La chambre claire : Note sur la photographie de Roland Barthes

La chambre claire : Note sur la photographie de Roland Barthes

Catégorie(s) : Sciences humaines et exactes => Philosophie

Critiqué par DomPerro, le 28 avril 2007 (Inscrit le 4 juillet 2006, 120 ans)
La note : 10 étoiles
Moyenne des notes : 9 étoiles (basée sur 3 avis)
Cote pondérée : 6 étoiles (10 442ème position).
Visites : 4 398  (depuis Novembre 2007)

Super-illusion

Le 25 octobre 1977, Henriette Barthes, la mère de Roland, décède. Moins de deux ans après cet événement tragique, Roland Barthes signera La chambre claire : Note sur la photographie. Et, à la lecture de cet essai, on constate à quel point la mort, comme écrasement du temps, et liée à la photo.

Sans rentrer dans les détails théoriques (studium et punctum), cet ouvrage est une véritable référence incontournable de l’art photographique. Ici plus qu’ailleurs, on retrouve le style très personnel de ce sémiologue. Pour ceux et celles qui sont sensibles à la question de l’image (de soi et de l’autre) et de celle du temps (Barthes désigne le noème de la photographie comme étant le ''cela a été''), cette lecture s’impose d’elle-même.

Les réflexions que Barthes développe sont plus que poignantes. Avec beaucoup de finesse, on réalise que tout est une question de regard. Sans jamais tomber dans le voyeurisme, ou l’étalage de ses sentiments funèbres, Barthes nous livre, en deuxième partie de son essai, un mémorable hommage à l’endroit de sa défunte mère qui représentait, à ses yeux, tout ce qui lui restait comme famille. Une prose similaire à celle d’un Proust écrivant sur la mémoire, le temps, la mort etc.

On ne peut prétendre avoir lu Barthes sans avoir lu au moins La chambre claire, que ce soit pour comprendre l’art photographique ou le temps, intraitable, qui file à jamais sous nos yeux.

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Les éditions

  • La chambre claire [Texte imprimé], note sur la photographie Roland Barthes
    de Barthes, Roland
    Cahiers du cinéma / "Cahiers du cinéma"Gallimard
    ISBN : 9782070205417 ; EUR 22,90 ; 21/02/1980 ; 192 p. ; Grand
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Les livres liés

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La perception de la photographie

9 étoiles

Critique de Veneziano (Paris, Inscrit le 4 mai 2005, 42 ans) - 23 avril 2014

En éminent sémiologue, théoricien des symboles, Roland Barthes ne pouvait que s'intéresser à la photographie. Il se penche, surtout dans la première partie, sur la perception par le spectateur, ou Spectator, la différence d'effet entre la représentation d'objets et de paysages et celle d'êtres vivants, de leur expression, de leur ressemblance. C'est là qu'intervient la partie sur sa mère, qu'il redécouvre par clichés, peu de temps après son décès, ce qui m'a un peu rappelé, toutes proportions gardées le Voile noir, d'Anny Duperey. Il distingue également l'usage de la photographie, celle de pur et simple témoignage du réel, de ce qui a existé, et de celle à valeur artistique, retraçant une expression, un mouvement, une scène, de façon pensée, structurée ou composée.
Il n'est pas la peine de reprendre ici les éléments théoriques, bien résumés par la critique-éclair précédente.

Ce livre est très instructif, permet de prendre du recul sur un médium qui a envahi nos modes de communication, très empreints de visuel, et de nos vies, par la même occasion, de plus en plus marquées par l'apparence, quoi qu'on en pense et dise. Instructif, il s'avère donc également nécessaire.
Je l'ai découvert à la sortie de l'exposition consacrée à Robert Mapplethorpe, au Grand Palais, dont il est justement question, parmi d'autres.

Qu'est-ce que la Photographie?

