Divorce à Buda de Sándor Márai

Divorce à Buda de Sándor Márai
( Válás Budán)

Catégorie(s) : Littérature => Européenne non-francophone

Critiqué par Antiphon77, le 4 avril 2007 (Hainaut, Inscrit le 11 janvier 2006, 40 ans)
La note : 9 étoiles
Moyenne des notes : 9 étoiles (basée sur 2 avis)
Cote pondérée : 6 étoiles (18 316ème position).
Visites : 2 213  (depuis Novembre 2007)

Le divorce de l'homme et du monde

Dans une Buda somnambulique, deux hommes se retrouvent après de longues années pour un face-à-face nocturne. L'un est juge, l'autre médecin. Anciens camarades d'école, la vie les a séparés, et c'est aujourd'hui le divorce du médecin, que le juge s'apprête à prononcer, qui les réunit. Autour de la figure d'une femme, la réminiscence du passé fait émerger peu à peu un secret enfoui.

"En vérité, il ne croyait plus à l'harmonie sociale ; ce monde était, sans nul doute, à la recherche de nouvelles formes de vie, mais il appartenait au juge qu'il était de surveiller ceux qui, sciemment ou non, par faiblesse, par lâcheté ou par manque de caractère, s'élevaient contre la censure de la vieille société."

"Une fermentation des esprits s'amorçait dans les profondeurs de la nouvelle génération, un vague mécontentement grondait, qui cherchait à s'exprimer par des mots d'ordre et des slogans. (...) La génération qui avait précédé la leur n'était plus capable de maîtriser le mécontentement social par ses méthodes révolues et pieusement charitables. Dans les profondeurs comme dans les hauteurs, les jeunes de la nouvelle génération préparaient quelque chose."

J'avais beaucoup aimé "Les Braises", j'ai adoré "Divorce à Buda". Les deux grandes institutions modernes, représentées ici par le Médecin et le Juge (celui-ci restant fortement imprégné de culture chrétienne), se constatent incapables de guérir une civilisation en perdition. Comme dans "Les Braises", l'action est plutôt lente et faite de flash-backs. Le texte est souvent explicatif - tendant quelquefois à l'essai - mais jamais ennuyeux.

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Autopsie du mariage

8 étoiles

Critique de Alma (, Inscrite le 22 novembre 2006, - ans) - 18 août 2014

1935, Buda, en Hongrie, une demi-journée d’un juge de 38 ans : Kristof Kömives qui apprend que le lendemain matin, il va devoir prononcer le divorce de Imre Greiner, médecin, un de ses anciens condisciples de collège.

Une action réduite : au sortir de son bureau, un « buffet dinatoire » entre amis chez des collègues, puis la rencontre tardive, à son domicile, de Greiner. Une intrigue de peu de matière, me direz-vous. Certes, mais Sandor Maraï sait donner pourtant toute leur importante aux détails, aux menus faits pour maintenir l’intérêt. Toute la place est ici accordée aux mouvements intérieurs de la pensée que cette affaire va entraîner, domaine dans lequel Sandor Maraï déploie son talent d’analyste de l’âme.

Dans la première partie, dans le silence de son bureau, le juge médite sur sa fonction, sur l’évolution de la société, sur son enfance et l’éducation qu’il a reçue, puis sur sa rencontre avec son épouse Hertha. La relation des faits du passé entraîne alors habilement le lecteur dans la spirale de la pensée du personnage. Puis lors de la soirée chez des amis, un sentiment de malaise l’envahit suite à un aparté éprouvant dans lequel un vieux magistrat va tester la position du jeune juge sur une affaire politique mettant en cause la probité d’un haut fonctionnaire. Retrouvant quelques instants plus tard au jardin sa femme et sa sœur dans une conversation sur les enfants et la vie de famille, lui viennent à l’esprit des réflexions plutôt désabusées sur la vie de couple. Enfin, de retour chez lui, le long tête à tête avec Greiner dans lequel le médecin lui explique les raisons de son divorce, l’amène à s’interroger sur son passé, sur ses rêves et sur le mariage.

Deux hommes occupant une position sociale privilégiée, mais différents.
Kömives, descendant d’une lignée de juges, est conscient de la « mission » des magistrats « il leur fallait ensemble sauver et éduquer la société ……défendre la paix de cette société aux forces conservatrices, et pourtant vivifiantes que des forces obscures s’employaient à souiller, voire à anéantir ». Encore jeune- il n’a que 38 ans- Kömines ne se sent pourtant pas du côté de « la fermentation des esprits s’amorçant dans les profondeurs de la jeune génération ». Les dossiers qui lui sont confiés lui apparaissent comme dévoilant plutôt une crise générale de la société qui menace l’équilibre de la famille « les hommes désertaient des foyers délabrés et refroidis …. De faux prophètes prêchaient le concubinage et le mariage à l’essai ».
Greiner apparaît moins conformiste, moins conservateur, plus ouvert. Son rôle de médecin l’a amené à soigner les souffrances du corps et de l’âme, et à interpréter certaines maladies à la lumière des découvertes de la psychanalyse.

Le thème transversal du roman est celui du couple . Kömines se souvient de la rupture tragique de celui de ses parents, observe celui de sa soeur qui ne semble basé que sur « le devoir », mais c’est lors de la longue confession de Greiner que la réflexion sur l’origine des crises du couple prend toute sa dimension. Pour Greiner, qui a longuement analysé les causes de la décomposition de son propre couple avant d’aboutir au divorce, elle est liée la difficulté de l’un à connaître et à comprendre l’autre, qui conserve toujours « son ultime secret, son bien privé », « sa chasse gardée » et aussi à la frigidité de l’épouse « une des retombées de la civilisation qui engendre une paralysie des affects et des modes de vie » . Greiner conclut par cette phrase désenchantée « L’amour est loin d’être une idylle ». Kômives, renvoyé lors de ce face à face à sa propre situation, se refuse, contrairement à Greiner, à croire en l’importance des rêves, des fantasmes, reste prudent et conserve sa confiance dans la pérennité du couple construit par le mariage. Si, suite à cet entretien nocturne , il a l’impression d’avoir « parcouru des contrées étrangères », il reste inébranlable et préfère les certitudes de ses engagements antérieurs au service de la famille et de la société « où il a fait serment d’agir selon la loi divine et la loi humaine »

Un roman dense, profond, mais jamais pesant, à l’écriture souple, qui procède à une véritable autopsie du couple et qui permet aussi de saisir l’atmosphère de la capitale hongroise entre les deux guerres, où se font sentir les prémices d’une société en pleine évolution.

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