Hudson River
de Joyce Carol Oates

critiqué par Féline, le 26 février 2007
(Binche - 40 ans)


La note:  étoiles
Brillante satire sociale
Je m’étonne que ce roman de Carol Joyce Oates n’ait encore fait l’objet d’aucune critique sur CL. Je l’ai lu il y a plusieurs mois et j’en garde un excellent souvenir, comme de tous les romans de cet écrivain que j’ai lus jusqu’à présent.

La vie des habitants de Salthill-On-Hudson, riche banlieue américaine dans l’Etat de New-York est perturbée par le décès de l’un d’entre eux, Adam Berendt, mort héroïquement, en sauvant de la noyade deux jeunes enfants. L’horreur fait rapidement place aux questionnements. Qui était vraiment Adam ? Et d’où vient tout cet argent qu’on ne le soupçonnait pas de posséder ? En effet, personne ne pouvait se vanter de connaître cet artiste au puissant charisme, dont toute la communauté s’était entichée, aussi bien hommes que femmes. La tranquillité de la ville vole peu à peu en éclats en même temps que les apparences sociales et l’hypocrisie ambiante. Les sentiments s’exacerbent et des comportements extrêmes voient le jour. Marina, libraire de la communauté et amoureuse platonique d’Adam, après le choc de la reconnaissance du corps, part s’exiler dans une maison que son ami lui a léguée au fin fond des montagnes ; Roger, son avocat, perd en même temps sa femme et se console dans les bras d’une collègue. La haine que sa fille lui voue pourra-t-elle être rachetée par une nouvelle paternité ? Augusta, disparaît, laissant son mari désespéré avant qu’il ne soit soupçonné de meurtre par ses voisins. Abigaïl, déprimée par son divorce, aimerait racheter l’amour de son fils ; Lionel se décide à quitter sa fidèle épouse Camille pour une piquante aventure avec une jeune kinésithérapeute qui le laissera sur les genoux pendant que sa femme se laisse aller et ouvre sa maison à tous les chiens errants, … Et encore autant de personnages hauts en couleurs et loufoques, auxquels on s’attache.

Joyce Carol Oates nous offre une satire sociale de la bonne société banlieusarde américaine où sexe, argent, apparences et pouvoir se partagent la vedette. Elle excelle dans le développement psychologique de ses personnages, plus truculents les uns que les autres. Un vrai régal que ce livre qui classe la romancière américaine parmi mes préférées.
Le mariage-terrier 8 étoiles

Cette nuit là, dans la maison d'Old Mill Way, les Hoffmann dormaient. Dans leur mariage-terrier, les Hoffmann dormaient. Dans le grand lit à colonnes de la vieille maison XVIIIème des Macomb, ou peut-être des Wade, une demeure historique de la région, les Hoffmann, épuisés, dormaient....
Dans leur coûteux mariage-terrier dont l'oxygène s'était échappé, laissant l'air humide et malodorant comme des draps douteux. Quoique les draps du lit à colonnes fussent d'un lin luxueux et fort peu douteux. Et les énormes oreillers étaient rembourrés de plumes d'oie, coûteux et opulents. Et la chambre à coucher, la chambre de "maître" comme disent les agents immobiliers, était magnifiquement meublée de meubles de l'époque révolutionnaire; et les murs tapissés d'un réseau de fleurs de lis gris perle et de vrilles serpentines, qui reproduisait à l'identique la tapisserie de la chambre à coucher du général Cleveland Wade et de sa femme. Dans ce cadre, les Hoffmann dormaient. Assommés par le chagrin,ils dormaient. Chacun de leur côté du grand lit. Ils étaient épuisés, exténués; comme des nageurs qui n'ont réussi que de justesse à regagner le rivage en échappant à une mer traîtresse; des nageurs qui ont survécu à un naufrage commun, et redoutent de voir ce qui est arrivé, et ce qui est presque arrivé ,dans les yeux de l'autre.
Non! Je ne veux pas regarder. Ne m'oblige pas à regarder. Je ne te connais pas. .....


Les Hoffmann, ce couple qui dort, ne sont que deux des personnages de ce roman touffu , 665 pages dans un style à la fois haché par moments, mais aussi très descriptif , et d'une grande finesse psychologique.

Un petit village dans la périphérie de New York, des habitants pour la plupart fortunés, le vernis habituel des conventions sociales, et puis un personnage , un sculpteur, Adam, que tous aiment , enfin que toutes les femmes aiment.
Adam meurt en sauvant une petite fille de la noyade , et sa mort va faire tout exploser.

Raconté comme cela, on dirait le scénario de Desperate house wives...
C'est un peu ça mais c'est mille fois plus fouillé dans les personnages. Et surtout, il y a un grain de folie ( toujours présent chez Joyce Carol Oates, j'en ai bien l'impression) qui me plait beaucoup.
Et puis, toujours, le thème de la rédemption, Adam paie pour un drame de sa jeunesse, et sa mort délivre certains de leurs sujétions...

Ce n'est pas un roman inoubliable, j'ai moins aimé que Les Chutes, mais je trouve quand même qu'elle a beaucoup de talent!

Paofaia - Moorea - - ans - 29 octobre 2013