8 étoiles

Critique de Kinbote (Jumet, Inscrit le 18 mars 2001, 61 ans) - 3 octobre 2010

L’idée de départ de ce livre constitué de deux parties de 24 courts chapitres, c’est chercher à savoir ce qu’est la Photographie « en soi » et « par quel trait essentiel elle se distingue de la communauté des images. » Roland Barthes ne nous livre pas brutalement le résultat de son étude, il va nous associer à son cheminement intellectuel. Accompagner Roland Barthes, c’est accéder aux tours et détours d’une pensée qui s’appuie sur les mots, entre tendance à la théorisation, au néologisme et retour au terre à terre des expressions toutes faites, avec un goût pour la précision des sensations donnant ce mélange subtil qui fait la délicatesse de son écriture, son côté touchant.

Il distingue trois acteurs à l’œuvre dans le genre photographique: l’Operator (le photographe), le Spectator (celui qui regarde les photos) et le Spectrum (celui qui est photographié). Il va surtout analyser le point de vue du Spectator, se considérant principalement comme tel. Très vite, il observe qu’il n’aime pas toutes les photos d’un même photographe mais seulement certaines. À partir de là, il recherche ce qui, pour lui, fait l’attrait de certaines photographies. Ce qui le conduit à distinguer deux aspects des images, qu’il va appeler le studium et le punctum. Le studium, c’est le centre d’intérêt de l’image. Elle provoque sur le Spectator un intérêt moyen pour l’objet figuré, plus raisonné qu’affectif. Le punctum, c’est « ce qui vient déranger le studium », c’est « ce hasard qui me point », écrit-il. Autrement dit : touche, émeut celui qui regarde sans qu’il en prenne la mesure ou puisse mettre des mots sur son émotion : « Ce que je peux nommer ne peut réellement me poindre »
Le punctum est souvent un détail perçu par le regardant qui va trouver des échos en lui. Comme par exemple la main « aux ongles peu nets » de Tzara sur une photo de Kertesz ou celles aux « ongles spatulés » qui cachent le visage d’Andy Warhol sur une photo de Duane Michals. Au terme de la première partie, Barthes nous dit qu’il n’a toujours pas découvert la nature de la Photographie, son eidos.

C’est en cherchant sur des photographies à « retrouver » (plus qu’à reconnaître) sa mère morte quelque temps auparavant que Barthes va découvrir l’essence de la Photo.
Paradoxalement, c’est une photo d’enfance de sa mère qui lui apporte cette révélation. La Photographie a à voir avec la mort, c’est « l’image vivante d’une chose morte » ou destinée à mourir. L’essence de la photographie est de certifier une présence, de ratifier ce qu’elle représente, écrit-il encore. Ce qui ne va pas sans de la mélancolie, un certain pathétique. « La Photo est sans avenir ! » Contrairement au film ou à la peinture qui n’atteste pas autant, même dans les portraits, de la présence des gens figurés. La photo a aussi partie liée avec le théâtre et l’Histoire (nées au même moment) : la Photo abolit la durée comme l’Histoire arrête le Temps.

C’est l’avènement d’une impossibilité à concevoir la durée et l’ère ouverte, si l’on peut dire, à toutes les impatiences, à « tout ce qui dénie le mûrissement ». Elle correspond aussi à l’irruption du privé dans le public. La Photo possède aussi cette particularité de gommer l’individualité au profit de l’espèce. Il regrette l’omniprésence de la Photo (à laquelle désormais est soumis la peinture figurative et même la jouissance physique - par l’entremise de la pornographie) qui, par sa démultiplication et sa banalisation, « déréalise complètement le monde humain des conflits et des désirs, sous couvert de l’illustrer », tout en détournant ce qui fait son originalité : nous renvoyer à notre statut de mortel, d’être lié au temps et soumis aux affections les plus déchirantes.

Dans cet ouvrage devenu un classique, Roland Barthes pressent la mort au vu d’une photo de sa mère. Il écrit cet essai d’avril à juin 1979 et il meurt en mars 1980 des suites d’un accident (il est renversé par une camionnette) en se rendant au Collège de France...

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