Erromango de Pierre Benoit

Erromango de Pierre Benoit

Catégorie(s) : Littérature => Voyages et aventures , Littérature => Francophone

Critiqué par Antinea, le 19 mai 2007 (anefera@laposte.net, Inscrite le 27 août 2005, 38 ans)
La note : 7 étoiles
Moyenne des notes : 9 étoiles (basée sur 4 avis)
Cote pondérée : 6 étoiles (3 111ème position).
Discussion(s) : 1 (Voir »)
Visites : 4 309  (depuis Novembre 2007)

Obsessions

Fabre est un jeune homme brillant ayant pour son métier et pour son titre d’ingénieur agronome un amour immense. Maintes fois complimenté pour son talent, il décide de s’exiler sur une île du pacifique de l’archipel des Nouvelles-Hébrides, afin d’y réaliser l’élevage de moutons, élevage que ses pairs clament impossible à cause de l’extrême humidité de l’endroit. Mais Fabre s’embarque avec manuels et ovidés pour l’île d’Erromango, ravi de mettre sa compétence au service de la science et surtout de sa propre gloire. Cependant, son premier contact avec l’île lui fait perdre de sa superbe : rien n’est à la hauteur de ce qu’il espérait, le bungalow est bien modeste, la plantation peu équipée, les hangars rudimentaires. Mais surtout, il y a le soir, dans les montagnes voisines, ces feux étranges qui s’allument un à un et qui, lui a-t-on dit, sont le fait d’indigènes cannibales. De plus, les personnes avec qui il a fait le voyage dans le bateau lui dépeignent la vie solitaire et peu animée des colons de l’archipel. Sur Erromango ne vivent que peu d’entre eux, cultivateurs qui supervisent du haut de leur chaise-longue le travail de leurs ouvriers canaques. Parmi eux le révérend gnostique Gibbson, un peu illuminé, et Jeffries, le cultivateur de coprah, « un ours » selon les autres colons, qui n’a pas le sens de l’hospitalité. Et puis les deux charognards, Bliss et Cross, qui, sous leurs airs mielleux, ne reculent devant aucun procédé pour se remplir les poches.
Après quatre mois de solitude relative à s’occuper de son élevage florissant, Fabre voit avec bonheur le retour du cargo. Il apporte les lettres du continent et un peu de détente le temps d’un dîner à bord. Au cours de ce repas, Fabre fait la connaissance de quelques colons des îles voisines, en route pour Sydney et ses folies. En grand spécialiste, il leur vante les mérites de la ville, leur indique les adresses indispensables à leur divertissement. Soûl, il leur raconte en quelques mots les aventures desquelles il a acquis sa grande expérience. Mais de ce moment d’égarement, il ne pourra plus rester en paix. L’île et ses cannibales, ses souvenirs et les suspicions qu’ils génèrent seront autant de sortilèges dont son esprit mal accommodé à la solitude se croira la victime.
Comme toujours, la plume de Pierre Benoit est parfaite, un style fluide mais recherché, le goût du détail sans exagération, l’humour (cette dernière caractéristique n’est cependant pas une généralité dans la bibliographie de l’auteur). Un agréable moment de lecture donc, même si l’on ne retrouve pas l’entrain du délicieux « Déjeuner de Sousceyrac » ni le suspens de l’enivrante « Atlantide ». L’environnement hostile, la peur de l’inconnu et l’obsession paranoïaque donnent à ce roman un côté psychologique assez remarquable, et, encore une fois, l’auteur nous quitte en nous laissant le doute, le soin de trouver l’explication de la fin.

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Roman exotique et psychologique.

10 étoiles

Critique de Andrée27 (, Inscrite le 24 janvier 2012, 69 ans) - 25 janvier 2012

Pierre BENOIT nous fait découvrir les antipodes en nous transportant dans cet archipel des Nouvelles Hébrides à la fin des années 20. FABRE, le héros nous apparaît dans ces larges espaces puis peu à peu nous pénétrons aux confins de son esprit qui s'étiole au fil des jours pour sombrer dans la pure folie, le délire puis le suicide. Peinture sociale d'une époque révolue. A conseiller sans tarder à toute personne en quête d'un savoureux voyage !

Pierre Benoit, un autre Michel TOURNIER ou Robert MERLE.

10 étoiles

Critique de Angel54 (, Inscrit le 11 septembre 2010, 63 ans) - 14 janvier 2012

Sans considérer que les récits sont analogues, je ne peux écarter les sagas rapportés par TOURNIER ou MERLE. Roman aussi exotique que captivant, il reste incontournable de son oeuvre.
Oui Pierre BENOIT fut réactionnaire, conservateur et nationaliste mais contrairement à d'autres écrivains plus acquis aux idées démocratiques, il n'a aucun sang sur les mains et jamais il ne se compromit ou ne se laissa aller à la collaboration la plus primaire durant les années 40/44.
Jusqu'à quand serons-nous esclaves du politiquement correct ambiant qui oblige à juger quiconque du passé à l'aune d'aujourd'hui. Pierre BENOIT pensait ainsi et qu'à Dieu ne plaise, il écrivait fort bien et sait toujours nous faire rêver par la trame de ses récits. Soyons libres de tout diktat, de toute idéologie fût-elle déconsidérée aujourd'hui, apprécions la qualité quelle qu'elle soit et d'où qu'elle vienne, restons absolument LIBRES de nos choix et quêtons le bon goût là où il se trouve !

Une découverte

8 étoiles

Critique de Mo_yeah (Région parisienne, Inscrit le 24 juillet 2009, 35 ans) - 24 juillet 2009

Je viens de lire ce livre et il m'a plu.
Pourtant, quand je me renseigne sur Pierre Benoit, beaucoup d'aspects de ce romancier ne me plaisent pas trop : homme nationaliste, conservateur, réactionnaire. Alors je me tiendrais au roman que j'ai lu, Erromango.
L'écriture d'abord : les mots sont bien pesés, la syntaxe est claire. Rien d'innovant mais un style évident. L'intrigue ensuite : Erromango est un roman à suspens dont l'action se déroule dans une île du Pacifique Sud. Le sujet est original, je trouve.
Comme l'a écrit Antinéa dans sa critique, petit à petit l'île d'Erromango, personnage numéro un que rencontre Fabre, va prendre le dessus sur le jeune homme... Il y a aussi toute une gamme de portraits des hommes des îles, les colons et les indigènes. Les blancs dans les îles sont des personnages en rupture de ban qui "payent leurs marchandises à coups de fusil ou de whisky" (quatrième de couverture).
L'auteur écrit la vie d'un expatrié sur une île, avec les ennuis, les souvenirs, les soirées à écouter de la musique, les attentes du retour et les passages du cargo, le Myosotis.
Ce qui peut choquer à la lecture, c'est le point de vue de Pierre Benoit sur les indigènes, à certaines pages du livre. Il ne faut pas oublier que le livre est paru en 1921, à une époque où l'empire colonial est pour beaucoup une grande fierté.
Mais je pense qu'il est tout à fait possible d'apprécier les romans d'un auteur sans partager certaines de ses convictions.

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  Erromango, Mo Yeah ! 2 Antinea 4 août 2009 @ 00:36

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