce livre, c’est que Tom Wolfe sait nous faire pleinement participer à l’exubérance des évènements tout en gardant une certaine distance avec le côté gourou de Kesey et les abus de ses apôtres.
« Acid test », reportage littéraire, est depuis devenu l’évangile de la révolution libertaire des années 60, qui aboutit en France à notre mai 68.

Cette page de notre histoire contemporaine est écrite par un grand écrivain et est souvent agréable à lire.
A découvrir sans hésiter si vous êtes un fan des années 60.

Être des super-héros ou ne pas être des super-héros

9 étoiles

Critique de DomPerro (Québec, Inscrit le 4 juillet 2006, 40 ans) - 22 juin 2012

Les mots de Tom Wolfe sont des bonbons qui ont créé en moi une dépendance et un réel plaisir.

Que dire!? Sinon que c'est la lecture de Première jeunesse de Neal Cassady qui m'a conduit à cet Acid Test.

C'est Neal Cassady qui m'a conduit ici, comme lorsqu'il conduisait le fantastique autobus des Merry Pranksters.

Citation de Kessey : ''Il y avait un orage, des éclairs ont jailli, et, brusquement, ça m'a fait comme une autre peau, une peau d'éclairs, d'électricité, un costume d'électricité, et j'ai compris que nous pouvions être des super-héros, et que nous devions devenir des super-héros, ou rien.''

Culte

9 étoiles

Critique de Bookivore (MENUCOURT, Inscrit le 25 juin 2006, 37 ans) - 4 juillet 2010

L'odyssée délirante et camée des Merry Pranksters, la communauté de doux-dingues menée par l'écrivain Ken Kesey, et vue par Tom Wolfe, alors débutant en écriture. Journalisme-vérité, gonzo, à la Hunter S. Thompson, ce roman est grandiose. Globalement, je ne suis pas fan du tout de Wolfe, mais avec "Acid-Test", j'ai vraiment pris du plaisir. Pour moi, son meilleur roman (mais comme je ne suis pas fan de Wolfe...) !

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