Au Bout du Monde
de T. Coraghessan Boyle

critiqué par Pendragon, le 16 mai 2007
(Liernu - 49 ans)


La note:  étoiles
Quel pied !
Alors là je dis Bravo ! Ough, quel souffle, quelle puissance, quelle vision, quelle profondeur ! TC Boyle nous offre ici du tout grand art, une plongée dans trois siècles d’histoire américaine ou comment les Van Wart et les Van Brunt, les nantis et les autres, évoluent, se contrent et se rencontrent depuis le premier pied posé en cette nouvelle terre à défricher jusqu’à cette époque troublée entre Maccarthisme et Vietnam.

Les Van Wart sont de riches hollandais, mandatés par pouvoir royal pour coloniser les terres indiennes, c’est-à-dire pour les acheter à bas prix, les échanger contre des babioles, bref pour spolier les Indiens de la manière la plus honteuse possible (Boyle ne s’appesantit pas sur cette période noire, mais cela reste en filigrane… en travers de la gorge !), et, comme de juste, ils ne s’en privent pas ! Ils sont accompagnés par toute une série de « pauvres » paysans qui « reçoivent » ces terres en location, ils ont donc le devoir de défricher, d’ensemencer, de planter, bref de faire de ces terres un petit paradis pour les Van Wart contre une dîme annuelle et le droit (quand même) de manger à leur faim sur ce qu’ils récoltent et élèvent. Après tout le Moyen-âge n’est pas si loin… euh… on est en 1670 !

Parmi ces paysans se trouvent les Van Brunt qui après avoir bien commencé se trouvent face à une déveine de tous les diables, jugez-en : le fils aîné perd un pied (happé par une tortue des marais), le père pris d’une folie affamée mange tout ce qui se trouve à sa portée (même les veaux et les cochons), la mère et le second fils meurent dans l’incendie de la maison, la fille aînée devient folle suite à cet accident, dans sa maladresse, elle renverse une marmite brûlante sur son père alité, elle s’enfuit dans la forêt et se fait capturer par les indiens… Bref, le fils se retrouve seul, avec un pied en moins, sans plus rien, dans un abri de branchage… et quand le contremaitre vient lui réclamer sa dîme qu’il ne peut payer, il se voit tout simplement expulser…

Ce n’est que le début de la malédiction des Van Brunt que l’on retrouve tout au long de ces chapitres, sous la tutelle des Van Wart dont la puissance ne cesse de croître.

Parallèlement à cela, il y a aussi les Mohonk, indiens Kitchawanks, qui ayant « recueilli » la pauvre Katrinchee Van Brunt, eurent tôt fait de prolonger une lignée qui aura le double désavantage de la filiation indienne et de la « malédiction » des Van Brunt (tout un programme) !

Il y a aussi les Crane, les Cats, les Van der Meulen, etc, … et tout ce petit monde, se croise et s’entrecroise pour le bonheur des uns et le malheur des autres…

Et aujourd’hui (1960), il y a Walter Van Brunt qui perd un pied dans un accident de moto (tiens !), qui travaille dans la fabrique Van Wart, qui se marie avec une brave jeune fille, qui la trompe avec Mardi Van Wart, qui se fait donc plaquer par sa femme (celle-ci partant avec le meilleur ami de Walter, Tom Crane, des Crane précités), qui quitte son boulot à la chaîne pour devenir le bras droit de Depeister Van Wart (sa femme le trompe avec un Mohonk), qui perd son second pied, qui part chercher son père au fin fond du fond du Canada, son père l’ayant abandonné (en trahissant toute sa famille à cause de Van Wart – à moins que ce ne soit le poids de la malédiction ?) il y a une dizaine d’année, Walter, qui revient enfin pour accomplir son destin… tragique !

Le tout dans une ambiance surréaliste qui maintient le souffle coupé pendant 700 pages et ce d’autant plus que Boyle ne nous propose pas une lecture linéaire, chronologique, mais une série de sauts temporels de chapitre en chapitre, on passe d’une époque à une autre, pour revenir subitement en arrière, pour replonger en avant, avec des détails qui s’ajoutent, avec des liens supplémentaires qui se tissent, avec des révélations, avec des éclaircissements, avec des hoquets et des soubresauts…

Bref, un chef-d’œuvre qui trouvera sa place, bien au chaud, dans mon top 5 !
TC Boyle, un grand conteur 8 étoiles

Saga familiale et lutte de classes sur les rives de l’Hudson – une belle histoire, un roman captivant. J’aurais du dire page turner, le mot « captivant » est sans relief. La filiation, la recherche du père et la mémoire des ancêtres. Plein de rebondissements, j’ai tourné les pages avec avidité sur la première moitié, mais la deuxième m’a semblé longue. Les scènes dont Walter est le protagoniste sont le maillon faible.

Bravo pour le souffle épique et pour la touche « mythe fondateur ». Avec ces destins croisés et les flashs back, j’étais perdue au début. Heureusement j’ai trouvé un arbre généalogique sur le web.

Un des personnages mange de la terre. Cela m’a rappelé Rebecca de Cent ans de solitude, elle aussi mange de la terre ; ces deux romans sont apparentés. Leur propos : l’histoire de la lignée comme une légende.

Béatrice - Paris - - ans - 8 avril 2011